Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 1.djvu/294

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fait aussi donner le nom de Copperberg, les exhalaisons minérales affectent l’air si sensiblement, que la monnoie d’argent & de cuivre qu’on a dans la poche en change de couleur. M. Boyle apprit d’un Bourgeois qui avoit du bien dans cet endroit, qu’au dessus des veines de métaux & de minéraux qui y sont, on voyoit souvent s’élever des especes de colonnes de fumée, dont quelques-unes n’avoient point du tout d’odeur, d’autres en avoient une très-mauvaise, & quelques-unes en avoient une agréable. Dans la Carniole, & ailleurs, où il y a des mines, l’air devient de tems en tems fort mal sain, d’où il arrive de fréquentes maladies épidémiques, &c. Ajoûtons que les mines qui sont voisines du cap de Bonne-Espérance, envoyent de si horribles vapeurs d’arsénic dont il y a quantité, qu’aucun animal ne sauroit vivre dans le voisinage ; & que dès qu’on les a tenues quelque tems ouvertes, on est obligé de les refermer.

On observe la même chose dans les végétaux : ainsi lorsque les Hollandois eurent fait abbatre tous les girofliers dont l’Isle de Ternate étoit toute remplie, afin de porter plus haut le prix des clous de girofle, il en résulta un changement dans l’air qui fit bien voir combien étoient salutaires dans cette Isle les corpuscules qui s’échappoient de l’arbre & de ses fleurs : car aussi-tôt après que les girofliers eurent été coupés, on ne vit plus que maladies dans toute l’Isle. Un Medecin qui étoit sur les lieux, & qui a rapporté ce fait à M. Boyle, attribue ces maladies aux exhalaisons nuisibles d’un volcan qui est dans cette Isle, lesquelles vraissemblablement étoient corrigées par les corpuscules aromatiques que répandoient dans l’air les girofliers.

L’air contribue aussi aux changemens qui arrivent d’une saison à l’autre dans le cours de l’année. Ainsi dans l’hyver la terre n’envoye guere d’émanations au-dessus de sa surface, par la raison que ses pores sont bouchés par la gelée ou couverts de neige. Or pendant tout ce tems la chaleur soûterraine ne laisse pas d’agir au-dedans, & d’y faire un fond dont elle se décharge au printems. C’est pour cela que la même graine semée dans l’automne & dans le printems, dans un même sol & par un tems également chaud, viendra pourtant tout différemment. C’est encore pour cette raison que l’eau de la pluie ramassée dans le printems, a une vertu particuliere pour le froment, qui y ayant trempé, en produit une beaucoup plus grande quantité qu’il n’auroit fait sans cela. C’est aussi pourquoi il arrive d’ordinaire, comme on l’observe assez constamment, qu’un hyver rude est suivi d’un printems humide & d’un bon été.

De plus, depuis le solstice d’hyver jusqu’à celui d’été, les rayons du soleil donnant toûjours de plus en plus perpendiculairement, leur action sur la surface de la terre acquiert de jour en jour une nouvelle force, au moyen de laquelle ils relâchent, amollissent & putréfient de plus en plus la glebe ou le sol, jusqu’à ce que le soleil soit arrivé au tropique où avec la force d’un agent chimique, il résout les parties superficielles de la terre en leurs principes, c’est-à-dire, en eau, en huile, en sels, &c. qui s’élevent dans l’atmosphere. Voyez Chaleur.

Voilà comme se forment les météores qui ne sont que des émanations de ces corpuscules répandus dans l’air. Voyez Météore.

Ces météores ont des effets très-considérables sur l’air. Ainsi, comme on sait, le tonnerre fait fermenter les liqueurs. Voyez Tonnerre, Fermentation, &c.

