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Le palmier nain épineux croît rarement dans sa patrie au-dessus de quatre ou cinq piés, mais il étend ses racines fort loin, & les multiplie si facilement, qu’un grand pays qui n’est pas cultivé en est couvert au bout de vingt ans. Ses feuilles servent à faire des balais de jonc. Cet arbre n’est pas rare en Espagne & en Portugal.

Le chou palmiste croît au contraire à une hauteur prodigieuse, & pousse quantité de feuilles qui s’entrelacent les unes dans les autres. On met ses jeunes tiges en saumure, & on les envoye en Angleterre sous le nom de chou-palmiste.

Le palmier oléagineux abonde sur la côte de Guinée, & dans les îles du Cap-verd, où il s’éleve jusqu’à la hauteur d’un mât de vaisseau. Cet arbre a merveilleusement réussi à la Jamaïque & aux Barbades. Les negres tirent de son tronc une liqueur enivrante, une espece d’huile ou de beurre de la pulpe du fruit, & emploient l’écorce du tronc à en faire des nattes pour se coucher dessus.

Le grand palmier épineux pullule dans les îles Caraïbes. Les negres font de son bois leurs javelines & leurs fleches ; ils tirent aussi de son fruit une liqueur qu’ils aiment passionnément.

Le vrai palmier sang-dragon ainsi nommé, parce qu’on en tire par incision le suc résineux de ce nom, n’est connu qu’à Madere & dans les îles Canaries. Il est vrai que dans nos climats on peut l’élever de graine, mais il ne parvient pas à une grande hauteur, & ne donne point de résine.

Le palmier vinifere de Thevet est célebre par sa verdure perpétuelle, & est cher aux Ethiopiens qui percent son tronc à deux piés de terre, & en tirent une liqueur qui a le goût du vin d’Anjou.

Le palmier royal contient dans la partie supérieure de son tronc une substance médullaire, blanche, tendre, savoureuse, & qui fait un des mets délicats des habitans des îles Sous-le-Vent.

Le palmier de Malabar a de très-grandes feuilles visqueuses, molles, propres à être pliées comme un éventail, & resserrées dans un très-petit espace.

Tous les palmiers qu’on peut élever dans nos climats méritent de se trouver dans les jardin, de plantes exotiques, à cause de leur structure singuliere & de la beauté de leurs feuilles.

Rien n’est plus commun dans les recueils de voyageurs anglois, françois, hollandois, que d’y trouver des descriptions de palmiers d’Asie, d’Afrique & d’Amérique ; mais elles sont ou peu fideles, ou merveilleuses. (D. J.)

Palmier-dattier, (Botan.) arbre célebre par bien des endroits, & peut-être celui dont les auteurs sacrés & profanes ont le plus parlé. Les Poëtes l’ont consacré aux héros & à la victoire. Il sert d’un des plus heureux symboles pour le blason, pour les emblèmes, pour les médailles, & pour les devises. Il est regardé comme le type de l’amour conjugal, de la santé, de la fécondité, & de la conservation des empires. On connoît une médaille d’Adrien, sur le renvers de laquelle, Sabine debout, tient une palme de la main droite, & de l’autre une corne d’abondance, accompagnée de deux petits enfans, l’un mâle & l’autre femelle, avec cette inscription, hilaritas populi romani, « le bonheur du peuple romain ». Personne n’ignore que Marie Stuart, cette princesse malheureuse, qui ne fut jamais plus digne de grace qu’au moment qu’elle reçut l’arrêt de sa mort, avoit pris pour devise dans sa prison une palme courbée sous le faix, & se relevant, avec ces mots : ponderibus virtus innata resistit, « la vertu sous le poids, ne peut être accablée ».

Si l’on osoit ici mêler quelque chose de plus sérieux à ces idées poétiques, il semble qu’on pourroit dire que le palmier a reçu un nouveau lustre pour nous,

depuis qu’il a fourni des vêtemens, de la nourriture, & des remedes à tant de chrétiens & de solitaires, qui ont si long-tems habité les deserts de l’Egypte où il croît en abondance.

