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PRÉFACE


rance à une occupation, à un travail. On appelait tablier la planchette servant à diffé- rents jeux échecs, daines, trictrac. Meure une chose sur le tablier, c’était, au figuré, 1’ex poser au hasard d’une lutte. tre maitre du tablier, c’était être victorieux.

Le commerce, les métiers fournissaient des expressions comme le cours du marché, c’est-à-dire la manière dont les choses se passent ordinairement. Amender soh marché signifiait améliorer sa situation. Ne faire d’une chose ni mise ni recette, n’en pas tenir compte, n’en faire aucun cas. C a.rreier un soulier, au sens propre, c’était y mettre une pièce, un carcel : se carreler le ventre, prendre une earrelure de ventre, c’était faire un bon repas. A triple semelle signifiait au supréme degré, tandis que l’expression à simple semelle indiquait une qualité moyenne : un sot à triple semelle, un avocat à simple semelle. Pour dire qu’un homme était indocile, qu’il se pliait difficilement à l’obéissance, on disait, qu’il était difficile à ferrer. Démêler un /mail, une fusée, c’était débrouiller une affaire compliquée, Toutes les occupations domestiques fournissaient aussi leur apport.

Une des sources les plus abondantes, c’était la chasse. Être bon pour la plume et pour le poil, c’étaii avoir des aptitudes variées. Conniller, tic dérober comme un lapin, un connut, qui se réfugie dans un terrier, user de ruses, de subterfuges pour éviter un dan- ger ou une difficulté. Prendre le contre-ongle de quelque chose, c’était aller à l’opposé, faire le contraire, comme les chiens qui vont à rebours de la piste t nous disons encore aujourd’hui le contre-pied, qui a la même origine. La fauconnerie nous avait donné de nombreuses expressions : par exemple tiercelet, mot désignant, parmi les oiseaux de proie, le mâle, d’un tiers plus petit que la femelle. De là un tiereelet de prince, de gen- tilhomme, pour qualifier un prince, un gentilhomme de très petite importance. Leurrer quelqu’un n’était pas primitivement le trornpei’: c’était plutôt l’instruire, comme le faucon que l’on dresse à l’aide du leurre ; c’était aussi l’attirer, comme le faucon que l’on- habitue à venir au leurre.

La langue figurée avait une grande richesse de termes pour désigner tout ce que l’esprit populaire voulait rendre avec une force particulière. Pour exprimer l’idée de battre, par exemple, elle avait testonner, tricoter, doter, galer, charpenter, pelisser on faire un pelisson de coups, bourrer le pourpoint, hausser le menton, trimmer en malle, draper, battre à double carillon, carillonner sur le dos, charger de bois, faire crocheteur, se mettre sur la draperie, sur la friperie, sur la mercerie de quelqu’un, en donner tout du long et du large, en. donner depuis miserere jusqu’à vitulos, et bien d’autres locutions encore. Pour exprimer l’idée de vol, on pouvait dire faire mitaine de la bourse d’autrui, ferrer la mule, expression réservée aux larcins des valets et servantes, allong-er les s, qui se disait d’un compte de marchand quand les chiffres étaient excessifs. Le coupeur de bourses était appelé soldai de la courte espée, chevalier de la petite espée. Un buveur.se bridait de sar- ment, se chargeait à poids de marc, se barbouillait l’armet, coiffait son heaume, ourlait son bonnet.

Les locutions figurées sont souvent très obscures. Même quand le contexte indique clairement Je sens, il n’est pas toujours possible de voir quel est le lien entre l’idée et l’expression. Une des causes de cette difficulté, c’est que parfois l’expression est tout à fait déformée, fait, fréquent encore aujourd’hui dans la langue populaire et familière. Dans ce cas, le lien se trouve rompu, et il est extrêmement difficile, quelquefois impos- sible, de le renouer. Ce qui prouve que le fait n’est pas rare, c’est que plusieurs fois, à côté de la locution correcte et logique, on en trouve une autre complètement altérée, dont le sens ne peut, être établi que grâce à la persistance de la première.