Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/283

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quoi on leur donnera de l’air & de l’arrosement dans la chaleur de la saison.

Dès que les racines auront acquis de la force, on les transportera dans de plus grands pots remplis de même terre fraîche, que l’on plongera de-rechef dans un lit chaud de tan, gradué à la chaleur des ananas ; en les arrosant journellement, elles s’éleveront à trois ou quatre piés de haut, jetteront plusieurs branches, & donneront finalement de très-belles fleurs qui seront suivies de fruit. Ceux qui arrivent aux îles de l’Amérique, soit dans les colonies françoises, soit à la Jamaïque & aux Barbades, sont extrèmement satisfaits de la beauté des fleurs que portent les ricinoïdes, & se laisseroient tromper aux fruits qu’ils donnent, si on ne les avertissoit du danger d’en goûter.

De la quatrieme noix purgative, nommée grains de tilli. Voilà les pinei nuclei molucani, & grana tiglia de J. B. I. p. 322. Quanhayohaulti III. seu semina arboris cucurbitinoe, nuclei pini formâ purgante, de Hernandez 87.

Les grains de tilli sont des grains oblongs, ovoïdes, de la grosseur & de la figure de l’amande du ricin ordinaire, convexes d’un côté, un peu applaties de l’autre, marquées légerement de quatre angles, composées d’une coque mince, grise, parsemée de taches brunes, renfermant une amande grasse, solide, blanchâtre, d’un goût âcre, brûlant, & qui cause des nausées.

La plante s’appelle ricinus arbor, fructu glabro, grana tiglia dicto, parad. bat. prodr. Cadel. avenacu, Hort. malab. ij. 61. Lignum molucense, pavana dictum, fructu avellanæ, J. B. I. 342. Guayapala, seu ricinus arbor indica, caustica, purgans, Herm. mus. Zeyl. 15.

L’arbrisseau qui produit les graines de tilli, a des tiges simples qui naissent sans rameaux latéraux. Les fleurs sont ramassées en long épi au sommet de ces tiges. Il pousse de la tige quelques feuilles longues, ovalaires, pointues, lisses, finement dentelées, tendres, molles, avec une côte, & des nervures saillantes. Vers l’origine de chaque épi, il sort chaque année deux rameaux de même hauteur que la tige.

Les fleurs qui sont à la partie inférieure de l’épi, sont femelles & en grand nombre ; les fleurs mâles sont à la partie supérieures : elles ont huit pétales, seize étamines, sans calice, sans pistil & sans fruit ; les fleurs femelles ont un calice partagé en plusieurs parties, un embryon arrondi, triangulaire, à trois stiles. Cet embryon se change en un fruit qui est une capsule ronde à trois sillons & à trois loges, dont chacune contient une seule graine oblongue, lisse, luisante, cannelée, recourbée d’un côté, applatie de l’autre ; sa coque est mince, & renferme une amande blanche, grasse, huileuse, âcre & brûlante. On cultive cette plante dans le Malabar & dans quelques pays des Indes orientales.

Le bois & les graines sont d’usage en Médecine. Le bois qui s’appelle panava ou pavana, est spongieux, léger, pâle, couvert d’une écorce mince, cendrée, d’un goût âcre, & caustique, d’une odeur qui cause des nausées ; lorsqu’il est encore verd, il purge par haut & par bas, causant à l’anus une excoriation par son âcreté ; mais lorsqu’il est sec, il perd de sa violence, & si on le donne en petite dose, il excite la sueur. Paul Herman le recommande dans plusieurs maladies chroniques. Les graines agissent aussi puissamment que la coloquinte. Leur grande vertu paroit consister en deux petites feuilles qui germent les premieres, & qui sont cachées dans le milieu des graines ; on donne la substance de ces amandes dépouillée de l’écorce extérieure à la dose de trois grains en pilules, à cause de leur acrimonie brûlante. Aussi tâche-t-on d’en corriger la force avec de


la réglisse, des amandes douces, du suc de limon, du bouillon gras, & choses semblables, ou bien en les torréfiant sous les cendres ; mais nos droguistes ont rarement des pignons d’Inde, & autres graines de ricins. Les Indiens préparent avec l’huile tirée des graines de tilli, une pommade dont la friction sur le bas-ventre purge les enfans délicats.

