Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/273

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je la croyais en sûreté, ni vous non plus. Mais revenons à notre incrédulité. — Non ; laissons-la..... Il me semble que ce que nous disons est plus drôle. — Ma foi, vous avez raison. »

Et voilà la soirée qui se passe à dire des folies ; Dieu sait quelles. Finissons.

« Vous dormirez tous dans un quart d’heure, et moi il faut que je dise mes prières. — Mais ne nous avez-vous pas dit que vous ne priez point Dieu ? — Et ne faut-il pas que je me mette à genoux pour ma femme de chambre ? — Et quand vous êtes à genoux, à quoi rêvez-vous ? — Je rêve à ce que nous mangerons demain ; cela ne laisse pas de durer, et ma femme de chambre s’en va après cela fort édifiée ; car elle est dévote, et elle ne vaut pas mieux pour cela. »

Si j’avais encore de la place, je vous continuerais ce bavardage, dont vous avez peut-être déjà trop. Bonsoir donc, bonnes amies.


CIX


Paris, 11 octobre 1767.


Je n’y saurais tenir. J’interromps mon Salon pour causer un petit moment avec vous. Quelle différence de la vie du Grandval et de celle que je mène ici ! Aussi ma santé s’en est-elle ressentie : je dors mal ; je ne saurais digérer ; j’ai eu une migraine à devenir fou. Tout cela s’est dissipé ; et il me reste des courses que j’ai faites une liberté de membres, une fermeté de jarret que je croyais perdues pour toujours. Je ne marche pas, je vole.

Depuis deux jours, je n’ai point vu les chères sœurs. J’ai passé la matinée de samedi à travailler ; le reste de la journée à mes affaires. J’ai sanctifié mon dimanche en faisant compagnie à un malade : c’est M. Devaisnes, qui a la grippe la mieux conditionnée.

Je n’ai point encore vu les Van Loo ; mais je les verrai demain. Michel m’a envoyé le beau portrait qu’il a fait de moi ; il est arrivé, au grand étonnement de Mme Diderot, qui le croyait