Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XVIII.djvu/400

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de vous ; nous en parlerons souvent sur la route : c’est un sujet d’entretien qui nous est également cher.


XVI


À Châlons, le 25 août 1759.


Puisque j’ai encore un moment, je vais, mademoiselle, répondre à vos lettres. Ne me recommandez rien sur l’empressement que nous avons à vous rejoindre, ou envoyez-nous des ailes. J’ai joui de tous les plaisirs que vous me peignez ; cependant je n’ai pas, à beaucoup près, l’embonpoint que vous me supposez ; je me porte bien, et j’espère réparer le temps perdu, sans exposer ma santé. Mais, à propos de travail, le nouvel embarras qui survient aux libraires[1], et qui sera pour eux un nouveau sujet de dégoût, ne me laissera peut-être plus rien à faire. Il y a plus à gagner qu’à perdre à cela ; c’est ce que la chère maman m’a très-bien prouvé, et puis elle ajoute : « Cet arrêt n’est peut-être qu’un bruit ; vous connaissez Mlle Volland ; son talent n’est pas fort sur les nouvelles. » Et je me prête à ses idées parce qu’elles me tranquillisent, et que le repos de l’âme m’est cher, comme vous savez, quoique vous vous amusiez souvent à me l’ôter. Sans savoir le détail de notre disgrâce, nous avons bien imaginé la désolation qu’elle a causée ; mais vous y êtes, vous la voyez, et c’est autre chose. Bientôt nous serons aussi malheureux que vous. Ce ne sera pourtant pas le premier moment ; il sera doux. Il a tant été désiré !

Je ne crois pas le projet d’affaiblir le luxe, de ranimer le goût des choses utiles, de tourner les esprits vers le commerce, l’agriculture, la population, ni aussi difficile, ni aussi dangereux que vous le croyez. Quand il y aurait un inconvénient momentané, qu’importe ? On ne guérit point un malade sans le blesser, sans le faire crier, quelquefois sans le mutiler. J’apprends avec plaisir que la santé de Mme Le Gendre se refait. Si la vie

  1. Aux libraires-éditeurs de l’Encyclopédie.