Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/484

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a fait, ce qui en aurait fait encore l’attrait, le piquant, l’intéressant et la nouveauté. Vous en serez châtié par la perte pécuniaire et par le déshonneur : c’est votre affaire : vous étiez d’âge à savoir combien il est rare de commettre impunément une vilaine action ; vous l’apprendrez par le fracas et le désastre que je prévois. Je me connais ; dans cet instant, mais pas plutôt, le ressentiment de l’injure et la trahison que vous m’avez faites sortira de mon cœur, et j’aurai la bêtise de m’affliger d’une disgrâce que vous aurez vous-même attirée sur vous. Puissé-je être un mauvais prophète ! mais je ne le crois pas : il n’y aura que du plus ou du moins ; et avec la nuée de malveillants dont nous sommes entourés, et qui nous observent, le plus est tout autrement vraisemblable que le moins. Ne vous donnez pas la peine de me répondre ; je ne vous regarderai jamais sans sentir mes sens se retirer, et je ne vous lirai pas sans horreur.

Voilà donc ce qui résulte de vingt-cinq ans de travaux, de peines, de dépenses, de dangers, de mortifications de toute espèce ! Un inepte, un ostrogoth détruit tout en un moment : je parle de votre boucher, de celui à qui vous avez remis le soin de nous démembrer. Il se trouve à la fin que le plus grand dommage que nous ayons souffert, que le mépris, la honte, le discrédit, la ruine, la risée nous viennent du principal propriétaire de la chose ! Quand on est sans énergie, sans vertu, sans courage, il faut se rendre justice, et laisser à d’autres les entreprises périlleuses. Votre femme entend mieux vos intérêts que vous ; elle sait mieux ce que nous devons aux persécutions et aux arrêts qu’on a criés dans les rues contre nous ; elle n’eût jamais fait comme vous.

Adieu, monsieur Le Breton ; c’est à un an d’ici que je vous attends, lorsque vos travailleurs connaîtront par eux-mêmes la digne reconnaissance qu’ils ont obtenue de vous. On serait persuadé que votre coignée ne serait tombée que sur moi, que cela suffirait pour vous nuire infiniment ; mais. Dieu merci ! elle n’a épargné personne. Comme le baron d’Holbach vous enverrait paître vous et vos planches, si je lui disais un mot ! Je finis tout à l’heure, car en voilà beaucoup ; mais c’est pour n’y revenir de ma vie. Il faut que je prenne date avec vous ; il faut qu’on voie, quand il en sera temps, que j’ai senti, comme je devais, votre odieux procédé, et que j’en ai prévu toutes les suites. Jus-