Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/485

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qu’à ce moment vous n’entendrez plus parler de moi ; j’irai chez vous sans vous apercevoir ; vous m’obligerez de ne me pas apercevoir davantage. Je désire que tout ait l’issue heureuse et paisible dont vous vous bercez ; je ne m’y opposerai d’aucune manière ; mais si, par malheur pour vous, je suis dans le cas de publier mon apologie, elle sera bientôt faite. Je n’aurai qu’à raconter nûment et simplement les faits comme ils se sont passés, à prendre du moment où, de votre autorité privée et dans le secret de votre petit comité gothique, vous fîtes main-basse sur l’article Intendant et sur quelques autres dont j’ai les épreuves.

Au reste, ne manquez pas d’aller remercier M. Briasson de la visite qu’il me rendit hier. Il arriva comme je me disposais à aller dîner chez M. le baron d’Holbach, avec la société de tous ses amis et les miens. Ils auraient vu mon désespoir (le terme n’est pas trop fort) ; ils m’en auraient demandé la raison, que je n’aurais pas eu la force de la leur celer, et votre ouvrage serait décrié et perdu. Je promis à Briasson de me taire, et je lui ai tenu parole. J’ai fait plus : j’ai bien dit à M. Briasson tout le désordre que vous aviez fait ; mais il ignore comment j’ai pu m’en assurer, et ne sait pas que j’ai les volumes ; c’est un secret que vous êtes le maître de lui garder encore. Je fais si peu de cas de mon exemplaire, que sans une infinité de notes marginales dont il est chargé, je ne balancerais pas à vous le faire jeter au milieu de votre boutique. Encore s’il était possible d’obtenir de vous les épreuves, afin de transcrire à la main les morceaux que vous avez supprimés ! La demande est juste, mais je ne la fais pas : quand on a été capable d’abuser de la confiance au point où vous avez abusé de la mienne, on est capable de tout. C’est mon bien, pourtant, c’est le bien de vos auteurs que vous retenez. Je ne vous le donne pas ; mais vous, vous le retiendrez, quelque serment que je fasse de ne les employer à aucun usage qui vous soit le plus légèrement préjudiciable. Je n’insiste pas sur cette restitution qui est de droit : je n’attends rien de juste ni d’honnête de vous.

P. S. Vous exigez que j’aille chez vous, comme auparavant, revoir les épreuves ; M. Briasson le demande aussi : vous ne savez ce que vous voulez ni l’un ni l’autre ; vous ne savez pas combien de mépris vous aurez à digérer de ma part : je suis blessé pour jusqu’au tombeau. J’oubliais de vous avertir que je