Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/255

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Hoc factum Ogyge rege dicebant, Adrasius, Cyzicenus, & Dion neapolites mathematici nobiles. L’époque d’Ogygès est connue ; le déluge de son nom arriva l’an 1796 avant l’ere chrétienne.

Hevelius, astronome du siecle passé, propose, Cométographe, liv. VII. pag. 373, deux explications différentes qu’il paroît goûter davantage du phénomene rapporté par Castor. La premiere de regarder ces changemens observés dans la grosseur, la couleur, & la figure de Vénus, comme une simple apparence, produite par quelque réfraction extraordinaire de notre atmosphere, & semblable à ces halons ou couronnes que l’on apperçoit autour des astres. La seconde explication qu’Hevelius adopte, rapporte ce phénomene à un changement arrivé dans l’atmosphere même de Vénus. On peut objecter qu’aucune de ces explications ne rend raison de la plus singuliere circonstance du phénomene, c’est-à-dire, du changement observé dans le cours de la planete de Vénus. De plus, on demandera quelle raison a obligé cette planete de changer son cours, & de quitter son ancienne route pour en prendre une nouvelle.

M. Freret, dans les mém. de Littérat. tome X. in-4°. a imaginé un moyen ingénieux d’expliquer toutes les circonstances du phénomene observé par Castor ; c’est par l’apparition d’une comete, que l’on auroit confondu avec la planete de Vénus. Il ne s’agira plus que de prouver qu’il parut une comete du tems d’Ogygès ; car alors tout sera facile à comprendre. Une comete dont la tête se montra le soir & le matin auprès du soleil, quelques jours après que Vénus s’étoit plongée dans les rayons de cet astre, fut prise d’abord pour Vénus elle-même ; & cette comete ayant pris une chevelure ou une queue les jours suivans, on attribua ce changement de grosseur, de couleur, & de figure à la planete de Vénus. Le mouvement propre de la comete l’éloignant tous les jours de plus en plus du soleil, & lui faisant traverser le ciel par une route très-différente de celle de Vénus, on ne douta point que cette planete qui demeure quelquefois cachée dans les rayons du soleil pendant plusieurs jours, n’eût abandonné son ancien cours, pour en suivre un nouveau.

Un illustre philosophe péripatéticien, natif de l’île de Rhodes, est Andronicus. Il vint à Rome au tems de Pompée & de Cicéron, & y travailla puissamment à la gloire d’Aristote, dont il fit connoître les écrits dans cette capitale du monde. Il les tira de la confusion où ils étoient, & leur donna un ordre plus méthodique : c’est Plutarque qui nous l’apprend dans la vie de Sylla. On ne sauroit bien représenter le grand service que rendit alors Andronicus à la secte des Péripatéticiens : peut-être ne seroit-elle jamais devenue fort célebre, s’il n’eût pris un soin si particulier des œuvres du fondateur ?

Le plus fameux athlete du monde, Diagoras, naquit dans l’île de Rhodes ; il descendoit d’une fille d’Aristomene, le plus grand héros qui eût été parmi les Messéniens. On connoît l’ode que Pindare fit en l’honneur de Diagoras ; c’est la VIIe. des olympiques, & elle fut mise en lettres d’or dans le temple de Minerve. On voit par cette ode, que Diagoras avoit remporté deux fois la victoire aux jeux de Rhodes, quatre fois aux jeux Isthmiques, deux fois aux jeux Néméens ; & qu’il avoit été victorieux aux jeux d’Athènes, à ceux d’Argos, à ceux d’Arcadie, à ceux de Thèbes, à ceux de la Béotie, à ceux de l’île d’Ægine, à ceux de Pellene, & à ceux de Mégare. L’ode de Pindare fut faite sur la couronne du pugilat que remporta Diagoras aux jeux olympiques de la soixante-dix-neuvieme olympiade ; les éloges de Damagete, pere de Diagoras, de Tleptoleme, le fondateur des Rhodiens & la souche de la famille, ne sont pas


oubliés ; en sorte qu’il en résulte que Diagoras descendoit de Jupiter.

