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PRÉFACE

Territoire s’employait cla.ns le même sens que terrestre : Es choses territoires n’y a perfection felicité. MARG DE NA V., Heptarn., 19.

Univers, employé comme adjectif, signifiait universel. On disait souvent. le monde univers. Université signifiait universalité : Un preux, un conquerent, un pretendent aspi- rant à l’empire univers, ne peut tousiours avoir ses ai. s. RABELAIS ? I ? 33. — L’enseigne et la marque d’une toy naturelle est l’université d’approbation. CHARRON Sagesse, FI, 3.

Sanguinaire avait comme synonymes sanglant et sanguinoient Fredegondc avoit son service des gens de pareil naturel, et aussi sanglans qu’elle. FAUCH ET, Antiquitez, IV, 13. — H fallut de rechef que les M uses cedassent, et Mars cruel et sanguinolEnt eut lieu en leur endroit. TlIEVET, COSMOgr., XIV, 19.

Au lieu des adjectifs blanc, blond, brun, jaune, noir, et, c., on employait souvent blanchissant, blondissant, brunissant, jaunissant, noircissant : Junon au coude blanchis- sant. AM. J ANITN, Iliade, XV. — Pourquoy… Arrachez-vous ainsi vos tresses blondis- santes ? Ft GARNIER, Troade, 558. — De ton œil brunissant sort le coup qui m’entame. M AGN Y, Souspirs, S. 96. — Son Cymeterre en arc se flechissant Feue esmailté de jaspe jau- nissant. Du BELLAX, Eneide, IV. — Fay iuy 1e cheveu noircissant En longues tresses finissant. BELLEAU, Odes d’Anacreon.

Egaler, outre son sens actuel, avait celui que nous donnons à égaliser : Iivouloit imi- ter Solon et Lyeurgus, en egalant ies biens de ses citoyens. AM Y OT, Cléomène, 8.

Pendant, substantif, avait souvent, le sens de pente. D’autre part, la parenté entre pendre et pencher se marquait, dans ce fait que pendre signifiait souvent, pencher : Elle est bastie toute en pendant, et a son glise Metropolitaine au plus haut du mont. Tn EV ET7 Cos- mogr., XV, 1. — Je congnoissois bien à ses responses… pencloit quelque peu de ce CO té là de la religion. Moisa.0 G, Comment., L. (II, 369).

On voit par ces exemples quel. travail s’est fait dans notre langue pour attribuer aidant que possible à chaque mot son rôle, pour partager de plus en plus los emplois. Malgré la richesse de notre vieux vocabulaire, l a fallu créer beaucoup d mots nouveaux pour arriver à la spécialisation des anciens t par exemple, contineniaI, semestriel, trimes- triel ne semblent pas avoir existé au, vie siècle. La formation de ces adjectifs a permis à continent, semestre et trimestre de se restreindre au rôle de substa.ntifs.

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Le xvie siècle n’avait pas encore tiré de l’emploi des préfixes tous les avantages que ce procédé peut offrir pour la distinction des sens. On employait très souvent dans le même sens le simple et Je composé.

Cumuler, comme ace ter, avait le sens d’entasser : Ces geants… Qui rnontz sur montz s’efforcent cumuler. MA ROT, Serin. du bon pameur et du ntarais.

Prouver, approuver, esprouver, preuve et espreuve confondaient très souvent leurs sens. Ainsi prouver s’employait pour approuver et pour esprouver : Cyrus… prouva ce conseil, et par ce tendit à l’executer. SALI AT, trad. d’Hérodote, 1, 79. — Mais nioy, qui jusqu’icy n’ay prouvé que la peine… La douleur, le soucy, les regrets, les ennuis,. Je vieillis peu à peu. sur ronde dusonienne. Du RELIAI() Regrets, 35.— Approuver s’employait pour prouver et pour esprouver : Quand les Prophetes ont voulu approuver pi il estoyent envoyez de Dieu, ils ont dit Je ne sera y point Prophete si ceci n’advient. CALVI Di 1 11 e Serin. sur le Reuter. — Le prudent vigneron doibt planter le complant qu’il aura prodigué et approuvé esire le meilleur, sans y entremesler d’astre. COTERE A IJ7 trad. de Columelle, III, 20.