Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parce qu’il est fort rare, que le P. le Long n’en a donné aucune notice, & que cependant il contient des fragmens de l’histoire de France qu’on ne trouve pas ailleurs. Ceux qui voudront s’en instruire à fond, peuvent consulter le mémoire de M. l’abbé le Bœuf sur les chroniques martinienes, inséré dans le recueil de l’acad. des Inscript. tome XX. in-4°. (D. J.)

MARTINGALE, s. f. (Maréchallerie.) courroie de cuir qui s’attache d’un côté à la sangle du cheval sous le ventre, & de l’autre à la museliere, pour l’empêcher de lever ou de secouer la tête.

MARTINIQUE île de la, s. f. (Géogr.) c’est la principale des Antilles françoises ; elle est située par les 14d. 43′. & 9″. de latitude au nord de l’équateur, & sa longitude differe occidentalement de 63d. 18′. 45″. du méridien de l’observatoire de Paris ; ce qui fait 4h. 13′. & 15″. de différence.

Cette île peut avoir 60 lieues de circuit, sa longueur est d’environ 25, sur une largeur inégale, étant découpée par de grandes baies, au fond desquelles sont de belles ances de sable, & de très-bons ports couverts par de longues pointes qui avancent beaucoup en mer ; les rivages de l’île sont défendus par des rochers & des falaises qui en rendent l’aspect formidable ; quant à l’intérieur du pays il est occupé par de très-hautes montagnes, dont les intervalles forment de grands vallons remplis d’épaisses forêts, & arrosés d’un grand nombre de rivieres & de torrens, dont l’eau est communément excellente.

Quoique le climat par son excessive chaleur, soit souvent funeste aux étrangers intempérans, ceux qui y sont accoutumés y jouissent d’une aussi parfaite santé qu’en aucun lieu du monde ; la terre y produit abondamment des cannes à sucre, du café, du coton, de la casse, du manioc, des fruits délicieux, & une prodigieuse quantité de plantes & de beaux arbres, dont le bois, les résines & les gommes ont des propriétés qui peuvent être utilement employées tant en médecine que dans les arts méchaniques. La culture du sucre a fait négliger celle de l’indigo, du rocou & du tabac ; on commence depuis quelques années à reprendre avec succès celle du cacao, dont les arbres par une espece d’épidémie, étoient presque tous morts en 1728.

La colonie que M. Dosnambuc, gouverneur de l’île de Saint-Christophe, fit passer à la Martinique en 1635, s’est considérablement augmentée malgré les guerres qu’elle fut obligée de soutenir contre les sauvages, & les difficultés de défricher un pays rempli de serpens venimeux & d’insectes fort incommodes.

La Martinique est aujourd’hui très-florissante, sa ville capitale, que l’on nomme le Fort-Royal, est avantageusement située près d’un excellent port couvert d’une péninsule entierement occupée par une grande citadelle, où réside ordinairement le gouverneur général ; mais le lieu le plus considérable de l’île, tant par son étendue que par son commerce & ses richesses, est le Fort-Saint-Pierre, distant du Fort-Royal d’environ sept lieues. Sa situation s’étend en partie sur des hauteurs au pié d’une chaine de montagnes, & en partie sur les bords d’une grande plage courbée en croissant, au-devant de laquelle est une spatieuse rade, où nombre de vaisseaux expédiés de tous les ports du royaume abordent continuellement, excepté depuis le 15 de Juillet jusqu’au 15 d’Octobre, tems de l’hyvernage, que ces vaisseaux vont passer dans le carénage du Fort-Royal pour être plus en sureté contre les ouragans & les ras de marée, très-frequens pendant cette saison.

Dans la partie orientale de l’île, sont situés le bourg & le fort de la Trinité, au fond d’un grand cul-de-sac, dans lequel les vaisseaux peuvent mouiller à l’abri des vents pendant la saison de l’hyvernage ; ce lieu est beaucoup moins considérable que


les précédens. Outre ces trois principaux endroits, l’île est très-bien garnie dans toute sa circonférence d’un bon nombre de jolis bourgs, dont plusieurs jouissent d’une agréable situation.

