Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 12.djvu/405

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repousser le fil qui le noue le plus haut que l’on peut ; pour lors il faut prendre un moule de chaque main, tourner l’un à droite & l’autre à gauche ; après les avoir tournés jusqu’à ce qu’ils fassent une espece de corde, les passer l’un sur l’autre jusqu’à ce qu’ils forment une corde qui fasse à-peu-près l’effet du crin que l’on carde pour les matelas. Si le paquet est à trois moules, quand on en a tourné deux, comme nous l’avons dit, tourner le troisieme à droite & le passer par-dessus. Si les deux paquets suivans sont aussi en 3 moules, tourner les deux premiers, comme nous avons dit, tourner ensuite le troisieme à gauche, le passer par-dessus, & faire la même chose aux autres paquets, tant qu’il y aura trois moules, pour que le crêpe n’emporte pas plus d’un côté que de l’autre. Quand il y aura quatre moules au paquet, en prendre deux, les tourner l’un à droite & l’autre à gauche, & les attacher bien ferme tous deux l’un contre l’autre avec le bout de ficelle qui passe ; & après en avoir fait autant aux deux autres moules, les attacher tous quatre ensemble ; si l’on veut que le crêpe soit plus fort, les renater tous quatre ensemble. Autrefois on portoit le devant des perruques très-haut, comme on le voit aux portraits de Louis XIV. cela s’appelloit devant à la Fontange, parce que le marquis de Fontange en avoit amené le goût, & voici comme on travailloit. Quand les paquets étoient frisés à-peu-près depuis le 5 & le 6, dont on faisoit les devans dans ce tems-là, on dénouoit les paquets, on séparoit chaque moule, on prenoit une grande ficelle de la grosseur de celle avec laquelle on frisoit, on présentoit le moule par le bout de la ficelle, on partageoit les meches en trois, l’on natoit comme les Allemands natent leurs cheveux, & après on repoussoit la nate jusqu’auprès du moule, & ainsi des autres ; lorsqu’on dégageoit les cheveux, comme nous l’expliquerons plus bas, il arrivoit de-là que les cheveux tressés & cousus sur la tête, se tenoient tout droits, comme on les vouloit.

Il y a une frisure que l’on appelle frisure sur rien : voici comme elle se pratique. On a un moule brisé ; ce moule est fait à-peu-près comme les autres, excepté qu’il s’ouvre en deux ; un des côtés entre dans l’autre, comme un étui ; on fait les papillotes plus longues que quarrées ; on les coupe par les deux bouts, comme une carte à placer dans un chandelier ; on partage les cheveux, comme nous avons dit, on les roule de même ; l’on renverse la découpure des papillotes de chaque bout tout-au-tour des cheveux ; l’on attache une ficelle par-dessus, ce qui empêche que les cheveux n’échappent ; l’on retire ensuite le moule par les deux bouts qui s’ouvrent, & la frisure est sur rien. Il faut avoir égard à la hauteur & à la grosseur, comme nous l’avons prescrit ; pour cet effet on a des moules de toutes les grosseurs.

Il y a une autre façon de friser sur rien, que l’on appelle à l’angle. On a des bâtons de toutes les grosseurs, à-peu-près comme les moules, hors qu’ils doivent être une fois plus longs. On met les paquets dans l’étau ; on a de la petite ficelle, sans être coupée comme on la coupe pour les autres ; on tient la ficelle tout le long du moule ; on la mouille dans la bouche parce qu’elle s’étend mieux sur les bâtons : il ne faut point de papillotes comme aux autres frisures ; on roule la frisure à la hauteur convenable ; on passe le bout de la ficelle deux fois pour faire un double nœud que l’on serre avec les dents, & en même tems l’on retire le baton de l’autre main.

Si l’on frise des cheveux pour une perruque d’ecclésiastique, il faut observer de faire la frisure très-basse. Si l’on en frise pour des boucles ou de boudins, il faut au contraire friser très-haut, avoir le moule plus long ; & au lieu de commencer à placer les cheveux dans le milieu du moule, comme nous avons dit cidessus,


l’on prend un des bouts du moule, & on tourne toujours jusqu’à ce que l’on soit remonté à l’autre bout.

