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que le propre de la réfléxion est d’étendre ou d’amortir la passion.

La peroraison étoit la partie principale où Ciceron excelloit. Et en effet, non-seulement il y anime & échauffe ses auditeurs, mais il y semble encore lui-même tout de feu, sur-tout lorsqu’il excite la commisération & la pitié pour un accusé. Il rapporte, que souvent il arrachoit des larmes à son auditoire, & même aux juges, & il ajoute que lorsque plusieurs orateurs étoient chargés de parler dans une même cause, la peroraison lui étoit toujours réservée, & il nous donne une excellente raison de cette préférence. C’étoit moins, dit-il, le génie qui le rendoit éloquent & pathétique dans ces occasions, que la douleur dont il étoit lui-même pénétré & le vif intérêt qu’il prenoit à ses cliens ; c’est ce qu’il est aisé de remarquer dans ces paroles de la peroraison pour Milon : Sed finis sit, neque enim præ lacrymis jam loqui possum, & hic se lacrymis defendi vetat. Et dans celle pour Rabirius Posthumus : Sed jam quoniam, ut spero, fidem quam potui tibi præstiti, Posthume reddam etiam lacrymas quas debeo. Jam indicat tot hominum cœcus quam sit carus tuis, & me dolor debilitat includit que vocem.

Quand on dit que la peroraison doit émouvoir les passions, on suppose que le sujet en est susceptible, car rien ne seroit plus ridicule que de terminer par des traits pathétiques une cause, où il ne s’agiroit que d’un intérêt leger ou d’un objet fort peu important.

On peut enfin observer qu’on conçoit quelquefois la peroraison en forme de priere ; l’éloquence de la chaire est restée en possession de cette derniere méthode, très-convenable aux sujets qu’elle traite. On en trouve cependant quelques exemples dans les orateurs profanes, comme dans la harangue de Démosthènes pour Ctésiphon, & dans la seconde Philippique de Ciceron.

PERORSI, (Géog. anc.) peuples de la Mauritanie Tingitane, selon Pline, liv. V. ch. j. Ptolomée, liv. IV. c. vj. les place dans la Lybie intérieure loin de la mer. Selon le pere Hardouin, le pays des Perorsi, comprenoit les royaumes de Zahanda & de Tesset, entre le royaume de Maroc au nord, celui de Gualata au midi, & l’océan Atlantique au couchant. (D. J.)

PEROT, s. m. (Eaux & Forêts.) ce mot de l’exploitation des bois, se dit d’un arbre qui a deux âges de coupe ; de sorte que si la coupe se fait tous les vingt-cinq ans, le perot en a cinquante. Il y a trois sortes de baliveaux, les étalons, les perots & les tayons. (D. J.)

PÉROU, le, (Géog. mod.) vaste région de l’Amérique méridionale, dans sa partie occidentale Elle est bornée au nord par le Popayan ; au midi par le Chili ; à l’orient par le pays des Amasones, & au couchant par la mer du sud. Ce pays a environ six cens lieues de longueur du nord au sud, & cinquante de largeur.

Dès l’année 1502, Christophe Colomb étant dans la province de Honduras, qu’il venoit de découvrir, eut des naturels du pays quelques connoissances du Pérou, c’est-à-dire, d’un puissant empire abondant en or, qui étoit du côté de l’Orient, ce qui l’empêcha d’y tourner ses vues. En 1524, Paschal de Andagoya découvrit une partie de la côte de la mer du Sud, mais il tira peu de profit de ce voyage. Enfin, en 1524, François Pizarro partit de Panama, & découvrit la province du Beru (c’étoit le nom d’un indien), qu’il donna au pays, en changeant le B en P ; car les Espagnols écrivent Péru, & prononcent Pérou. On sait comment il conquit toute cette région depuis le royaume de Quito jusqu’au Chili, dans l’espace de dix ans.


