Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/51

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écueils mêmes, pour piller les vaisseaux qui avoient le malheur d’échouer dans leur pays, au-lieu de consoler par tous les services de l’humanité, ceux qui venoient d’éprouver ce triste accident : mais les Romains qui faisoient des lois pour tout l’univers, en avoient fait de très-humaines sur les naufrages. Ils réprimerent à cet égard les brigandages de ceux qui habitoient les côtes, & ce qui étoit plus encore, la rapacité de leur propre fisc. Esprit des Lois. (D. J.)

NAUFRAGÉ, adj. (Jurispr.) se dit de ce qui a fait naufrage soit sur mer ou sur quelque fleuve ou riviere : comme un bateau ou bâtiment naufragé, des marchandises naufragées. L’article xxvij. du titre IX. du livre IV. de l’Ordonnance de la marine porte que, si les effets naufragés ont été trouvés en pleine mer ou tirés de son fond, la troisieme partie en sera délivrée incessamment & sans frais, en especes ou en deniers à ceux qui les auront sauvés. Et l’article iij. du titre V. de l’Ordonnance des cinq grosses fermes de 1687, veut que les droits d’entrées soient payés pour cette troisieme partie des effets naufragés qui sera délivrée à ceux qui les auront sauvés. Voyez Bris, Gayves, Varech. (A)

Naufragés, s. m. pl. (Hist. anc.) Les naufragés étoient obligés, arrivés à la terre, de se faire couper les cheveux & de les sacrifier à la mer, & de suspendre leurs vêtemens humides dans le temple de Neptune, avec un tableau où leur désastre étoit représenté. Ceux qui avoient perdu encore leur fortune, en portoient un autre au cou, & alloient ainsi demander l’aumône ; ou s’il ne leur restoit pas de quoi faire peindre leurs aventures, ils demandoient les piés nus, avec un bâton entortillé d’une banderolle à la main.

NAUGATO, (Géog.) royaume du Japon dans la grande île Niphon dont il est la partie la plus occidentale. Sa ville capitale est Amauguchi ou Amauguci, une des plus riches villes de l’empire, dont on met la Longit. à 148. 20. lat. 43. 54. (D. J.)

NAVICULAIRE OS, terme d’Anatomie C’est le nom du troisieme os du tarse entre l’astragal & les os cunéiformes, & du premier carpe entre le semi-Junaire & le trapeze. Voyez Tarse & Carpe.

Ils sont ainsi appellés du mot latin navis vaisseau, avec quoi il a quelque ressemblance, c’est pour quoi on l’appelle aussi cymbiforme du mot cymba, barque, & scaphoide, du mot scapha, esquif.

On observe dans l’os naviculaire du tarse deux faces articulaires revêtues d’un cartilage : l’une est concave, postérieure & articulée avec la convexité antérieure de l’astragal ; l’autre convexe antérieure, divisée en quatre facettes pour l’articulation avec l’os cuboïde & les trois cunéiformes. La circonférence décrit par son contour un ovale qui se rétrecit peu-à-peu, & se termine obliquement par une pointe incusse. Un côté du contour a plus de convexité que l’autre, & est tourné en-haut. La pointe de l’ovale va aboutir à une tubérosité qui est tournée en-bas & en-dedans.

On remarque dans l’os naviculaire du carpe une éminence oblongue revêtue d’un cartilage, & articulée avec le trapeze & le trapezoïde, trois facettes articulaires : une convexe qui s’articule avec le rayon ; l’autre concave, & s’articule avec le grand ; la troisieme est plate & articulée avec l’os semi-lunaire ; deux faces dont l’externe est inégale & distinguée de l’interne par une espece de petite gouttiere qui regne tout le long de la longueur de l’os. (L)

NAVIGABLE, adj. (Marine.) se dit d’une riviere ou d’un canal qui a assez d’eau pour porter des bateaux ou bâtimens chargés. (Z)


NAVIGATEUR, s. m. (Marine.) ce nom ne se donne qu’à ceux qui entreprennent des voyages de long cours ; & même entre ceux-ci il semble particulierement consacré à des hommes éclairés, courageux & hardis, qui ont fait par mer de nouvelles découvertes importantes de lieux & de pays.

Personne n’ignore que la mer est devenue par la navigation le lien de la société de tous les peuples de la terre, & que c’est par elle que se répandent en tous lieux les commodités & l’abondance. On se tourmenteroit vainement à chercher quel fut le premier navigateur, il suffit de savoir qu’on doit le trouver parmi les premiers hommes. La navigation sur les rivieres doit avoir été presque aussi ancienne que le monde. La nature aida les hommes à découvrir cet art si nécessaire. Après avoir vu flotter des arbres & des solives, ils en joignirent plusieurs pour passer des rivieres. Après avoir vu des coupes & des tasses de bois, ils donnerent quelques creux à des pieces de charpente liées ensemble, pour aller plus sûrement sur l’eau. Le tems, le travail & l’industrie perfectionnerent peu-à peu ces sortes de maisons flottantes ; on hasarda de se mettre dedans pour passer des bras de mer ; ainsi l’on vit aux radeaux succéder des barques taillées par l’avant & par l’arriere, & finalement d’autres especes de vaisseaux & de galeres, qui reçurent aussi peu-à-peu de nouvelles perfections.

Les Phéniciens avides de s’enrichir, & plus curieux encore à mesure qu’ils s’enrichirent, saisirent promptement ces différentes inventions : & comme ils ne pouvoient reculer par terre les bornes de leurs états, ils songerent à se former sur la mer un nouvel empire, dont ils ne furent redevables qu’à leur industrie & à leur hardiesse. Il falloit avoir infiniment de l’un & de l’autre pour tenter au milieu des abîmes un chemin sans trace, & où il est aussi périlleux d’avancer que de reculer. Cependant Strabon remarque que ces peuples peu d’années après la guerre de Troie se hasarderent à passer les colonnes d’Hercule & à braver le terrible Océan. Enfin ce sont les premiers qui ayent osé perdre de vûe leur patrie, pour entreprendre des voyages de long cours. Mais comme je ne fais point ici l’histoire importante de la navigation, je passe tout d’un-saut à celle des Européens, qui nous ont découvert de nouvelles parties du monde inconnues à l’antiquité.

Ce fut dans le royaume de Portugal que s’éleva au commencement du xv. siecle, & malgré toute l’ignorance de ces tems là, cet esprit de découverte si glorieux pour toutes les nations, si profitable pour le commerce, & qui depuis environ 260 ans a jetté des richesses immenses dans l’Europe, & a porté ses forces maritimes à un si haut point, qu’on la regarde avec raison comme la maîtresse de la plus grande partie de notre globe.

Il est vrai que les premiers essais des Portugais ne furent que des voyages fort courts qu’ils firent le long des côtes du grand continent de l’Afrique. Devenus bientôt plus hardis & plus expérimentés sur mer, le succès de leurs entreprises les anima à en essayer d’autres. Ils navigerent les premiers d’entre les nations sur l’Océan atlantique. Ils découvrirent en 1419 l’ile de Madere, en 1448 les îles des Açores, en 1499 les îles du Cap-verd, & en 1486 le cap de Bonne-Espérance, ainsi nommé de l’espérance qu’ils concevoient avec raison par cette découverte de trouver de ce côté un passage aux Indes. Mais c’est à un seul homme, à l’infant dom Henri, que les Portugais furent sur-tout redevables de leurs vastes|entreprises contre lesquelles ils murmurerent d’abord. Il ne s’est rien fait de si grand dans le monde, dit M. de Voltaire, que ce qui se