Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 12.djvu/509

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de sa passion pour Philomele, après l’avoir conduite dans un bois écarté. Ovide vous dira les suites de cette déplorable avanture ; le changement de Philomele en rossignol, de Progné en hirondelle, & de Térée en huppe. Il semble que la Mythologie par ces métamorphoses, ait voulu peindre le caractere de ces différentes personnes ; mais la Fontaine en adoptant la Fable, a sçu en tirer un parti bien plus heureux dans la réflexion fine & judicieuse qu’il prête à Philomele. Progné la trouvant enfin dans un séjour solitaire, lui dit :


Venez faire aux cités éclater leurs merveilles ;
Aussi-bien en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois
Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas.
Eh ! c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas ;
En voyant les hommes, helas !
Il m’en souvient bien davantage.

(D. J.)

PHILONIUM, s. m. (Mat. médic. anc.) espece d’opiat anodin & somnifere, ainsi nommé de Philon son inventeur. Galien dit que le philonium jouissoit d’une grande réputation depuis long-tems, & que ce médicament étoit un des plus anciens de ce genre, ce qui signifie plus ancien que le mithridate, la thériaque, la hiere & autres semblables. Cependant il est permis de douter que la composition de Philon fut tout-à-fait aussi ancienne que le mithridate ; mais elle alloit apparemment de pair pour le tems avec la hiere simple, inventée par Thémison qui vivoit sous le regne d’Auguste. La thériaque étoit plus nouvelle, car ce ne fut que sous Néron qu’on commença à la composer. Ce qui fait croire que le philonium étoit un peu postérieur au mithridate, c’est que Philon recommande son remede pour la colique. Or cette maladie n’a pas été connue sous ce nom long-tems avant le regne de Tibere. Il est donc assez vraissemblable que Philon a vécu sous Auguste, à-peu près en même tems que Thémison, & les premiers disciples d’Asclépiade ; cette date n’empêche pas que Galien n’ait dû parler du philonium comme d’une ancienne composition, puisqu’il n’a écrit qu’environ deux cent ans après le tems auquel nous supposons, avec M. le Clere, que cette composition a été inventée. Au reste, elle est très-mal digérée ; mais quiconque du tems de Galien se seroit avisé de le dire, eût passé pour atteint du crime de lése-pharmacie, & rarement les Médecins en ont été coupables. (D. J.)

PHILOPARABOLOS, (Mèdec. anc.) φιλοπαραϐολος ; épithete qu’Asclépiade donne à l’une des deux méthodes dont il se servit dans la cure de la phrénésie ; & cette épithete signifie une méthode violente, par opposition à l’autre qu’il pratiquoit. Or cette méthode violente qu’il nommoit philoparabolos, terme dont Plutarque ensuite s’est servi pour désigner un homme qui se jette sans ménagement dans les plus grands dangers, consistoit à donner au malade dès la premiere visite, un grand verre de vin pur, mêlé avec de l’eau salée. Ce remede, dit le médecin grec, est fort à la vérité, mais il a cet avantage sur le mulsum & les autres liqueurs semblables, d’arrêter les sueurs coliquatives, d’élever le pouls, & d’opérer par la détention du ventre, la guérison du malade. (D. J.)

PHILOPATOR, (Hist. anc.) surnom donné par les anciens à quelques princes qui s’étoient distingués par leur tendresse pour leurs peres ; comme l’exprime ce mot tiré de φίλος, amateur, & πατὴρ, pere. On connoît dans l’histoire d’Egypte Ptolomée philopator, & dans celle des rois de Syrie, un Seleucus & un Antiochus distingués des autres princes du même nom, par le titre de philopator.


PHILOSÉBASTE, (Ant. grec. & rom.) φιλοσεϐαστος, c’est-à-dire amis d’Auguste. C’étoit un titre que des princes & des villes prenoient afin de témoigner publiquement leur attachement à quelque empereur. Ce titre se trouve sur des marbres de Cyzique, & sur d’autres inscriptions. Il ne faut pas s’étonner que la ville de Cyzique s’en soit décorée, puisque l’empereur Adrien l’avoit comblée de bienfaits. Il y a dans Muratori, P. DXC. 2. une inscription qui montre que la ville d’Ephese avoit aussi pris la qualité de philosébaste. Plusieurs villes & plusieurs princes ont pris semblablement la qualité d’ami des Romains, φιλορωμαιος, & d’ami de César, φιλοκαισαρ, &c. (D J.)

PHILOSOPHALE, pierre, voyez les articles Hermétique, Philosophie, Chimie.

PHILOSOPHE, s. m. Il n’y a rien qui coute moins à acquérir aujourd’hui que le nom de philosophe ; une vie obscure & retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s’en honorent sans le mériter.

D’autres en qui la liberté de penser tient lieu de raisonnement, se regardent comme les seuls véritables philosophes, parce qu’ils ont osé renverser les bornes sacrées posées par la religion, & qu’ils ont brisé les entraves où la foi mettoit leur raison. Fiers de s’être défaits des préjugés de l’éducation, en matiere de religion, ils regardent avec mépris les autres comme des ames foibles, des génies serviles, des esprits pusillanimes qui se laissent effrayer par les conséquences où conduit l’irréligion, & qui n’osant sortir un instant du cercle des vérités établies, ni marcher dans des routes nouvelles, s’endorment sous le joug de la superstition.

Mais on doit avoir une idée plus juste du philosophe, & voici le caractere que nous lui donnons.

Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir, ni connoître les causes qui les font mouvoir, sans même songer qu’il y en ait. Le philosophe au contraire demêle les causes autant qu’il est en lui, & souvent même les prévient, & se livre à elles avec connoissance : c’est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentimens qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l’être raisonnable, & cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l’état où il se trouve. La raison est à l’égard du philosophe, ce que la grace est à l’égard du chretien. La grace détermine le chrétien à agir ; la raison détermine le philosophe.

Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu’ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténebres ; au lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n’agit qu’après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d’un flambeau.

Le philosophe forme ses principes sur une infinité d’observations particulieres. Le peuple adopte le principe sans penser aux observations qui l’ont produit : il croit que la maxime existe pour ainsi dire par elle-même ; mais le philosophe prend la maxime dès sa source ; il en examine l’origine ; il en connoît la propre valeur, & n’en fait que l’usage qui lui convient.

La vérité n’est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, & qu’il croie trouver par-tout ; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l’appercevoir, Il ne la confond point avec la vraissemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, & pour vraissemblable ce qui n’est que vraissemblable. Il fait plus, & c’est ici une grande perfection du philosophe, c’est que lorsqu’il n’a point de motif propre pour juger, il fait demeurer indéterminé.

Le monde est plein de personnes d’esprit & de