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&c. Ce mot vient de ῥῶπος, ramentaria, raclures, petites branches, & γράφω, je peins. (D. J.)

RHOS, (Géog. anc.) peuples de Scythie. Ils habitoient au septentrion du mont Taurus, selon Cédrene & Curopalate, cités par Ortélius, qui croit que ce sont les mêmes que les Russi. (D. J.)

RHOSCHAC, (Géog. mod.) en latin du moyen âge Rhosagum ; bourg de Suisse, dans le domaine de l’abbaye S. Gall, sur le bord du lac de Constance, vis-à-vis de Lindaw, dans une agréable situation & un terroir fertile en vins. Ce bourg est si grand qu’il peut aller de pair avec plusieurs bonnes villes. Dans le dixieme siecle l’empereur Othon lui donna les privileges de foire, de péage & de monnoie. Il s’y fait beaucoup de commerce en grains, bétail, toiles & vin. (D. J.)

RHOSOLOGIA, (Géog. anc.) ville de la Galatie, Ptolomée, lib. V. c. iv. la donne aux Tectosages, & la marque entre Vinzela & Sarmalia. Simler croit que c’est la même ville que l’itinéraire d’Antonin appelle Orsologiacum dans un endroit, & dans un autre Rosologiacum. Cet itinéraire la marque sur la route de Constantinople à Antioche, entre Corbeneunca & Aspona, à 12 milles de la premiere, & à 31 milles de la seconde. (D. J.)

RHOSPHODUSA, (Géog. anc.) île du golfe Carcinite, selon Pline, lib. IV. c. xiij. Pinet prétend que le nom moderne est Salina. (D. J.)

RHOSUS, (Géog. anc.) Selon Ptolomée, lib. V. c. xv. ville de la Syrie ou de la Cilicie, sur le golfe Issique, entre le fleuve Issus & Séleucie. Derriere cette ville étoient les monts Rosii ; entre ces montagnes & le mont Taurus, étoit le col nommé portæ Syræ, parce que c’étoit l’entrée de la Syrie. Le mont Rhosus est aujourd’hui Cabo-Gangir. (D. J.)

RHOTANUM, (Géog. anc.) fleuve de l’île de Corse. Ptolomée, lib. III. c. ij. place l’embouchure de ce fleuve sur la côte orientale, entre Valeria colonia & le port de Diane. Léander prétend que c’est aujourd’hui le Tavignani. (D. J.)

RHUBARBE, s. f. (Botan. exot.) La vraie rhubarbe, ou celle de la Chine, est une racine que l’on nous apporte en morceaux assez gros, légers, inégaux, de la longueur de quatre, cinq ou six pouces, & de la grosseur de trois à quatre. Elle est jaune, ou un peu brune en-dehors, de couleur de safran en-dedans, jaspée comme la noix muscade, un peu fongueuse, d’un goût tirant sur l’âcre amer, & un peu astringent ; d’une odeur aromatique, & foiblement desagréable. Elle croît à la Chine. Il faut choisir soigneusement celle qui est nouvelle, qui n’est point cariée, pourrie, ni noire, qui donne la couleur de safran à l’eau, & qui laisse quelque chose de visqueux & de gluant sur la langue.

Muntingius, dans son Histoire des plantes d’Angleterre, a donné une description de la rhubarbe, sous le nom de rhabarbarum lanuginosum, sive lapatum chinnese longifolium ; mais il n’avoit pas vu cette plante, non plus que Matthiol, dont il a emprunté sa description & la figure qui l’accompagne, sur les relations des marchands qui apportoient cette racine de la Chine.

Il est fort étrange parmi le grand nombre d’européens qui depuis un siecle vont tous les ans dans ce pays-là, que personne n’ait tâché de connoître exactement une plante dont on use tous les jours, & qui est d’un grand revenu. La description du P. Parennin, quoique fort vantée dans l’histoire de l’académie des Sciences, ann. 1726, laisse beaucoup de choses à désirer, n’est même qu’une copie de ce que le P. Michel Boym en avoit publié dans sa flora sinensis, imprimée à Vienne en Autriche, en 1656 in-fol.

