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ordinairement des pieces de bois courbes & tortueuses de différente grosseur, raison pour laquelle on les réserve pour ces sortes d’ouvrages.

Il faut observer que la longueur des bois differe toujours de trois en trois piés, & leur grosseur à proportion, depuis 6 piés jusqu’à 30 ; c’est-à-dire qu’ils sont de 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24, 27, 30 piés & plus ; passé cette mesure, leur longueur est indéterminée : tous ces bois se vendent sur les ports de la Rapée & de l’Hôpital à Paris.

En général le meilleur bois est celui qui est sain, net & de droit fil, dont tous les fibres sont à-peu-près paralleles aux deux bords des pieces, qui n’a aucuns nœuds vicieux, tampons[1], aubiers, ni malandres[2] ; on peut le connoître après l’avoir scié par les deux bouts, en prêtant l’oreille d’un côté tandis que l’on frappe de l’autre ; si le son est clair, c’est une marque que la piece est bonne, s’il est sourd & cassé, c’est une marque que la piece est gâtée ; quelques-uns prétendent qu’avec un peu d’huile bouillante, on en peut connoître les différentes propriétés.

Du bois selon ses especes. On appelle bois de chêne rustics ou durs, ceux qui étant venus dans un terrein ferme, pierreux, sablonneux, & sur le bord des forêts, est par conséquent d’un fil gros & dur ; c’est de celui-là que l’on se sert dans la charpenterie.

Bois de chêne tendre, est celui qui étant venu dans un terrein humide, & à l’abri du soleil, est gras, moins poreux que le précédent, & qui a fort peu de fils ; c’est pour cela qu’on l’emploie dans la menuiserie & la sculpture ; on l’appelle encore bois de Vauge ou de Hollande.

Bois précieux & durs, sont des bois très-rares de plusieurs especes & de différentes couleurs, qui nous viennent des Indes, qui reçoivent un poli très-luisant, & que l’on emploie dans l’ébénisterie & la marqueterie.

Bois légers, sont des bois blancs dont on se sert au lieu de chêne, tels que le sapin, le tilleul, & quelques autres, que l’on emploie dans les planchers, les cloisons, &c. pour en diminuer le poids.

Bois tortueux est celui qui étant de différente forme, & dont les fils étant courbés, est reservé pour faire des courbes & autres parties ceintrées.

Du bois selon ses façons. On appelle bois en grume, un bois ébranché dont la tige n’est point équarrie : on l’emploie de sa grosseur pour les pieux & palées des pilotis.

Bois de brin ou de tige, est celui dont on a ôté seulement les quatre dosses flaches.

Bois de sciage ; celui qui est propre à refendre, ou qui est débité à la scie, fig. 28. Pl. (des outils) pour en faire des membrures[3], chevrons[4], ou planches.

Bois d’équarrissage, est celui qui est équarri, & qui au-dessus de six pouces de grosseur, change de nom selon les dimensions.

Bois de refend, est celui que l’on refend par éclat pour en faire du mairrain[5], des lattes, contrelattes, échalas, bois de boisseaux, & autres choses semblables.

Bois méplat, est celui qui a beaucoup plus de largeur que d’épaisseur, tels que les membrures de menuiserie, &c.

Bois d’échantillon, sont des pieces de bois des grosseur & longueur ordinaires, telles qu’on les trouve dans les chantiers des marchands.


Bois refait, est celui qui de gauche & de flache qu’il étoit, est équarri & dressé sur ses faces au cordeau.

Bois lavé, est celui dont on a ôté tous les traits avec la besaiguë, fig. 32. dans les Pl. ou le rabot, fig. 48. Pl. des outils.

Bois corroyé, est celui qui est repassé au rabot.

Bois affoibli, est un bois dont on a beaucoup supprimé de sa forme d’équarrissage, pour lui donner celle d’une courbe droite ou rampante, ou à dessein de former des bossages aux poinçons des corbeaux, aux poteaux des membrures, &c.

Bois apparent, est celui qui étant mis en œuvre dans les planchers, cloisons ou pans de bois, n’est point recouvert de plâtre.

Du bois selon ses qualités. On appelle bois sain & net, celui qui n’a aucuns nœuds vicieux, malandres, gales, fistules, &c.

Bois vif, celui dont les arrêtes sont bien vives & sans flache, & où il ne reste ni écorce, ni aubier.

Du bois selon ses défauts. On appelle bois blanc, celui qui tenant de la nature de l’aubier se corrompt facilement.

Bois flache, est celui dont les arrêtes ne sont pas vives, & qui ne peut être équarri sans beaucoup de déchet : les ouvriers appellent cantibay, celui qui n’a du flâche que d’un côté.

Bois gauche ou deversé, est celui qui n’est pas droit par rapport à ses angles & à ses côtés.

Bois bouge ou bombé, est celui qui a du bombement, ou qui courbe en quelque endroit.

Bois qui se tourmente, est celui qui se déjette ou se cauffine, lorsqu’il seche plus d’un côté que de l’autre, dans un endroit que dans un autre, sur-tout lorsqu’il est exposé au soleil ou à la pluie.

Bois noueux ou nouailleux, est celui qui a beaucoup de nœuds, qui quelquefois font casser les pieces lorsqu’elles sont chargées de quelque fardeau, ou lorsqu’on les débite.

Bois tranché, est celui dont les nœuds vicieux ou les fils sont obliques, & qui traversant la piece la coupent & l’empêchent de résister à la charge.

Bois roulé, est celui dont les cernes sont séparées, & qui ne faisant pas corps n’est pas propre à débiter : ce défaut arrive ordinairement lorsque dans le tems de sa seve il a été battu par les vents.

Bois gelif, est celui qui ayant été exposé à la gelée, ou aux ardeurs du soleil, est rempli de fentes & de gersures.

Bois carié ou vicié, est celui qui a des malandres, gales ou nœuds pourris.

Bois vermoulu, est celui qui est piqué de vers.

Bois rouge, est celui qui s’échauffe & qui est sujet à se pourrir : ce bois est encore rempli d’une infinité de petites taches blanches, rousses & noires ; ce qui lui fait donner le nom de pouilleux par les ouvriers de quelques provinces.

Bois mort en pié, est un bois qui est sans substance, & qui n’est bon qu’à brûler.

De la maniere d’équarrir les bois. Il y a deux manieres d’équarrir les arbres : l’une, en supprimant les dosses flaches B, fig. 2. en les débitant[6] à la scie, fig. 28. Planches (des outils) ; & l’autre, en les charpentant d’un bout à l’autre avec la coignée, fig. 33. Planches (des outils). La premiere, beaucoup plus prompte & plus facile, est celle dont on se sert le plus souvent : d’ailleurs, ces quatre dosses B, fig. 2. qui restent, sont encore très-propres à faire des plateformes, madriers, & autres planches qui, dans le dernier cas, sont réduites en copeaux.

Lorsque l’on veut équarrir les bois, il est absolument nécessaire de les tracer avant, en tirant géométriquement toutes les lignes qui doivent servir de divisions droites & régulieres, que l’on suit après

  1. Tampon est le petit morceau de bois que l’on met pour boucher un trou.
  2. Malandres, espece de fentes.
  3. Membrures, grosses pieces refendues.
  4. Chevrons, bois qu’on emploie dans les couvertures.
  5. Espece de lattes qui servent à couvrir.
  6. Débiter, c’est scier ou refendre les bois.