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après avoir travaillé. On peut juger de leurs mets les plus ordinaires, par les provisions que donnerent en divers tems à David, Abigaïl, Siba, Berzellai. Les especes qui en sont marquées dans l’Ecriture, sont du pain & du vin, du blé & de l’orge, de la farine de l’un & de l’autre, des feves & des lentilles, des pois chiches, des raisins secs, des figues seches, du beurre, du miel, de l’huile, des bœufs, des moutons & des veaux gras. Il y a dans ce dénombrement beaucoup de grains & de légumes ; c’étoit aussi la nourriture la plus ordinaire des anciens Egyptiens ; c’étoit celle des Romains dans les meilleurs tems, & lorsqu’ils s’adonnoient le plus à l’agriculture. Il est peu parlé de poisson dans leurs repas si ce n’est dans les derniers tems ; les anciens le méprisoient, comme une nourriture trop délicate & trop legere pour des hommes robustes.

On ne voit guere non plus chez les Hébreux de sauces ni de ragoûts, leurs festins étoient composés de viandes solides & grasses, ils comptoient pour les plus grands délices le lait & le miel. En effet, avant que le sucre eût été apporté des Indes, on ne connoissoit rien de plus agréable au goût que le miel. On y confisoit les fruits, & on en mêloit aux pâtisseries les plus friandes. Au lieu du lait, l’Ecriture nomme souvent le beurre, c’est-à-dire la crème qui en est le plus délicat. Les offrandes ordonnées par la loi, Levit. 11. 4. & 5 montrent que dès le tems de Moïse ; il y avoit diverses sortes de pâtisseries, les unes paitries à l’huile, les autres cuites ou frites dans l’huile. Fleury, Mœurs des Israélites I. part. n° 4. & II. part. n°. 12.

Les Israélites mangeoient assis à table comme les Grecs du tems d’Homere, mais dans la suite, c’est-à-dire depuis le régne des Perses ; ils mangeoient couchés sur des lits, comme les Perses & les autres orientaux. Il est fort probable que le long regne de Salomon, où fleurirent la paix, le commerce & l’abondance, introduisit peu-à-peu le luxe & la somptuosité à la table des rois Hébreux, de-là chez les grands & par degrés jusques parmi le peuple ; on s’éloigna insensiblement de l’ancienne simplicité, & l’on tomba dans les excès & dans les débauches, la preuve en est claire par les écrits des prophetes, & en particulier par le vj. chap. d’Amos.

Repas de charité, (Hist. anc. ecclésiast.) ces repas des premiers chrétiens sont ceux qu’on a nommés agapes, festins d’amour mutuel. Voyez Agapes.

J’ajoute seulement que l’usage de ces sortes de repas étoit fort connu chez les païens. Ils avoient leurs festins d’amitié, où chacun faisoit porter son plat ; ils appelloient ces repas ἐράνους, soupers réunis. Pindare en parle dans sa premiere ode olympique. Ἔρανοι, dit Athénée, sont des repas où tous ceux qui y assistent contribuent ; on les a nommés de la sorte du verbe συνερᾶν, qui signifie faire porter ensemble ou contribuer. On appelloit ceux qui n’y contribuoient point asymboloi. Théodoret trouvoit deux défauts dans les repas de charité des premiers Chrétiens, l’un que le riche mangeoit à-part & bûvoit à-part, l’autre qu’il bûvoit trop largement. Saint Paul, en écrivant aux Corinthiens, leur dit, c. xj. vers. 21. « Chacun dans vos repas mange ce qu’il a fait porter, l’un a faim & l’autre est rassasié, ὃς δὲ μεθύει ». Toutes nos versions traduisent est ivre ; cependant μεθύειν ne signifie que boire un peu largement, boire jusqu’à être rassasié. C’est le sens qu’il a, Jean ch. ij. vers. 10. & Genèse xliij. 44. où il y a schacar dans l’hébreu. (D. J.)

