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écrits suivant cet alphabet ; ce qui n’empêcheroit pas plus de lire les autres livres, que le caractere italique n’empêche de lire le romain.

Alphabet, en termes de Polygraphie, ou Steganographie, c’est le double du chiffre que garde chacun des correspondans qui s’écrivent en caracteres particuliers & secrets dont ils sont convenus. On écrit en une premiere colonne l’alphabet ordinaire, & vis-à-vis de chaque lettre, on met les signes ou caracteres secrets de l’alphabet polygraphe, qui répondent à la lettre de l’alphabet vulgaire. Il y a encore une troisieme colonne où l’on met les lettres nulles ou inutiles, qu’on n’a ajoûtées que pour augmenter la difficulté de ceux entre les mains de qui l’écrit pourroit tomber. Ainsi l’alphabet polygraphe est la clef dont les correspondans se servent pour déchiffrer ce qu’ils s’écrivent. J’ai égaré mon alphabet, faisons-en un autre.

L’art de faire de ces sortes d’alphabets, & d’apprendre à les déchiffrer, est appellé Polygraphie & Steganographie, du Grec στεγανὸς, caché, venant de στέγω, tego, je cache ; cet art étoit inconnu aux Anciens ; ils n’avoient que la cytale laconique. C’étoit deux cylindres de bois fort égaux ; l’un étoit entre les mains de l’un des correspondans, & l’autre en celles de l’autre correspondant. Celui qui écrivoit, tortilloit sur son rouleau une laniere de parchemin, sur laquelle il écrivoit en long ce qu’il vouloit ; ensuite il l’envoyoit à son correspondant qui l’appliquoit sur son cylindre ; ensorte que les traits de l’écriture se trouvoient dans la même situation en laquelle ils avoient été écrits ; ce qui pouvoit aisément être deviné : les Modernes ont usé de plus de rafinemens.

On donne aussi le nom d’alphabet à quelques livres où certaines matieres sont écrites selon l’ordre alphabétique. L’alphabet de la France est un livre de Géographie, où les villes de France sont décrites par ordre alphabétique. Alphabetum Augustinianum, est un livre qui contient l’histoire des. Monasteres des Augustins, par ordre alphabétique. (F)

Alphabet grec & latin, (Théol.) caracteres ou lettres à l’usage des Grecs ou des Latins, que, dans la consécration d’une Eglise, le Prélat consécrateur trace avec son doigt sur la cendre dont on a couvert le pavé de la nouvelle Eglise. Quelques-uns croyent que c’est par allusion à ce qui est dit de Jesus-Christ dans l’Apocalypse c. j. ℣. 7. & 22. ego sum alpha & omega, primus & novissimus, principium & finis : mais en ce cas il suffiroit de tracer un alpha & un omega grec, & un a & un z latin. D’autres, avec plus de vraissemblance, prétendent que cette cérémonie est relative à une priere que l’on récite pendant ce tems-là, & dans laquelle il est fait mention d’élémens, nom qu’on donne aux lettres de l’alphabet. Bruno Signiensis, de consecr. Eccles. (G).

Alphabet, table, index ou repertoire du grand livre, (Commerce). Ce sont les divers noms que les Marchands, Négocians, Banquiers & teneurs de livres, donnent à une espece de registre composé de vingt-quatre feuillets cotés & marqués chacun en gros caracteres d’une des lettres de l’alphabet, suivant leur ordre naturel, commençant par A, & finissant par Z.

Cet alphabet où sont écrits les noms & surnoms de ceux avec lesquels on est en compte ouvert, & les folio du grand livre où ces comptes sont debités & crédités, sert à trouver facilement & sans peine les endroits du grand livre dont on a besoin.

