Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/225

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à la garder neuf mois en lui payant le loyer d’un an ! n’allez pas me dire qu’il serait malhonnête d’être logés, sans entrer à proportion dans le prix de la location entière. Ce serait une délicatesse bien mal entendue. Encore vaut-il mieux qu’il leur en coûte cinq mille cinq cents, moins quinze ou seize cents livres, que cinq mille cinq cents livres. Avec ces précautions, on risquerait un déménagement de moins, la rue Sainte-Aime s’arrangerait ; on s’y établirait, ou l’on ne s’y établirait pas, selon que le logement plairait ou déplairait. Le gîte de Meudon m’est plus assuré que jamais. La robe de chambre tant plus que jamais. J’aime mon cabinet et mes livres plus que jamais ; et nous sommes presque convenus, la petite sœur et moi, qu’elle ne m’arracherait à ma solitude que dans les cas urgents. Savez-vous quand elle n’aura qu’un cri après moi ? C’est lorsque les liens qui commencent à l’enlacer auront fait tant de tours autour d’elle, qu’il n’y aura presque plus moyen de l’en débarrasser.

Adieu, mon amie, portez-vous bien ; recevez le serment que je vous renouvelle, de vous aimer tant que je vivrai. Présentez pour moi à madame votre mère les mêmes souhaits que vous lui ferez en votre nom ; c’est demain le dernier jour de l’an ; c’est demain que je vous aurais accablée de baisers, c’est le jour de demain qui eût été un beau jour ! Mais ne pensons pas trop à cela : adieu, adieu, cela fait du mal.


CI


Paris, le 18 janvier 1766.


Il me prend une bonne envie de vous gronder ; comment ! vous êtes quinze jours sans entendre parler de moi, et vous ne vous en plaignez pas ? Ah ! mon amie, l’absence opère ; vous m’aimez moins ; vous vous souciez moins d’entendre parler de moi ; vous me faites entrevoir un temps où vous pourriez vous en passer tout à fait ; et un peu plus éloigné où peut-être… Mon amie, ne vous affligez pas : je ne pense pas ce que je vous