Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/151

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gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité ; mais il y aura longtemps que nous serons réduits dans une poussière froide et insensible, lorsqu’on nous en saura quelque gré. Pourquoi ne pas louer les gens de bien de leur vivant, puisqu’ils n’entendent rien sous la tombe ? Voilà le moment de se consoler en se rappelant la prière du philosophe musulman : « mon Dieu, pardonne aux méchants, parce que tu n’as rien fait pour eux, puisque tu les a laissés devenir méchant ; les bons n’ont rien de plus à te demander, parce qu’en les faisant bons tu as tout fait pour eux. »

Je suis bien aise que ce dernier trait me soit revenu, sans quoi j’aurais été bien mécontent de cette lettre ; si elle est maussade, c’est que ma vie l’est aussi. Portez-vous bien et aimez-moi toujours beaucoup, toutes deux. Je me suis enfourné depuis quelques jours dans la lecture du plus fou, du plus sage, du plus gai de tous les livres.


LXXXII


À Paris, le 30 septembre 1762.


Voilà ce que nous avons pu faire de mieux pour votre vingtième. En joignant, les années suivantes, quatre lignes de requête à une copie de cette décision, l’immunité de cet impôt sera prorogée tant qu’il nous plaira, quand même Damilaville, quittant sa place pour une autre, ne serait plus à portée de nous servir : cette remarque est de lui.

Je vous envoie la Consultation d’Élie de Beaumont pour les Calas ; et dimanche prochain le Mémoire.

Je ne trouve pas que, ni dans l’une de ces pièces ni dans l’autre, on ait tiré parti de certains moyens dont l’éloquence de Démosthène et de Cicéron se serait particulièrement emparée.

Le premier de ces moyens, c’est la probité de cet homme soutenue pendant le cours d’une vie de soixante ans et davantage. À quoi sert une vie passée avec honneur, si elle ne nous