Alphabet se dit aussi, mais moins ordinairement, des simples tables qui se mettent au commencement des autres livres, dont les Négocians se servent dans les affaires de leur commerce, soit pour les parties simples, soit pour les parties doubles. V. Livre. (G)


Alphabet : les Relieurs Doreurs appellent alphabet les diverses lettres dont ils se servent pour mettre les noms des livres sur le dos. Ces lettres sont de cuivre fondu ; chacune a sa tige assez longue pour être emmanchée dans un morceau de bois, & pour que le bois ne se brule pas en faisant chauffer la lettre au fourneau. Il faut des alphabets de différentes grosseurs pour assortir à celles des livres. Voyez Pl. II. fig. Q. de la Reliûre. On dit faire les noms.

ALPHABETIQUE, adj. (Gramm.) qui est selon l’ordre de l’alphabet, table alphabétique. Les Dictionnaires sont rangés selon l’ordre alphabétique ; mais on a tort de ne pas séparer les mots qui commencent par i, de ceux qui commencent par j ; ensorte qu’on trouve ïambe sous la même lettre que jambe. Il en est de même des mots qui commencent par u, ils sont confondus avec ceux qui commencent par v, ensorte qu’urbanité se trouve après vrai, &c. Aujourd’hui que la distinction de ces lettres est observée exactement, on devroit y avoir égard dans l’arrangement alphabétique des mots. (F)

* ALPHÆNIX, s. m. les Confiseurs appellent ainsi le sucre d’orge blanc ou tors. Pour le faire, ils font cuire du sucre ordinaire ; ils l’écument bien ; quand il est pur & cuit à se casser, ils le jettent sur un marbre froté d’un peu d’huile d’amandes douces. Ils peuvent le falsifier avec l’amydon, & selon toute apparence ils n’y manquent pas. Cependant ils lui donnent le nom d’alphænix pour le faire valoir. Voyez Sucre.

ALPHANGE, s. f. (Jardinage.) C’est une laitue romaine ou chicon rouge, que l’on lie pour la faire devenir belle. Voyez Laitue. (K)

* ALPHÉE, fleuve d’Elide : on croyoit qu’il traversoit la mer, & se rendoit ensuite en Sicile, auprès de la fontaine Aréthuse ; opinion fondée sur ce que l’on retrouvoit, à ce qu’on croyoit, dans l’île d’Ortygie, ce que l’on jettoit dans l’Alphée : mais ce phénomene n’est fondé que sur une ressemblance de mots, & que sur une ignorance de langue ; sur ce que l’Aréthuse, étant environnée de saules, les Siciliens l’appellerent Alphaga : les Grecs qui vinrent long-tems après en Sicile, y trouverent ce nom qu’ils prirent aisément pour celui d’Alphée ; & puis voilà un article de Mythologie payenne tout préparé : un Poëte n’a plus qu’à faire le conte des amours du fleuve & de la fontaine, & le Paganisme aura deux Dieux de plus : l’aventure de quelqu’enfant exposé dans ces lieux, multipliera bientôt les autels ; car qui empêchera un Poëte d’attribuer cet enfant au Dieu & à la fontaine, qui par ce moyen ne se seront pas cherchés de si loin à propos de rien ?

ALPHETA, terme d’Astronomie, c’est le nom d’une étoile fixe de la couronne septentrionale, qu’on appelle autrement lucida coronæ, ou luisante de la couronne. Voyez l’article Couronne. (O)

* ALPHIASSA ou ALPHIONIA, (Myth.) surnom de Diane, qui lui venoit d’un bois qu’on lui avoit consacré dans le Péloponnese, à l’embouchure de l’Alphée.

* ALPHITA, préparation alimentaire faite de la farine d’orge pelé & grillé, ou plus généralement de la farine de quelque grain que ce soit : on conjecture que les Anciens étendoient sur le plancher, de distance en distance, leur orge en petits tas, pour le faire mieux sécher quand il étoit humide ; & que l’alphita est la farine même de l’orge qui n’a point été seché de cette maniere. L’alphita des Grecs étoit aussi le polenta des Latins ; la farine de l’orge détrempée & cuite avec l’eau, ou quelqu’autre liqueur, comme le vin, le moût, l’hydromel, &c. étoit la nourriture du peuple & du soldat. Hippocrate ordonnoit souvent à ses malades l’alphita sans sel.