Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/348

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solution, c’est un penchant très-vrai, très-ancien, toujours le même, qui me presse vers vous, auquel je ne résiste ni ne cherche à résister. Revenez, revenez et vous me trouverez tel peut-être que vous ne me supposez pas, mais tel que j’ai toujours été.

Bonjour, mes bonnes, mes tendres amies ; bonjour.


CXXXII


Au Grandval, le 2 novembre 1770.


Rendons à mes amies un petit compte de ma conduite. Vous savez, mesdames et bonnes amies, ce que je suis devenu depuis le 9 d’octobre, jour de ma fête. La veille, joli concert et grand souper ; j’ai fait des miennes tant qu’on a voulu ; j’ai réconcilié, par occasion, deux êtres qui se méprisaient injustement, et qui, pour s’estimer, n’avaient qu’à se mieux connaître : c’est Mlle Bajon et le petit maître de ma fille. Je fis jouer un concerto à celui-ci ; l’autre l’entendit, et trouva qu’il jouait comme un ange. Je fis jouer et chanter la demoiselle, à présent dame ; elle chanta et joua comme un ange, et l’autre en convint. Kobaut, ce luth que je vous ai nommé quelquefois, y fut conduit par sa curiosité maligne, qui fut trompée en ne trouvant pas de quoi s’exercer. Il comptait bien boire du bon vin la veille, et faire de moi et de mes convives un bon conte le lendemain ; il n’y eut pas moyen, car tout alla bien. Je me couchai à trois heures du matin ; j’étais levé à six heures et demie ; à onze heures, j’avais environ cinq heures de travail par devers moi ; et j’étais à la Comédie-Italienne à une répétition à laquelle j’étais invité. Ma petite bonne est moins tourmentée de ses vomissements ; ils se passent, ils reviennent ; avec tout cela je n’en suis pas moins inquiet. Philidor me vint voir, il y a quelque temps ; je fus curieux de savoir ce qu’il penserait de son talent harmonique ; il l’entendit préluder pendant une demi-heure et plus ; et il me dit qu’elle n’avait plus rien à apprendre de ce côté ; qu’il ne lui restait qu’à manger tout son soûl, qu’à se repaître sans fin de bonne