Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/224

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nous étions en train de discuter l’affaire des maisons, lorsque M. de … arriva. Je crus qu’il était honnête de laisser ensemble des gens qui ne s’étaient vus depuis si longtemps, et qui devaient avoir beaucoup de choses à se dire, toutes celles qu’ils s’étaient écrites. J’allai voir Mme et Mlle de Blacy ; elles m’ont paru se bien porter l’une et l’autre.

Vous savez sans doute que Fayolle s’est marié ; je n’entends rien à cet enfant-là. Il a la meilleure conduite avec les indifférents, et la plus mauvaise avec ses parents. Tous les Cayennois, qui sont occupés ici à s’entre-accuser, s’accordent à en dire du bien. M. Aublet[1] est de retour. Croyez-vous que cette gibecière que nous vîmes partir avec Fayolle, si à contre-cœur, lui a été d’un grand secours ? C’est M. Aublet qui me l’a dit. Ces insulaires sont sots et ennuyés. Ils ont le plus grand besoin d’être amusés, et on les émerveille à peu de frais.

J’attends les ordres de Mme d’Holbach, qui m’a promis de me voiturer à Versailles où je trouverai M. Dubucq, premier commis de la marine pour les colonies, tout disposé à m’accorder ce que j’ai à lui demander pour le petit cousin. La première chose, c’est qu’il soit conservé dans son poste ; la seconde, c’est qu’on lui donne un brevet d’écrivain. La première est de justice ; l’autre est de grâce. Nous verrons. Par la même occasion, je tourmenterai M. Rodier pour cette Mme du Bois à qui j’ai fait un enfant sans l’avoir jamais vue. Songez à votre santé. La mienne est une de ces choses rares dans ce monde, dont on ne vient point à bout.

Je suis bien loin de vos camisoles et de vos flanelles. Tâchez de me persuader auparavant d’avoir du feu.

Ce logement sur le Palais-Royal est bien séduisant. Je ne vous conseille pas de le voir, si vous ne voulez pas l’habiter. Mais si, dans l’incertitude sur le temps où la rue Sainte-Anne sera habitable, on obtenait du propriétaire de prolonger le bail de six mois, et qu’on l’obtînt ; si vous étiez maîtresse de la location ; si, ce prix une fois fixé à votre volonté, on ne l’augmentait pas, quoique celui de la location totale fut de cinq mille francs ; si l’on déterminait le principal locataire de Mme de Blacy

  1. Naturaliste, auteur d’une Histoire des plantes de la Guyane française, 1775, 4 vol. in-4°.