Enfin quand l’on examine le palmier en naturaliste, l’on s’apperçoit qu’il mérite à tous égards l’attention du physicien. Son tronc sans écorce, garanti par des queues de branches feuillées, placées symmétriquement ; ce même tronc dans sa vieillesse, portant au sommet des boutons pleins d’une substance médullaire qui, étant enlevée, fait périr l’arbre ; ses grappes branchues sortant des aisselles feuillées. & ayant chacune leur enveloppe ; ses côtes, ses épines, ses fleurs servant à féconder le palmier femelle ; l’ordre de leur production, le fruit qui en-vient, ses degrés d’accroissement & de maturité ; tout cela, dis-je, est extrèmement digne de notre curiosité. Mais plus ce qui regarde le palmier-dattier est intéressant, & plus on est avide de le connoître avec exactitude, & de démêler le vrai du faux dans les relations qu’on en a faites. Kaempfer est presque le seul qui ait décrit cette plante avec intelligence, avec fidélité, & en homme du métier ; c’est aussi dans ses mémoires que j’en puiserai la description.

Cet arbre est nommé par les Botanistes, palma ; par excellence, palma major, palma dactilifera ; en anglois, the greater palm ou date-tree ; en allemand, dattel-baum. Il pousse une racine simple, épaisse, ligneuse, & quelquefois deux, selon que le terrein le permet. Elle est environnée vers son collet de menues branches, dont les unes sont tortueuses, simples, nues le plus souvent, & se répandant au loin sur la surface de la terre ; les autres sont garnies de fibres très-courtes, le bois est fibré, ferme & pliant, de couleur rousse foncée, d’une saveur acerbe.

Le tronc de cet arbre est droit, simple, sans branches, cylindrique, un peu moins épais vers le sommet, de grosseur & de longueur différentes selon son âge, de sorte cependant que le plus haut surpasse à-peine huit brasses. Il n’a point d’écorce, mais il est garanti, lorsqu’il est jeune, par des queues de branches feuillées, qui restent après qu’on les a coupées, & que l’on appelle chicots. Ils sont placés symmétriquement, au nombre de six, autour du tronc. Lorsque la vieillesse, ou l’injure du tems, les fait tomber, la superficie du tronc est nue, rude au toucher, de couleur fauve, & encore marquée des impressions de l’origine des branches feuillées, de la même maniere que la tige du choux pommé, lorsque ses feuilles sont tombées.

La substance intérieure depuis le sommet jusqu’à la racine, est composée de fibres longitudinales, épaisses, ligneuses, fermes, & cependant si peu unies ensemble par le moyen d’une matiere fongueuse, qu’on peut les séparer avec les doigts. C’est pourquoi le tronc de cet arbre est difficile à couper, par le défaut de solidité. Les troncs d’un an n’ont point de moëlle, mais seulement une espece de nerf ligneux qui se trouve au milieu.

Dans les jeunes troncs, toute la partie intérieure est molle, bonne à manger ; dans ceux qui sont plus avancés, il n’y a que le sommet ; & dans les vieux troncs, il n’y a que les boutons du sommet où se trouve cette moëlle, dont la substance est blanche, tendre, charnue, cassante, douçâtre & savoureuse. Dioscoride l’appelle ἐγϰαρδιον, terme qui signifie moëlle : Théophraste & Galien la nomment ἐγϰεφάλος, c’est-à-dire, cerveau. Lorsqu’on coupe cette moëlle, l’arbre meurt, car elle est le germe des nouvelles productions, & le principe des branches qui doivent naître.

Le palmier-dattier est terminé par une seule tête, quoique Théophraste assure, H. Pl. l. II. c. viij. que dans l’Egypte il y en a quelquefois plusieurs ; mais