Repas de confédération, (Hist. anc.) l’antiquité confirmoit ordinairement ses traités & ses alliances par des festins fédéraux, sur lesquels il faut lire Stuckius in antiquitatibus convivalibus, lib. cap. xl. c’est un livre plein de recherches curieuses & profondes. (D. J.)


Repas par écot, (Antiq. greq. & rom.) l’usage des repas par écot est fort ancien. Homere l’appelle dans le premier livre de l’Odyssée ἔρανος ; sur quoi Eustache a remarqué que les Grecs avoient trois sortes de repas ; celui des noces, appellé γάμος ; le repas par écot, dont chaque convive payoit également sa part, ἔρανος ; & le repas qu’un particulier donnoit à ses dépens, εἴλαπη. Suidas dit, ἔρανος est une somme ramassée pour faire un repas par écot ; & comme les Grecs appelloient συμβολὴ l’argent que chacun donnoit pour le repas, les Romains donnoient le nom de symbola aux repas qu’ils faisoient par contribution ou par écot. Nous lisons dans l’Eunuque de Térence, acte III. scène 4.

Herì aliquot adolescentuli coimus in Piræo
In hunc diem, ut de symbolis essemus. Chæræamei rei
Præfecimus, &c.

Et dans l’Andrienne symbolum dedit, cænavit ; comme il a payé son écot, il s’est mis à table. (D. J.)

Repas des Francs, (Hist. des usages.) Ils étoient peu délicats ; du porc & de grosses viandes ; pour boisson, de la biere, du poiré, du cidre, du vin d’absynthe, &c. Leur nourriture la plus commune étoit la chair du porc. La reine Frédégonde voulant noircir un certain Nectaire dans l’esprit du roi, l’accusa d’avoir enlevé du lieu où Chilperic menoit ses provisions, tergora multa. La maison du seigneur Eberulfe, située à Tours, regorgeoit tergoribus multis, ce qu’on ne sauroit entendre que de la chair de porc, la seule qui se puisse conserver long-tems. Une foule de passages de la plus grande force ne laisse aucun doute sur ce point.

L’usage fréquent de servir de la chair de porc à table sur certains plats fit qu’on donna à ces bassins le nom de bacconique, dérivé de l’ancien mot bacon ou baccon, qui signifioit un porc engraissé. Au reste, l’usage de la chair du porc n’excluoit point celui des autres viandes.

La boisson commune des Francs étoit la biere. Ils y étoient accoutumés dès le tems qu’ils demeuroient au-dela du Rhin ; & ils en trouverent l’usage établi parmi les peuples chez qui ils camperent en commençant la conquête des Gaules, quoique situés dans des cantons entourés de vignobles.

Deux autres sortes de liqueurs furent usitées en France sous la premiere race. Fortunat de Poitiers observe que Ste Radegonde ne but jamais que du poiré & de la tisane. Les Francs usoient aussi de cidre & du vin. Ils avoient encore imaginé une liqueur assez bisarre, c’étoit un mélange de vin avec le miel & l’absynthe. Quelquefois ils méloient avec le vin des feuilles seches qui en dénaturoient un peu le goût.

On peut ajouter que ces peuples étoient de parfaits imitateurs des Germains, quant à la coutume de boire abondamment, même après le repas ; en parlant de cette coutume, Gregoire de Tours s’exprime ainsi, mos Francorum est. Il paroît, par le même auteur, que les Francs avoient la délicatesse de ne point admettre de chandeliers sur leurs tables, & qu’ils faisoient tenir à la main par leurs domestiques les chandelles dont elle devoit être éclairée.

Quelques testamens du vij. siecle prouvent aussi que les Francs usoient à table des mêmes ustensiles grossiers qui sont en usage de nos jours, aux fourchettes près, dont il n’est fait aucune mention. Sidoine Apollinaire dit qu’ils venoient tout armés dans les festins, & que les meurtres y étoient fréquens. Le titre XLV. de la loi salique porte expressément, que si l’on se trouve à table au-dessous du nombre de huit & qu’il y ait un des convives de tué, tous les autres