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donne au canon du pont une longueur telle qu’il approche d’un côté fort près du pignon de la chaussée des secondes, & de l’autre, de l’aiguille qui doit marquer ces secondes. La fonction de ce pont est de porter la roue de cadran de la même maniere que la chaussée des minutes le porte dans les montres ordinaires ; par son moyen, on évite les frottemens trop considérables qui naîtroient, si la roue de cadran tournoit sur la chaussée des secondes. Voici le second moyen qu’on emploie pour faire marquer les secondes par le centre. On met dans la quadrature trois petites roues plates fort légeres qui engrenent l’une dans l’autre ; on fixe la premiere sur la tige de la roue de champ, & l’on fait tourner la derniere sur la chaussée des minutes au moyen d’un canon, & de la même maniere que la chaussée des secondes y tourne dans le cas précédent ; enfin, l’on ajuste aussi un pont sur cette derniere roue pour porter la roue de cadran.

Lorsqu’on se sert de l’échappement de M. Greehaam, ou de quelqu’autre dont la roue de rencontre est parallele aux platines, cette roue tournant à gauche, on peut alors faire mener la roue des secondes qui devient fort grande, immédiatement par le pignon de la roue de rencontre.

Toutes ces méthodes ont leurs avantages & leurs inconvéniens : la premiere est sans doute la plus simple & la meilleure qu’on puisse employer, l’aiguille y marque les secondes très-régulierement & sans jeu ; mais le surcroit de grosseur du pivot qui porte cette aiguille, la petitesse du cadran des secondes, & la confusion qu’il occasionne dans celui des heures & des minutes, sont des défauts auxquels on ne peut remédier. Joignez à cela que dans ces sortes de montres la roue de champ ne faisant que soixante tours, au lieu de soixante-douze qu’elle fait dans les montres simples, on est contraint de multiplier les tours qu’un des siens fait faire à la roue de rencontre, d’où il suit que le pignon de cette derniere devient petit, & la denture de la roue de champ trop fine.

On évite ces défauts par la seconde méthode, mais alors on tombe dans d’autres inconvéniens, la petite roue moyenne & le pignon de roue de champ se trouvant fort près d’un de leurs pivots, l’huile ne peut rester à ce pivot, & il s’y fait beaucoup d’usure. Ce défaut doit seul faire abandonner cette construction ; mais il y a plus, le jeu de l’engrenage, l’inégalité du pignon qui porte l’aiguille des secondes, produisent sur cette aiguille des effets d’autant plus sensibles que l’engrenage se fait fort près de son centre ; il arrive de-là qu’on ne peut savoir qu’à une demi-seconde près le point où l’aiguille des secondes répondroit sans le jeu de l’engrenage ; ajoutez à cela que le pignon de secondes, le pont, & les jours nécessaires emportent une partie de la hauteur de la montre, d’où il suit que la force motrice en devient plus foible.

Les trois roues employées dans la troisieme méthode produisent les mêmes inconvéniens à-peu-près.

On voit donc qu’il n’est guere possible de faire une montre à secondes, sans tomber dans quelques inconvéniens.

Si l’on me demande laquelle des méthodes précédentes je préférerois, je répondrai que celle où l’on met une aiguille sur le pivot de la roue de champ me paroît la meilleure, en observant d’éloigner beaucoup le pignon du pivot qui porte l’aiguille afin de diminuer le frottement. Mais si l’on veut absolument que les secondes soient marquées par une aiguille concentrique avec celle des minutes & des heures, je conseillerai alors de mettre une roue fort légere sur la tige de la roue de champ,


de la faire engrener tout de suite dans une roue qui, tournant sur la chaussée, porte l’aiguille des secondes, & de tracer dans l’intérieur du cercle des minutes un second cercle de divisions tout semblable, avec des chiffres qui aillent en augmentant de droite à gauche. Par cette construction, on diminuera considérablement les êtres, les frottemens & les jeux.

Les doubles divisions ne seront point desavantageuses, les plus habiles maîtres y ayant recours dans leurs montres à secondes concentriques, pour éviter la trop grande distance où l’aiguille des minutes se trouve de ses divisions, lorsque celle des secondes passe sur ces mêmes divisions.

La seule objection qu’on pourroit donc faire contre la construction que je propose, est que l’aiguille des secondes tournera alors dans un sens opposé à celui des autres aiguilles ; mais comme ces sortes de montres doivent appartenir pour l’ordinaire à des personnes un peu philosophes, pour lesquelles la droite ou la gauche sont indifférentes, ce défaut, si c’en est un, ne doit être d’aucune considération.

Montre, Chaînette de, (Art méchanique.) Description des chaînettes de montres & de pendules, & de leur fabrique. 1. Après avoir donné une idée des pieces qui composent une chaînette, & de leur assemblage, on décrira la maniere dont elle se fabrique, & les outils dont on se sert pour cela.

2. La chaînette est composée de trois sortes de pieces : savoir, les paillons, les coupilles, & les crochets. Voyez les Pl. du Chaînetier.

3. Les paillons sont comme les anneaux de la chaînette, ils sont tous parfaitement semblables puisqu’ils sont formés, pour ainsi dire, dans le même moule, comme on le verra bientôt. Un paillon est une petite lame d’acier dont la longueur ab (fig. 1.) est le double de sa largeur cd, & dont l’épaisseur en est environ la sixieme ou huitieme partie de sa largeur. Les deux faces latérales d’un paillon ont chacune la figure de deux cercles accouplés, qui sont chacun percés d’un trou rond dans leur centre ; c’est ce qui est représenté géométriquement en ab. On voit en ef le profil de ce paillon qui est encore représenté en perspective en AB.

4. Ces paillons, pour former la chaînette, sont liés les uns aux autres de la maniere suivante. Deux paillons ab, df (fig. 4.), en embrassent un troisieme eg, & sont liés tous trois ensemble par une cheville ou axe d’acier que les ouvriers nomment coupille, qui passe à la fois par les trois trous b, e, f, & de laquelle les deux extrémités étant rivées l’une sur la surface extérieure du paillon ab, & l’autre sur la semblable surface du paillon df, serrent ces trois paillons l’un contre l’autre immédiatement par leurs faces intérieures, & forment ainsi une espece de charniere que l’on voit représentée de côté ou de profil en bef (fig. 3.), & en perspective en b e f, fig. 5. La figure 4. ne les représente éloignés l’un de l’autre, que pour faire voir plus nettement leur disposition & celle de leur trou, prêts à recevoir leur coupille.

5. Le bout g du troisieme paillon eg (fig. 3. 4. & 5.) est embrassé par deux autres paillons hk, im, & ces trois paillons sont liés ensemble par une autre coupille semblable à la précédente, qui passe par les trois trous i, g, h (fig. 4.), & qui est rivée de même pour former une seconde charniere.

6. Ces deux paillons hk, im, embrassent un seul paillon lp auquel ils sont liés de la même maniere. En un mot, toute une chaînette n’est qu’une suite immédiate de paires de paillons, tels que ab, df & hk, im (fig. 3. 4. & 5.), liés l’un à l’autre par le moyen d’un seul paillon eg, dont une moitié e est embrassée par la paire qui précede, & l’autre