Quand tous les paquets de cheveux sont frisés, on a une longue ficelle de la grosseur de celle avec laquelle on frise. On enfile tous les paquets par rang ; & pour trouver les étages plus facilement, on pratique deux nœuds coulans, dans lesquels on passe la tête des paquets que l’on approche le plus que l’on peut.

Après avoir observé exactement tout ce que nous venons de dire, il faut prendre la chaudiere dont nous avons parlé, & la remplir aux environs de trois quarts d’eau de riviere. Si c’est de l’eau de puits, il ne faut pas qu’elle soit ni crue, ni trop âcre. On éleve la chaudiere sur un trépié, afin qu’elle ait de l’air par-dessous. Il faut que l’eau bouille trois heures à gros bouillons sans discontinuer. Si l’on y met des cheveux bruns ou gris-blancs, ou blonds, il suffit que l’eau ait bouilli deux heures & demie : à mesure que l’eau diminue, il faut avoir devant le feu un coquemar d’eau chaude pour remplir la chaudiere ; car il est nécessaire que l’eau surnage toujours aux cheveux : à mesure que les cheveux jettent leur crasse, il est à-propos de les écumer.

Tout cela fait, il faut retirer les cheveux, & les égoutter le plus vîte que l’on peut, afin qu’ils n’ayent pas le tems de se refroidir ; & pour les avoir plutôt égouttés, il faut les essuyer avec des linges.

On met ensuite les cheveux dans l’étuve. On couvre de papier la grille, on y pose les suites de cheveux sur lesquels on étend une couverture, & l’on ferme bien l’étuve où l’on a placé une poële remplie de charbons bien allumés au feu, arrangés de maniere qu’en se consumant ils ne s’écroulent point, & ne fassent point de cavités, & couverts de cendres rouges. Quand la poële est bien préparée, elle peut durer depuis le soir jusqu’au lendemain matin, sans y toucher ni remuer les cheveux. Dès le matin il faut avoir l’attention de remuer la poële avec une pêle tout-au-tour doucement, pour que le feu ne soit point trop vif ; on retournera les suites de cheveux au-moins toutes les heures jusqu’à ce que les moules soient secs, & qu’ils commencent à être lâches dans la frisure. Si une poële de feu ne suffit pas, il faut en remettre une seconde, & avoir soin que le feu ne soit point trop vif ; si, dans l’étuve, il y a des cheveux blancs ou blonds, l’on ne sauroit avoir trop cette attention, parce que ces sortes de cheveux sont sujets à jaunir. Sans trop presser ni ralentir le feu, les cheveux doivent rester communément dans l’étuve 36 ou 40 heures pour se sécher.

Les cheveux séchés, il faut avoir 5 ou 6 feuilles de papier gris qui ne soit point battu, dans lesquels on les enveloppe, de maniere que l’on ne voye ni les cheveux, ni les moules. On a une corde de la grosseur d’une corde à tendre, & suffisamment longue pour la passer plusieurs fois dessus & dessous, afin que rien n’en puisse sortir ; le tout doit être bien fermé.

A Paris, ce sont les Boulangers de pain-d’épice qui font la pâte du pâté & qui le font cuire. Les Perruquiers qui sont dans des pays où ils n’ont point cette commodité, la préparent eux-mêmes, avec le gruau qui sert à dégraisser les cheveux. Il faut que le pâté ne soit ni trop mince, ni trop épais. Le tems de la cuisson, il peut être d’environ trois heures, à-peu-près le tems qu’il faut pour cuire un pain de 10 à 12 livres. Le pâté cuit, il faut le couper tout chaud, & remettre les suites de cheveux dans l’étuve à une chaleur très-légere, & les laisser ainsi bien refroidir.

Pour faire bouillir les cheveux de la premiere frisure sur rien qui s’exécute sur des moules brisés, voici ce qu’il est à propos d’observer. Il faut prendre un