Page:Dictionnaire de la langue française du seizième siècle-Huguet-Tome1.djvu/31

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
xvii
PRÉFACE


périphrase. C’étaient des mots clairs et bien faits, dont le radical était connu, et où le préfixe était employé à propos : Tels sont abarbarir, accouardir, acertener, affertiler, ahonter et ahontir, anonchalir et anonchaloir, apoltronnir, apparessir, appoissonner, assauvager et assauvagir, asservager, compartir, decaptiver, declore, demaisonner, deprisonner, desamasser, desangoisser, desaugmenter, desautoriser, desauvager, desorgueillir, dessommeiller, embastonner, emperler, empeupler, engloirer, enjouvencer, enlierrer, ensaigner, ensepulchrer, ensepulturer, entroupeler. De ces mots, les uns étaient, d’un emploi courant, d’autres n’ont fait que paraître accidentellement chez un ou deux écrivains. Mais même ceux-là étaient en général composés d’une manière conforme aux habitudes de la langue, et plusieurs n’auraient pas été inutiles.

Beaucoup de mots, employés autrefois sans préfixe, ont disparu depuis le xvie et leur rôle est tenu maintenant par des composés qui, pour la plupart, existaient déjà à cette époque compagner, complir et complissement, meliorer et melioration, mirable, moindrir, neantir, noncer, planir, plaudir et plaudissement, rondir, saisonner, sermenter, tendrir, tiffer, trister n’existent plus. Mais nous avons accompagner, accomplir et accomplissement, améliorer et amélioration, admirable, amoindrir, anéantir, annoncer, aplanir, applaudir et applaudissement, arrondir, assaisonner, assermenter, attendrir, attifer, attrister et contrister. Le sens du composé n’est pas toujours exactement celui du mot sans préfixe : par exemple, rondin signifiait non seulement arrondir, mais aussi faire une ronde. Nous n’avons plus luire, fiance, miseration, roborer, solider, mais conduire, confiance, commisération, corroborer, consolider. Nombrer, plorabie, rober ont disparu, mais nous avons encore dénombrer, déplorable, dérober. Faroucher, merveiller ont existé à côté des composés effaroucher, emerveiller. Fariner, flammer, gluer, guirlandé, laidir, orgueillir, registrer, sanglanter, sevelir, soleiller, sorceler, vironner ont laissé seuls en possession de l’emploi enfariner, enflammer, engluer, enguirlandé, enlaidir, enorgueillir, enregistrer, ensanglanter, ensevelir, ensoleiller, ensorceler, environner. Nous ne disons plus mercier, semblance, sourdre, splendissant, vendiquer, mais remercier, ressemblance, résoudre, resplendissant, revendiquer.

Au contraire, des mots à préfixes ont cédé la place à d’autres qui en étaient dépourvus ou qui en avaient un de moins. Acommencer, accomparer, acconduire, accourber, aparesser, appalir, assoulager sont éliminés par commencer, comparer, conduire, courber, paresser, pâlir, soulager ; — complaindre, complanter et complant, comprouver, concelebrer, condecence et condecent, condigne, corrival, par plaindre, planter et plant, prouver, celebrer, decence et decent, digne, rivai ; — debriser, dechanter, dechant, echasser, defrauder, degaster, dehacher, delascher, demarcher, deprier, derompre, detrancher, detroubler, par briser, chanter, chant, chasser, frauder, gester, hacher, lascher, marcher, prier, rompre, trancher, troubler 1 [1]. — Embarbouiller, emboisé, emmasqué, emmorceler, emparfumer, empeupler, empoudrer, enaigrir, enargenter, encharmer, enciseler, englacer, engraver, enhuiler, enjaunir, enjoncher, enlier, ennoircir, enrougir, ensucrer ont, été évincés par barbouiller, boisé, masqué, morceler, parfumer, peupler, poudrer, aigrir, argenter, charmer, ciseler, glacer, graver, huiler, jaunir, joncher, lier, noircir, rougir, sucrer.

Ailleurs des composés ont disparu, laissant leurs fonctions à d’autres qui avaient un préfixe différent. Assentir laisse sa place à consentir ; — assoleiller, assommeiller,

  1. 1. Dans ces verbes, de marquait soit une idée de point de départ, soit une idée de renforcement, et nous ne devons pas les confondre avec ceux où de ou des servait à former un mot exprimant l’idée contraire à celle que contenait le radical, comme un autre déprier, qui signifiait détourner par prière.
d
b