Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/239

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CIV


À Paris, ce 8 septembre 1767.


Vous ne faites rien du tout, tendre amie, de ce que je vous ai demandé. Je voulais un détail circonstancié de votre voyage ; vous me l’aviez promis ; et vous vous croyez quitte en m’écrivant : « Nous sommes arrivées à deux heures du matin à Châlons. La belle dame a un peu dormi ; maman a été tourmentée de sa colique. » Réparez ce laconisme-là, s’il vous plaît. Le jeudi matin, j’allai savoir de Mme de Blacy à quelle heure vous étiez parties ; de là au Salon, où j’employai mon temps à louer un peu, à blâmer beaucoup, jusqu’à deux heures que je me rendis chez Mme Le Gendre ; elle avait le cœur bien gros de vous savoir évadées sans l’en avoir prévenue, sans lui avoir dit adieu. « On trouve, disait-elle, toujours bien un moment à travers les embarras et les soins d’un départ ; on l’aurait bien trouvé autrefois, mais l’on ne m’aime plus. » Je lui répondis qu’à neuf heures du soir, vous ne saviez pas encore si vous auriez des chevaux pour le lendemain, et que rien n’était plus incertain que le moment de votre départ ; qu’il pouvait se faire à la minute ou être différé de deux ou trois jours.

Je lui ramenais Mme de Blacy qu’elle avait invitée et qui s’en était excusée. Nous dînâmes ; nous dînâmes gaiement ; nous passâmes tous ensemble une partie de la soirée : M. de … y était et nous nous aperçûmes, Mme de Blacy et moi, que le froid instituteur et la mère coquette faisaient bien du chemin en s’en apercevant ou sans s’en apercevoir. Nous nous séparâmes de bonne heure, parce qu’il fallut remettre à son couvent une amie de Mme Le Gendre. Celle-ci est une jolie enfant et qui a le cœur beaucoup plus tendre qu’on ne l’imagine. En arrivant, je la trouvai qui pleurait de ce qu’on différait trop à aller chercher son amie. La mère l’en grondait, et moi je lui en faisais compliment.

Le lendemain, c’était vendredi, autre séance aux tableaux où il y a quelques belles choses qui perdent à l’examen. Je