On trouve aux Indes orientales & occidentales, d’autres especes de petites noix purgatives outre les quatre dont nous avons parlé ; mais elles sont peu connues. Il est inutile d’avertir qu’il ne faut pas confondre à cause du nom, le pignon d’Inde avec le pignon doux. Ce dernier est une espece de petite amande, qui se trouve dans les pommes de pin ; elle est agréable à manger, & entroit autrefois dans presque tous les ragouts. On la nomme en latin pini nucleus. Voyez doux. (Botan.)

Le rikaion de l’Ecriture paroit être le grand ricin. Les plus habiles critiques pensent que le rikayon du prophete Jonas, est le premier ricin que nous avons décrit, le ricinus vulgaris nommé par les Arabes alkerva, par les Africains kerva, & par les Égyptiens kiki ; c’est le sentiment de plusieurs rabbins modernes, celui de Bochart, de Junius, de Piscator, de Mercerus, de Grotius, de Buxtorf, d’Ursinus, de Bremannus, & pour dire plus encore, de Melchior Guillandin, dont l’autorité est d’un grand poids en ces matieres. S. Jérôme moins éclairé en botanique que Guillandin, a traduit le terme hébreu rikaion par un lierre, & les septante par une courge. Voici le passage de Jonas, ch. iv. v. 6 : « l’éternel Dieu fit monter un rikaion au-dessus de Jonas, afin qu’il fît ombre sur sa tête, & qu’il le délivrât de son mal ; mais Dieu prépara un ver qui rongea le rikaion ; il se sécha, & périt ».

S. Augustin, epist. 71, raconte à ce sujet qu’un évêque d’Afrique ayant voulu introduire dans son diocèse la traduction de S. Jérôme, les assistans la rejetterent avec scandale, lorsqu’à la lecture du passage de Jonas, ils ouirent lire un lierre au lieu d’une courge qu’ils avoient toujours entendu lire. Ils consentirent avec peine de s’en rapporter pour l’interprétation du mot, aux juifs qui étoient dans la ville. Ceux-ci, par malice, par ignorance, ou par d’autres motifs, déciderent que le terme hébreu signifioit une courge. Alors l’évêque, pour retenir le peuple dans sa communion, ne se fit point de peine de reconnoitre que cet endroit de la traduction de S. Jérôme étoit fautif. Il l’étoit sans doute, aussi bien que celui de la version des septante ; mais le sage prélat montra beaucoup de bon sens dans sa conduite ; car qu’importe à la religion qu’on traduise rikaion par un lierre ou par une courge ? Et quant aux théologiens, qui loin de savoir sacrifier le petit au grand, anathématisent pieusement les autres hommes qui pensent différemment d’eux, ils me permettront de leur répéter le discours d’un pere de l’Eglise ; credite mihi, levia sunt propter quæ non leviter excandescitis, qualia quæ pueros in rixam & injuriam concitant. Nihil ex his quæ tam tristes agitis, serium, nihil magnum : indè, inquam, vobis ira est, quod exigua magnò estimetis. (Le chevalier de Jaucourt.)

RICINA, (Géog. anc.) 1°. ville d’Italie, dans le Picenum, & qui ne devint colonie romaine que sous l’empereur Severe. Une ancienne carte citée par Cellarius en fait mention. Pline, p. 137, connoit cette ville sous le nom du peuple Ricinenses. Holsten a trouvé les ruines de Ricina, à deux ou trois milles de Macérata, sur le bord de la riviere Potenza, à la droite.

Une ancienne inscription trouvée près de Macerata, & rapportée par Gruter, donne à cette ville le surnom d’Helvia : colonia helvia conditori suo. Spon, p. 205. n°. 5, nous a conservé une autre inscription