En effet tout ce qui produit du changement dans le degré de chaleur de l’atmosphere, doit aussi en produire dans la matiere de l’air. M. Boyle va plus loin sur cet article, & prétend que les sels & autres sub-


stances mêlées dans l’air, sont maintenus par le chaud dans un état de fluidité, qui fait qu’étant mêlés ensemble ils agissent conjointement ; & que par le froid ils perdent leur fluidité & leur mouvement, se mettent en crystaux, & se séparent les uns des autres. Si les colonnes d’air sont plus ou moins hautes, cette différence peut causer aussi des changemens, y ayant peu d’exhalaisons qui s’élevent au-dessus des plus hautes montagnes. On en a eu la preuve par certaines maladies pestilentielles, qui ont emporté tous les habitans qui peuploient un côté d’une montagne, sans que ceux qui peuploient l’autre côté s’en soient aucunement sentis.

On ne sauroit nier non plus que la secheresse & l’humidité ne produisent de grands changemens dans l’atmosphere. En Guinée, la chaleur jointe à l’humidité cause une telle putréfaction, que les meilleures drogues perdent en peu de tems toutes leurs vertus, & que les vers s’y mettent. Dans l’isle de S. Jago, on est obligé d’exposer le jour les confitures au soleil, pour en faire exhaler l’humidité qu’elles ont contractée pendant la nuit, sans quoi elles seroient bien-tôt gâtées.

C’est sur ce principe que sont fondés la construction & l’usage de l’Hygrometre. Voyez Hygrometre.

Ces différences dans l’air ont aussi une grande influence sur les expériences des Philosophes, des Chimistes & autres.

Par exemple, il est difficile de tirer l’huile du soufre, per campanam, dans un air clair & sec, parce qu’alors il est très-facile aux particules de ce minéral de s’échapper dans l’air : mais dans un air grossier & humide, elle vient en abondance. Ainsi tous les sels se mêlent plus aisément, & étant fondus agissent avec plus de force dans un air épais & humide ; toutes les séparations de substances s’en font aussi beaucoup mieux. Si le sel de tartre est exposé dans un endroit où il y ait dans l’air quelque esprit acide flottant, il s’en impregnera, & de fixe deviendra volatil. De même les expériences faites sur des sels à Londres, où l’air est abondamment impregné du soufre qui s’exhale du charbon de terre qu’on y brûle, réussissent tout autrement que dans les autres endroits du Royaume où l’on brûle du bois, de la tourbe, ou autres matieres. C’est aussi pourquoi les ustenciles de métal se rouillent plus vîte ailleurs qu’à Londres, où il y a moins de corpuscules acides & corrosifs dans l’air & pourquoi la fermentation qui est facile à exciter dans un lieu où il n’y a point de soufre, est impraticable dans ceux qui abondent en exhalaisons sulphureuses. Si du vin tiré au clair après qu’il a bien fermenté est transporté dans un endroit où l’air soit imprégné des fumées d’un vin nouveau qui fermente actuellement, il recommencera à fermenter. Ainsi le sel de tartre s’enfle comme s’il fermentoit, si on le met dans un endroit où l’on prépare de l’esprit de nitre, du vitriol, ou du sel marin. Les Brasseurs, les Distillateurs & les Vinaigriers font une remarque qui mérite bien d’avoir place ici : c’est qu’il n’y a pas de meilleur tems pour la fermentation des sucs des plantes, que celui où ces plantes sont en fleurs. Ajoutez que les taches faites par les sucs des substances végétales ne s’enievent jamais mieux de dessus les étoffes, que quand les plantes d’où ils proviennent sont dans leur primeur. M. Boyle dit qu’on en a fait l’expérience sur des taches de jus de coing, de houblon & d’autres végétaux ; & que singulierement une qui étoit de jus de houblon, & qu’on n’avoit pas pû emporter quelque chose qu’on y fît, s’en étoit allée d’elle-même dans la saison du houblon.

Outre tout ce que nous venons de dire de l’air, quelques Naturalistes curieux & pénétrans ont encore observé d’autres effets de ce fluide, qu’on ne