Les habitans de la Martinique, quoique moins opulens que ceux de Saint-Domingue, sont presque tous riches ; ils aiment le faste & la dépense ; leur affabilité envers les étrangers trouve peu d’exemple ailleurs ; ils sont naturellement généreux & très braves. On n’ignore pas la réputation que les corsaires de la Martinique se sont acquis pendant les guerres qui se sont succédées contre les ennemis de l’état. M. le Romain.

MARTIN-VAS, (Géogr.) île de la mer du Nord, entre la côte des Cafres & celle du Brésil, environ sous le troisieme degré de long. & sous le 20e de lat. Elle est très montueuse & sans habitans. (D. J.)

MARTIOBARBULE, s. m. (Art milit.) ancienne arme des Romains. C’étoit aussi le nom d’une sorte de milice, formant un corps de douze mille hommes. Les martiobarbules ne nous sont guere connus.

MARTOIRE, s. f. (Serrur.) c’est un marteau à deux pannes, qui sert à relever les brisemens.

MARTOLOIS, les (Géogr.) espece de voleurs fameux du dernier siecle, dans la Hongrie & l’Esclavonie. Il y a eu de tout tems en divers royaumes des compagnies de voleurs, auxquels on a donné des noms dont il ne faut pas chercher les étymologies. De pareils voleurs en Cilicie s’appelloient autrefois isauri, en Angleterre scoti, dans les Pyrénées bandoliers, en Dalmatie uscocchi, en Esclavonie martilosi, & par les François martolois. On pourroit y joindre les Cosaques de Pologne & de Moscovie.

MARTORANO, (Géogr.) petite ville d’Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, avec un évêché suffragant de Corenza. Elle est à 3 lieues de la mer, 6 S. de Cosenza. Long. 34. 12. lat. 39. 8.

MARTORELO, (Géogr.) petite ville d’Espagne dans la Catalogne, au confluent de la Noya & du Lobregat, à 4 lieues de Barcelonne. Long. 19. 45. lat. 41. 15. (D. J.)

MARTYR, s. m. (Théol.) celui qui souffre des peines, des supplices & même la mort pour la défense de la vérité de l’Evangile.

Le mot martyr est grec, μαρτυς, & signifie proprement témoin. On le donne par excellence à tous ceux qui souffrent la mort pour la vérité de l’Evangile.

Autrefois ceux qui étoient exilés pour la foi, & qui mouroient dans les guerres de religion étoient tenus pour martyrs. Du tems de S. Augustin & de S. Epiphane, on donnoit le titre de martyrs aux confesseurs qui avoient souffert quelques tourmens pour Jesus-Christ, encore qu’on ne leur eût pas ôté la vie.

C’est la pensée de Tertulien dans son apologétique. Plures efficimur, quoties metimur à vobis ; semen est sanguis Christianorum. cap. l.

On compte 19 mille 700 martyrs qui souffrirent le martyre à Lyon avec S. Irénée, sous l’empire de Severe ; 6666 soldats de la légion thébéenne que la persécution fit périr dans les Gaules. Le P. Papebrock compte 16 mille martyrs abyssins, & 150 mille autres sous le seul Dioclétien.

Dodwel avoit fait une dissertation exprès pour montrer que le nombre des martyrs qui ont souffert sous les empereurs romains est très-médiocre. Il prétendoit que ce qu’on en trouve dans les peres se réduisoit à peu de chose, & que si l’on excepte Néron & Domitien, les autres empereurs avoient fait peu de martyrs. Le P. Ruinard a montré au contraire que l’on n’a point enflé le catalogue des martyrs. Le carnage fut grand, & la persécution sanglante sous les premiers empereurs, en particulier sous Dioclétien.

Le P. Papebrock, dans ses acta sanctorum, en com-