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moitié g par la paire qui suit. La figure 2, représente une vûe directe d’une des faces de la chaînette ou des paillons externes qui la composent.

7. Suivant la proportion indiquée ci dessus (dans l’article 3.) de chaque paillon, & suivant la maniere dont ils sont joints ensemble, il en résulte 1°. que l’épaisseur ad de la chaînette (fig. 3. & 5.) est composée de trois épaisseurs ou trois rangs de paillons a k, c p, d m, pressés l’un contre l’autre par les coupilles. 2°. Que les paillons qui sont dans un même rang, sont aussi pressés l’un contre l’autre par leurs extrémités. C’est ce que les ouvriers regardent comme une des principales qualités d’une bonne chaînette.

8. Chaque extrémité de la chaînette est terminée par un crochet cA, (fig. 3. 4. & 5.) qui est de même épaisseur qu’un paillon, & qui s’attache de la même maniere.

9. La proportion des paillons indiquée dans l’art. 3. n’est pas la même dans différentes chaînettes. Elle varie suivant quelques circonstances, & quelquefois suivant la volonté ou le pur caprice des ouvriers ; car quelquefois, pour abréger leur travail, ils font les paillons plus longs, afin qu’il en entre moins dans la longueur totale & prescrite de la chaînette, ce qui se fait au préjudice de sa bonté & de sa beauté.

10. L’épaisseur des paillons varie aussi à proportion de leur largeur, pour les approprier à la largeur des rainures spirales de la fusée de la montre. Car c’est la largeur de ces rainures qui détermine l’épaisseur de la chaînette, & par conséquent aussi celle des paillons. Or, comme ces rainures sont plus ou moins étroites, suivant que la montre est plus ou moins plate, il faut en conséquence faire les paillons plus ou moins minces. Mais quelque variété que l’on pratique dans ces cas entre la largeur & l’épaisseur d’un paillon, celle qu’on a indiquée (article 3.) entre sa longueur & sa largeur, demeure constamment la même dans toutes sortes de grosseurs de chaînettes.

11. On fait quelquefois des chaînettes pour les pendules, qui ont quatre rangs de paillons ou même cinq rangs, disposés comme on le voit dans la fig. 6. qui en représente le côté ou profil ; on en pourroit faire qui auroient encore un plus grand nombre de rangs de paillons, mais les ouvriers estiment davantage celles qui n’en ont que trois.

Fabrique des chaînettes. 12. Les grosses & les petites chaînettes pour pendules ou pour montres, se fabriquent toutes de la même maniere & avec les mêmes sortes d’outils, qui sont cependant plus ou moins grands, suivant la grosseur de la chaînette qu’il s’agit de fabriquer. Les outils dont on se sert pour une même grosseur de chaînette, ne sont pas toujours de même grandeur ou proportion en toutes leurs parties : certaines dimensions sont fixes, mais la plûpart varient, parce qu’elles sont arbitraires. On les distinguera aisément les unes des autres dans la suite de ce mémoire.

13. Pour faire des paillons l’on prend des lames d’acier dont la longueur & la largeur est arbitraire : elles ont ordinairement environ un pouce de largeur pour les chaînettes de montre, & 6, 12 ou 15 pouces de longueur. Leur épaisseur est précisément égale à celle dont on veut que soient les paillons. Ces lames ont leurs deux faces polies ou du-moins bien unies : elles sont faites de la même matiere que les ressorts de montres, & par les mêmes ouvriers.

Premiere opération. Piquer les lames. 14. On a un parallelipipede rectangle de bois de buis B D, fig. 10. de 9 à 12 pouces de long, sur un pouce à un pouce & demi en quarré ; on l’attache à un étau ordinaire dans une direction horisontale. On pose la lame sur


ce bois à piquer, & on la pique avec un poinçon A, dont le bout est terminé par deux pointes aiguës & arrondies b, p, d’égale longueur entr’elles, & dont l’intervalle bp est égal à la distance des deux centres ou trous du paillon que l’on veut faire. On prend ce poinçon entre les doigts de la main gauche ; & tenant ce poinçon perpendiculairement sur la lame, à-peu-près comme on tient une plume à écrire sur le papier, on frappe un coup de maillet de fer aciéré sur la tête de ce poinçon, qui fait les deux trous a, c ; ensuite on pose la pointe b dans le trou c, & d’un second coup de maillet la pointe p fait le trou d ; puis mettant la pointe b dans le trou d, d’un autre coup de maillet la pointe p fait le trou f. On continue de même dirigeant ces trous en ligne à peu-près droite de a en t tout le long de la lame : de cette maniere on ne perce qu’un trou à chaque coup de maillet, excepté les deux premiers ; & le poinçon faisant, comme l’on voit, l’office d’un compas, tous les trous de ce rang sont à même distance les uns des autres. On vient ensuite commencer un second rang de trous mq de la même maniere, lequel est à-peu-près parallele au premier, observant à vue d’œil qu’il y ait entre ces deux rangs un espace égal au moins à la largeur du paillon que l’on veut faire : les ouvriers en laissent beaucoup plus. Après avoir piqué un second rang, on en pique un troisieme, un quatrieme, & autant que la largeur de la lame peut le permettre.

Seconde opération. Limer les bavures des trous. 15. L’on voit bien que ces pointes ont fait chaque trou de la forme à-peu-près d’un entonnoir, dont la pointe qui est derriere la lame est formée à peu-près comme un petit mamelon dont le bout est déchiré. Il s’agit d’emporter tous ces mamelons, & de rendre le derriere de la lame parfaitement plat. Pour cet effet on étend la lame sur le bois à piquer comme ci-devant, avec cette seule différence que la face de la lame qui étoit ci-devant supérieure est à-présent inférieure, & appliquée immédiatement contre le bois. En cet état on passe une lime douce & plate sur tous ces mamelons, qui les emporte totalement, & applanit parfaitement cette superficie de la lame, mais aussi elle rebouche, du-moins en partie, la plupart de ces trous, que l’on débouche ensuite de la maniere suivante.

Troisieme opération. Repiquer les lames. 16. On remet la lame sur le bois à piquer dans la premiere situation, c’est-à-dire que le derriere de la lame d’où on a enlevé les mamelons soit appliqué contre le bois ; puis tenant de la main gauche un poinçon qui n’a qu’une seule pointe, on fait entrer cette pointe successivement dans tous les trous par un très-petit coup de marteau pour chacun.

Quatrieme opération. Couper les paillons. 17. On a pour cet effet un parallelipipede rectangle d’acier trempé A B, fig. 7, d’environ un pouce à 15 lignes de longueur AB, trois à quatre lignes de largeur ab, & au plus d’une ligne & demi d’épaisseur ac. Cette piece, nommée par les ouvriers matrice, est percée d’un trou df qui traverse son épaisseur dans une direction perpendiculaire à sa face supérieure AB, mais dont l’ouverture inférieure est un peu plus grande que la supérieure df, qui a précisément la même longueur, largeur & figure que la longueur, largeur & figure de la face du paillon que l’on veut faire.

18. On a aussi un poinçon ou coupoir CD dont le bout C est formé à-peu près comme deux cylindres accouplés de telle forme, que ce bout de poinçon puisse entrer dans le trou df de la matrice, & en remplir très-exactement l’ouverture supérieure. Chaque cylindre du coupoir est percé dans son axe pour y fixer solidement deux pointes e, n, qui ex-