Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/376

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE LII.


vingt-neuvième essai de l’anneau.


zuleïman et zaïde.


Mangogul, sans répondre à la plaisanterie de la favorite, sortit sur-le-champ, et se rendit chez Zaïde. Il la trouva retirée dans un cabinet, vis-à-vis d’une petite table sur laquelle il aperçut des lettres, un portrait, quelques bagatelles éparses qui venaient d’un amant chéri, comme il était facile de le présumer au cas qu’elle en faisait. Elle écrivait ; des larmes lui coulaient des yeux et mouillaient son papier. Elle baisait avec transport le portrait, ouvrait des lettres, écrivait quelques mots, revenait au portrait, se précipitait sur les bagatelles dont j’ai parlé, et les pressait contre son sein.

Le sultan fut dans un étonnement incroyable ; il n’avait jamais vu de femmes tendres que la favorite et Zaïde. Il se croyait aimé de Mirzoza ; mais Zaïde n’aimait-elle pas davantage Zuleïman ? Et ces deux amants n’étaient-ils point les seuls vrais amants du Congo ?

Les larmes que Zaïde versait en écrivant n’étaient point des larmes de tristesse. L’amour les lui faisait répandre. Et dans ce moment un sentiment délicieux qui naissait de la certitude de posséder le cœur de Zuleïman, était le seul qui l’affectât. « Cher Zuleïman, s’écriait-elle, que je t’aime ! que tu m’es cher ! que tu m’occupes agréablement ! Dans les instants où Zaïde n’a point le bonheur de te voir, elle t’écrit du moins combien elle est à toi : loin de Zuleïman, son amour est l’unique entretien qui lui plaise. »

Zaïde en était là de sa tendre méditation, lorsque Mangogul dirigea son anneau sur elle. À l’instant il entendit son bijou soupirer, et répéter les premiers mots du monologue de sa maîtresse : « Cher Zuleïman, que je t’aime ! que tu m’es cher ! que tu m’occupes agréablement ! » Le cœur et le bijou de Zaïde étaient trop bien d’accord pour varier dans leurs discours. Zaïde fut d’abord surprise ; mais elle était si sûre que son bijou ne