Pausanias observe que la gloire que remporta Diagoras par ses victoires à tous les jeux publics de la Grece, devint encore plus remarquable par celle que ses fils, & les fils de ses filles y obtinrent. Il y mena lui-même une fois deux de ses fils qui y furent couronnés ; ils chargerent leur pere sur leurs épaules, & le porterent au-travers d’une multitude incroyable de spectateurs, qui leur jettoient des fleurs à pleines mains, & qui applaudissoient à sa gloire, & à sa bonne fortune.

Aulugelle ajoute, que ce pere fut transporté de tant de joie, qu’il en mourut sur la place : eosque, dit-il, en parlant de ses fils, vidit vincere, coronarique eodem olympiæ die : & cum ibi eum adolescentes amplexi, coronis suis in caput patris positis, suaviarentur ; cùmque populus gratulabundus, flores undique in eum jaceret ; ibi in sladio inspectante populo, in osculis atque in manibus flüorum, animam efflavit. Noct. Atticar. l. III. c. xv. Je voudrois bien que cette mort de Diagoras fût vraie ; mais j’ai le regret de voir que Pausanias ne confirme point ce fait singulier. Cicéron même me dit, qu’un lacédémonien aborda Diagoras dans ce moment, pour l’exhorter à ne point perdre une si belle occasion de finir sa carriere : « Mourez, Diagoras, lui dit-il en le saluant, car vous ne pouvez monter plus haut ». Voilà bien le discours d’un lacédémonien ; un athénien n’eût dit qu’une gentillesse plaisante ou ingénieuse.

Memnon, général d’armée de Darius, dernier roi de Perse, étoit aussi de l’île de Rhodes ; homme consommé dans le métier de la guerre, il donna à son maître les meilleurs conseils qui lui pouvoient être donnés dans la conjoncture de l’expédition d’Alexandre. S’il avoit encore vécu quelques années, la fortune de ce grand conquérant auroit été moins rapide ; & peut-être même que les choses eussent changé de face. Son dessein étoit de porter la guerre dans la Macédoine, pendant que les Macédoniens la faisoient au roi de Perse dans l’Asie. C’est ainsi que les Romains en userent, pour contraindre le redoutable Annibal d’abandonner l’Italie. Lors donc qu’on délibéra sur le parti qu’il falloit prendre contre le roi de Macédoine, qui ayant passé l’Hellespont, s’avançoit vers les provinces de Perse ; son avis fut qu’on ruinât les frontieres, & qu’on transportât une grande partie des troupes dans la Macédoine. Par ce moyen, dit-il, on établira dans l’Europe le théâtre de la guerre : l’Asie jouira de la paix, & l’ennemi faute de subsistance sera contraint de reculer, & de repasser en Europe pour secourir son royaume. C’étoit sans doute le plus sûr parti que les Perses pussent choisir, dit Diodore de Sicile, l. XVII. c. vij. Mais les autres généraux ne trouvant pas ce conseil digne de la grandeur de leur monarque, ils conclurent qu’il falloit livrer bataille, & la perdirent.

Cependant Memnon ayant été nommé généralissime, fit des préparatifs extraordinaires par mer & par terre ; il subjugua l’île de Chio & celle de Lesbos ; il menaça celle d’Eubée ; il noua des intelligences avec les Grecs ; il en corrompit plusieurs par ses présens ; en un mot, il se préparoit à tailler beaucoup de besogne aux ennemis de son roi dans leur propre pays, lorsqu’une maladie le vint saisir, & le tira de ce monde en peu de jours.

Il eut l’avantage de connoître par la conduite d’Alexandre à son égard, qu’il en étoit estimé ou redouté. Ce jeune prince voulant ou le rendre suspect aux Perses, ou l’attirer dans son parti, défendit séverement à ses troupes de commettre le moindre desordre dans les terres de Memnon ; mais le général de Darius fit l’action d’un honnête homme, & d’une belle ame, en châtiant un de ses soldats qui médisoit