Selon la relation de ces deux peres jésuites, le thai-hoam, ou la rhubarbe, croît en plusieurs endroits de la Chine ; la meilleure est celle de Tie-chouen,


celle qui vient dans la province de Xansi & dans le royaume de Thibet, lui est fort inférieure. Il en croît aussi ailleurs, mais dont on ne fait ici nul usage.

La tige de la plante est semblable aux petits bambous, elle est vuide & très-cassante ; sa hauteur est de trois ou quatre piés, & sa couleur d’un violet obscur. Dans la seconde lune, c’est-à-dire au mois de Mars, elle pousse des feuilles longues, épaisses, quatre à quatre sur une même queue, & posées en se regardant ; ses fleurs sont de couleur jaune, & quelquefois violette. A la cinquieme lune, elles produisent une petite semence noire, de la grosseur d’un grain de millet. A la huitieme lune, on arrache la plante, dont la racine est grosse & longue. Celle qui est la plus pesante, & la plus marbrée en-dedans, est la meilleure.

Cette racine est d’une nature qui la rend très-difficile à sécher. Les Chinois, après l’avoir arrachée & nettoyée, la coupent en morceaux d’un ou de deux pouces, & la font sécher sur de grandes tables de pierre, sous lesquelles ils allument du feu ; ils tournent & retournent ces tronçons jusqu’à ce qu’ils soient bien secs. Comme cette opération ne suffit pas pour en chasser toute l’humidité, ils font un trou à chaque morceau de racine, puis ils enfilent tous ces morceaux en forme de chapelet, pour les suspendre à la plus forte ardeur du soleil, jusqu’à ce qu’ils soient en état d’être conservés sans danger de se corrompre.

L’hiver est le meilleur tems pour tirer la rhubarbe de la terre, avant que les feuilles vertes commencent à pousser, parce qu’alors le suc & la vertu sont concentrés dans la racine. Si on la tire de la terre pendant l’été, ou dans le tems qu’elle pousse des feuilles vertes, non-seulement elle n’est pas encore mûre, & n’a point de suc jaune, ni des veines rouges, mais elle est très légere, & par conséquent n’approche point de la perfection de celle que l’on retire en hiver.

On apportoit autrefois la rhubarbe de la Chine par la Tartarie à Olmuz & à Alep, de-là à Alexandrie, & enfin à Venise. Les Portugais l’apportoient sur leurs vaisseaux de la ville de Canton, qui est un port célebre où se tient un marché de la Chine. Les Egyptiens l’apportoient aussi à Alexandrie par la Tartarie ; présentement on nous l’apporte de Moscovie, car elle croît abondamment dans cette partie de la Chine qui est voisine de la Tartarie. Les petites variétés de couleur qu’on trouve dans la rhubarbe qui vient directement de Moscovie, d’avec la rhubarbe qui nous arrive par le commerce des Indes orientales, ne procedent que de ce que celle de Moscovie est plus nouvelle ; car elle prend, en la gardant, la même couleur, la même consistance & le même goût que celle qu’on reçoit par mer.

On a envoyé de Moscovie en France, une plante nommée par M. de Jussieu, rhabarbarum folio oblonguo, crispo, undulato, flabellis sparsis. Cette même plante avoit déjà été envoyée du même pays en Angleterre, pour être la vraie rhubarbe de la Chine, & M. Raud la nomma, lapathum bardanæ folio undulato, glabro. La maniere dont cette plante fructifie fait juger que c’est une véritable espece de rhubarbe de la Chine ; car non-seulement elle a été envoyée pour telle, mais encore les graines de cette plante, semblables à celles de la vraie rhubarbe que M. Vandermonde, docteur en Médecine, avoit envoyée de la Chine, ne permettent pas d’en douter : ajoutez que la figure des racines de ces deux plantes, la couleur, l’odeur & le goût, fortifient cette opinion. On a élevé la plante dans le Jardin du Roi à Paris, où elle réussit, fleurit, & supporte les hivers les plus froids.

C’est une grosse racine vivace, arrondie, d’environ une coudée & plus de longueur, partagée en plusieurs grosses branches, qui donnent naissance à d’au-