Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, V.djvu/267

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Du reste, vous en avez mon avis dans ce feuillet et les précédents ; mais souvenez-vous surtout de ne pas reprocher à l’auteur la division monotone de notre vers alexandrin ; une lenteur presque inévitable qui naît de l’impossibilité d’enjamber, d’un vers à un autre ; nos rimes masculines et féminines toujours accouplées deux à deux ; la défense des inversions hardies ; l’indigence de la langue champêtre, et le défaut de prosodie marquée dans notre langue en général. Celui qui sait vaincre toutes ces difficultés et composer un beau poëme, est un homme bien extraordinaire ; et j’avoue que ce n’est pas M. de Saint-Lambert [1].

Quant aux notes n’en lisez que deux : la cent quarante-neuvième sur ce vers :


Je compare les lois et les mœurs des deux mondes.


Elle est très-belle ; et la cent cinquante-unième sur le vers


Vainqueur des deux rivaux qui régnaient sur la scène.


M. de Saint-Lambert y donne la préférence à M. de Voltaire sur nos deux poètes tragiques, Corneille et Racine. Ce jugement a excité beaucoup de murmure ; je ne l’en crois pas moins vrai.

Voilà ce que je pense de l’ouvrage de M. de Saint-Lambert. Serait-il satisfait de ce jugement ? Je ne le crois pas. Et pourquoi ? C’est qu’entre tous les hommes de lettres, c’est une des peaux les plus sensibles. Sans compter que l’auteur en use avec le critique comme nous en usons tous avec la nature : lorsqu’elle nous fait le bien, elle ne fait que son devoir ; nous ne lui pardonnons jamais le mal. Un endroit repris dans un ouvrage blessera plus l’auteur qu’il ne sera flatté de cent endroits loués ; la louange est toujours méritée, et la critique injuste.


LES TROIS CONTES.


Le premier des trois contes qui suivent le poëme des Saisons, s’appelle l’Abénaki ; le second, Sara Th.... ; et le troisième, Ziméo.

Je ne parlerai pas des deux premiers, qui ont paru dans la

  1. Ce dernier trait n’est pas dans la Correspondance. Il y a là encore du Naigeon.