Page:Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, Tome I - Julien Remy Pesche.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
XCIII
QUATRIÈME ÉPOQUE.

Guillaume-le-Roux, qui avait succédé à son père au trône d’Angleterre, d’après le partage fait par le conquérant de ses états, s’empara de la Normandie, en l’absence de son frère Robert, et se disposait à venir dans le Maine, quand le comte Hugues, fils d’Azon, qui, par sa tyrannie et sa mauvaise administration, s’était, comme sa mère, aliéné l’affection des Manceaux, vendit ses droits au comté du Maine à son cousin Hélie de la Flèche, pour la somme de dix mille sous d’or. Hélie, par une foule de promesses et de concessions, s’attira la bienveillance des Manceaux, fit réparer le château de la ville du Mans, fortifia plusieurs forts que Guillaume-le-Conquérant avait fait construire dans la province, y plaça des forces suffisantes, et s’empara de deux châteaux que Robert Talvas, comte du Perche, avait fait bâtir dans le Saosnois, et dont la garnison inquiétait le pays, en le mettant à contribution ; enfin, Hélie s’allia avec Foulques, comte d’Anjou, ancien ennemi des Normands, qui lui promit de lui fournir au besoin des hommes et de l’argent.

Hélie, qui s’était engagé à prendre part à la croisade, après avoir fait ses dispositions pour mettre le comté du Maine en sûreté, alla trouver le roi Guillaume-le-Roux à Rouen, lui remontra ses droits à ce comté, dont il offrit de lui faire hommage, comme Hugues l’avait fait au duc Robert, ce que Guillaume n’accepta point, non plus que la proposition que lui fit Hélie, de s’en remettre de leurs droits à l’arbitrage du roi de France, ou de tout autre qu’il voudrait choisir ; à quoi Guillaume répondit que ces sortes de différens ne demandaient d’autres arbitres que la lance et l’épée. Hélie se retira mécontent et ne put s’empêcher de dire, en murmurant, que tel qui le refusait pour vassal aujourd’hui, pourrait bien plus tard le reconnaître pour suzerain. Ce propos, rapporté à Guillaume, le fit rappeler Hélie qui le lui avoua avec une fierté qui scandalisa les courtisans. Guillaume, non-moins surpris, le renvoya cependant en lui disant : « Je pourrais vous retenir