Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XVIII.djvu/516

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craint, si je ne vous avais pas vue dans vos premiers embarras.

Le seul moyen sûr avec des fripons, c’est de sortir de leurs mains, n’importe comment.

Au reste, mon amie, rappelez-vous le moment où je m’attachai à vous ; et songez que s’il pouvait arriver que je vous aimasse et que je vous respectasse davantage, la misère le ferait. Je vous dirais comme Charlotte à Lenson : « Je n’aurais pas un toit, j’aurais à peine du pain, que je voudrais coucher à l’air et pâtir à côté de vous. »

Je vous demande mille pardons, à madame votre mère, à votre sœur et à vous, de l’envoi du petit roman et de quelque trait de gaieté indiscrètement répandu dans ma dernière lettre. Je dis indiscrètement, sans savoir pourquoi, car j’ignorais vos inquiétudes quand j’écrivis.

J’attendrai vos ordres pour reprendre la suite de nos entretiens, si cela vous distrait un peu et vous convient.

Le malheur d’un ennemi qui aurait attenté à ma vie me rapprocherait de lui.

Tout mon dévouement et tout mon respect à madame votre mère.

Tout mon dévouement et tout mon respect à madame votre sœur.

Heureux ou malheureux, je vous suis attaché jusqu’au tombeau.

Adieu, femme de bien.


XLVII


Du Grandval, le 20 octobre 1760[1].


Voici, ma bonne amie, la suite de nos journées. Je vous en aurais peut-être fait un récit amusant ; mais le moyen de plaisanter et de rire, lorsque nos âmes sont dans la tristesse. Je parle

  1. Un très-court fragment de cette lettre, la fable de Galiani, avait déjà été imprimé dans la Correspondance de Grimm, au mois de janvier 1787, et dans les éditions Belin et Brière.