Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/311

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« . . . . . . . On dit que mon rival aurait des autels au-delà des Alpes. Hélas ! sans Mirolo, l’univers entiers m’en élèverait. »

Mangogul revint aussitôt au sérail et répéta à la favorite la plainte du bijou de Callipiga, mot pour mot ; car il avait la mémoire merveilleuse.

« Il n’y a rien là, madame, lui dit-il, qui ne vous donne gagné ; je vous abandonne tout, et vous en remercierez Callipiga, quand vous le jugerez à propos.

— Seigneur, lui répondit sérieusement Mirzoza, c’est à la vertu la mieux confirmée que je veux devoir mon avantage, et non pas…

— Mais, madame, reprit le sultan, je n’en connais pas de mieux confirmée que celle qui a vu l’ennemi de si près.

— Et moi, prince, répliqua la favorite, je m’entends bien ; et voici Sélim et Bloculocus qui nous jugeront. »

Sélim et Bloculocus entrèrent aussitôt ; Mangogul les mit au fait, et ils décidèrent tous deux en faveur de Mirzoza.



CHAPITRE XLII.


les songes.


Seigneur, dit la favorite à Bloculocus, il faut encore que vous me rendiez un service. Il m’est passé la nuit dernière par la tête une foule d’extravagances. C’est un songe ; mais Dieu sait quel songe ! et l’on m’a assuré que vous étiez le premier homme du Congo pour déchiffrer les songes. Dites-moi donc vite ce que signifie celui-ci ; et tout de suite , elle lui conta le sien.

— Madame, lui répondit Bloculocus, je suis assez médiocre onéirocritique…

— Ah ! sauvez-moi, s’il vous plaît, les termes de l’art, s’écria la favorite : laissez là la science, et parlez-moi raison.

— Madame, lui dit Bloculocus, vous allez être satisfaite : j’ai sur les songes quelques idées singulières ; c’est à cela seul que je dois peut-être l’honneur de vous entretenir, et l’épithète de songe-creux : je vais vous les exposer le plus clairement qu’il me sera possible.