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par ceux qui travaillerent avec lui à la clôture du canon. Cette addition ou interpolation est palpable ; car elle interrompt le sens & la liaison entre ce qui précede & ce qui suit ; aussi les meilleurs critiques le reconnoissent. Voyez Vossius, in chronic. sacrâ, cap. x. & la chronique angloise de Cary, II. part. lib. II. cap. vj. (D. J.)

NEIÉ, (Marine.) voyez Noié.

NEIGE, s. f. (Physique.) eau congelée, qui dans certaines constitutions de l’atmosphere, tombe des nuées sur la terre sous la forme d’une multitude de flocons séparés les uns des autres pendant leur chûte, & qui sont tous d’une extrème blancheur. Un flocon de neige n’est qu’un amas de très-petits glaçons pour la plûpart de figure oblongue, de filamens d’eau congelée, rameux, assemblés en différentes manieres, & formant quelquefois autour d’un centre des especes d’étoiles à six pointes. Voyez Glace & Congélation.

Descartes & d’autres philosophes modernes en assez grand nombre, qui n’ont guere pensé que d’après lui, ont cru que les nuées étoient composées de particules de neige & de glace. Il devoit donc, selon eux, tomber de la neige toutes les fois que les parcelles condensées d’une nuë se précipitoient vers la terre & arrivoient à sa superficie, avant que d’être entierement fondues. On est aujourd’hui détrompé de cette fausse opinion. Les nuées sont des brouillards élevés dans l’atmosphère, c’est-à dire, des amas de vapeurs & d’exhalaisons assez grossieres pour troubler la transparence de l’air, où elles sont suspendues à diverses hauteurs plus ou moins considérables. Nous parlerons dans un autre article des principales causes qui, forçant les vapeurs aqueuses de se réunir, les convertissent en petites gouttes de pluie. Ces gouttes venant à tomber, il arrive souvent que la froideur de l’air qu’elles traversent est assez considérable pour les geler : elles se changent alors en autant de petits glaçons. D’autres gouttes qui les suivent se joignant à elles, se gelent aussi ; & de cette maniere, il se forme une multitude de flocons, qui ne peuvent être que fort rares & fort légers ; l’union des petits glaçons qui les composent, étant toûjours très-imparfaite. Voyez Pluie.

On voit qu’il est absolument nécessaire pour la formation de la neige, que la congélation saisisse les particules d’eau répandues dans l’air, avant qu’elles se soient réunies en grosses gouttes. Si les gouttes de pluie, lorsqu’elles perdent leur liquidité, sont déja d’une certaine grosseur : si elles ont, par exemple, deux ou trois lignes de diametre, elles se changent en grêle & non en neige : nous l’avons remarqué ailleurs. La grêle, dont le tissu est nécessairement compacte & serré, est parfaitement semblable à la glace ordinaire. La neige au contraire est de même nature que la gelée blanche : rien ne distingue essentiellement ces deux sortes de congélations : l’une se forme dans l’air ; l’autre sur la surface des corps terrestres : voilà leur principale différence. Voyez Grêle, Gelée blanche, & Givre.

La figure des flocons de neige est susceptible d’un grand nombre de variétés ; elle est réguliere ou irréguliere. Ces flocons ne sont quelquefois que comme de petites aiguilles. Quelquefois ce sont de petites étoiles héxagonales, qui finissent en pointes fort aiguës, & qui forment ensemble des angles de 60 degrés, après que trois aiguilles sont tombées les unes sur les autres, & se sont congelées. Il arrive aussi que le milieu du corps de l’étoile est plus épais, & se termine en pointes aiguës. Quelques-unes de ces étoiles ont un globule à leur centre ou aux extrémités de leurs rayons, ou en même tems au centre & à l’extrémité des rayons. D’autres ont à leur centre une autre étoile pleine ou vuide. M. Muss-


chenbrock a vu tomber des flocons sous la forme de fleurs à six pétales. Dans une autre occasion il a observé des étoiles hexagonales, composées de rayons fort minces, d’où partoient un grand nombre de petites branches ; de sorte qu’ils imitoient assez bien les branches d’un arbre. Deux autres sortes d’étoiles que M. Cassini observa dans la neige en 1692, ne different de celles de M. Musschenbroek, qu’en ce qu’au lieu de simples branches, qui se fourchent en plusieurs autres, ce sont comme des rameaux garnis de leurs feuilles. Erasme Bartholin assure qu’il a vu dans la neige des étoiles pentagonales, & même il ajoute que quelques-uns en ont vu d’octangulaires. Voyez nos Planches de Physique.

Cette neige réguliere ne tombe pas souvent ; les flocons sont ordinairement de figure irréguliere, & de grandeur inégale. Ce qui est bien digne de remarque, c’est que les différentes especes de flocons réguliers, dont on vient de parler, ne sont presque jamais confondues dans la même neige ; il n’en tombe que d’une espece à-la-fois, soit en différens jours, soit à différentes heures d’un même jour.

Dans toutes les figures de flocons de neige qui ont été décrites, on apperçoit malgré la diversité qui y regne, quelque chose d’assez constant, de longs filamens d’eau glacée, quelquefois entierement séparés les uns des autres, mais d’ordinaire assemblés sous différens angles, principalement sous des angles de 60 degrés. C’est ce qu’on remarque dans toutes les autres congélations ; & ce qui paroît dépendre de la figure, quelle qu’elle soit, des parties intégrantes de l’eau, & de la maniere dont la force de cohésion agit sur ces particules pour leur faire prendre un certain arrangement déterminé. La congélation a beaucoup de rapport avec la crystallisation. Or les sels n’affectent-ils pas de même dans leurs crystallisations différentes figures ? Enfin le degré du froid, sa lenteur ou son accroissement rapide, la direction & la violence du vent, le lieu de l’atmosphère où se forme la neige, la différente nature des exhalaisons qui se mêlent avec les molécules d’eau converties en petits glaçons, tout cela peut contribuer à faire tomber dans un certain tems de la neige réguliere, & une espece de cette neige plutôt qu’une autre. Nous n’en dirons pas davantage sur les causes de la diversité dont il s’agit. C’est assez d’appercevoir la liaison des phénomenes, & de faire envisager en gros & confusément dans les opérations de la nature, les agens & le méchanisme qu’elle a pu employer.

La neige est beaucoup plus rare & plus légere que la glace ordinaire. Le volume de celle ci ne surpasse que d’un dixieme ou d’un neuvieme tout au-plus celui de l’eau dont elle est formée ; au lieu que la neige qui vient de tomber a dix ou douze fois plus de volume que l’eau qu’elle fournit étant fondue. Quelquefois même cette rareté est beaucoup plus grande ; car M. Musschenbrock ayant mesuré à Utrecht de la neige qui étoit en forme d’étoiles, elle se trouva vingt-quatre fois plus rare que l’eau.

L’évaporation de la neige est très-considérable : lorsqu’il n’en est tombé qu’un ou deux pouces, on la voit disparoître en moins de deux jours de dessus la terre par un vent sec & au plus fort de la gelée ; il est aisé de comprendre qu’étant composée d’un grand nombre de particules de glace assez désunies, elle doit présenter une infinité de surfaces à la cause de l’évaporation.

D’un autre côté, elle ne sauroit faire le même effort que la glace pour se dilater ; elle ne rompt point les vaisseaux qui la contiennent ; elle cede à la compression, & l’on peut aisément la réduire à un volume presque égal à celui de la glace ordinaire. Les pelotes qu’on en forme en la pressant fortement avec