On sait aussi qu’avant ce tems-là cette vaste contrée avoit été gouvernée par des rois nommés yncas, dont la magnificence étoit étonnante, & dont les richesses étoient immenses ; on peut en juger par l’offre que fit à Pizarro le dernier des yncas pour obtenir sa liberté. Atahualipa lui offrit pour sa rançon autant d’or qu’il en pourroit entrer dans une chambre de vingt-deux piés de long, de dix-sept de large, & de six de haut. Il reste encore dans le pays des vestiges de leurs temples en l’honneur du soleil, & du grand chemin de Quito qui avoit quarante pié de largeur, cinq cens lieues de longueur, & de hautes murailles des deux côtés. L’empire des yncas avoit alors des bornes deux fois plus étendues que celles qu’on donne au pays nommé aujourd’hui le Pérou.

Il est traversé par une chaîne de montagnes appellées la Cordillera de los-Andés. Il est rempli de plusieurs autres montagnes fameuses par les abondantes mines d’or & d’argent qu’on y a trouvées. Les forêts y produisent des cédres de plusieurs especes, des cotonniers, des bois d’ébène, & différens autres. Les vallées qui peuvent être arrosées sont très-fertiles, mais la plus grande partie du pays est stérile faute de pluies. Le chaud & le froid y sont excessifs, selon les différens endroits ; les montagnes qui sont étendues le long des Arudes sont très-froides, tandis que l’on étouffe dans le plat-pays.

Depuis que le Pérou est sous la domination espagnole, il est gouverné par un viceroi, dont le pouvoir est sans bornes. Ses appointemens fixes vont à quarante mille ducats, & l’accessoire monte infiniment au-delà. Il nomme à toutes les places civiles & militaires, avec cette restriction que les procédures seront confirmées par le roi d’Espagne, ce qui ne manque guere d’arriver. Entre les Indiens naturels du pays, une partie a embrassé le christianisme, & s’est soumise au joug ; l’autre partie, infiniment plus considérable, est restée idolâtre & indépendante.

Les Espagnols divisent le Pérou en trois gouvernemens, qu’ils appellent audiences ; savoir, l’audience de Quitto ; l’audience de Lima, ou de Los-Reyes ; l’audiance de los Charchas, ou de la Plata ; mais ils ont beau diviser le pays en audiences, ils n’en retirent presque plus rien. Lima porte le nom de capitale du Pérou. Voyez sur cette grande région d’Amérique le commentaire royal du Pérou du chevalier Paul Ricaut, 2. vol. in-fol. c’est un bel ouvrage. (D. J.)

PÉROUSE, (Géog. mod.) en latin Perusia & Perusium, & en italien Perugia, ville d’Italie dans l’état de l’Eglise, capitale du Pérugin.

Elle fut autrefois une des douze principales villes de l’Etrurie ; mais durant les guerres civiles, entre Octave & Marc-Antoine ; ce premier l’ayant prise, la saccagea impitoyablement, en abandonna le pillage à ses troupes, & fit tuer en sa présence les trois cens hommes qui composoient son sénat. Elle se rétablit dans la suite, & soutint un siége de sept ans contre Totila roi des Goths, qui la prit à la fin, la ruina, & passa au fil de l’épée une partie de ses habitans. Les rois de France l’ayant conquise au viij. siecle, la donnerent au saint siége. Enfin elle fut mise dans la désolation durant la guerre des Guelphes & des Gibelins ; mais elle s’est relevée de tous ses malheurs. Elle est aujourd’hui très-propre, assez peuplée, & défendue par une citadelle. Elle étoit épiscopale dès le iij. siecle. L’évêque ne reconnoit que le pape. Elle est située entre le Tibre au levant, & la riviere de Genna au couchant, sur une colline, à 8 milles au nord-est d’Assie, 25 ouest de Nocera. Long. 32. 2. lat. 43. 8.

J’ai oublié de dire que Pérouse est une université, qui même a produit des jurisconsultes célebres dans le xiv. siecle. Balde, disciple de Bartole, fut du nombre. Une de ses réparties lui valut la chaire de Pa-