Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/228

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bizarre, retourna sa bague et partit, laissant Arsinoé et son bijou se lamenter tout à leur aise et concluant en lui-même la fausseté du proverbe.



CHAPITRE XXIV.


neuvième essai de l’anneau.


des choses perdues et retrouvées.


Pour servir de supplément au savant Traité de Pancrolle [1]
et aux Mémoires de l’Académie des Inscriptions


Mangogul s’en revenait dans son palais, occupé des ridicules que les femmes se donnent, lorsqu’ils se trouva, soit distraction de sa part, soit méprise de son anneau, sous les portiques du somptueux édifice que Thélis a décoré des riches dépouilles de ses amants. Il profita de l’occasion pour interroger son bijou.

Thélis était femme de l’émir Sambuco, dont les ancêtres avaient régné dans la Guinée. Sambuco s’était acquis de la considération dans le Congo par cinq ou six victoires célèbres qu’il avait remportées sur les ennemis d’Erguebzed. Non moins habile négociateur que grand capitaine, il avait été chargé des ambassades les plus distinguées et s’en était tiré supérieurement. Il vit Thélis au retour de Loango et il en fut épris. Il touchait alors à la cinquantaine et Thélis ne passait pas vingt-cinq ans. Elle avait plus d’agréments que de beauté ; les femmes disaient qu’elle était très-bien et les hommes la trouvaient adorable. De puissants partis l’avaient recherchée ; mais soit qu’elle eût déjà ses vues, soit qu’il y eût entre elle et ses soupirants disproportion de fortune, ils avaient tous été refusés. Sambuco la vit, mit à ses pieds des richesses immenses, un nom, des lauriers et des titres qui ne le cédaient qu’à ceux des souverains, et l’obtint [2].

Thélis fut ou parut vertueuse pendant six semaines entières

  1. Rerum memorabilium libri duo, Amberg 1599. Ouvrage de Panciroli, traitant des arts anciens qui se sont perdus et des découvertes des modernes.
  2. Ce commencement pourrait faire penser que Sambuco est le maréchal de Villars qui emmenait sa femme même en campagne à ce qui dit Saint-Simon ; mais quoique Mlle de Varangeville ait été chansonnée sous ses deux noms de fille et de femme dans le Recueil de Maurepas, la fin du chapitre est faite pour dérouter cette première supposition. Plus loin (c. xxvii) Sambuco pourra être confondu avec Villeroy. Quant à Thélis, la femme dont elle se rapprocherait le plus serait Mme de Tencin ; mais…