Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/373

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rapporterai qu’une seule, qui est en quelque façon nouvelle & fort à la mode.

Le rosier de Bourgogne, ou le rosier à pompons. Ce petit arbrisseau ne s’éleve qu’à un pié, ou un pié & demi. Il pousse du pié quantité de tiges, qui sont fortes & ont du soutien. Ses feuilles sont petites, étroites, d’une verdure terne & pâle. Ses fleurs d’environ trois quarts de pouce de diametre, sont dans leur milieu de l’incarnat le plus vif, qui se dégrade insensiblement vers les bords qui sont d’une couleur de chair pâle. L’arbrisseau en produit une grande quantité dès le commencement de Mai ; elles sont d’une odeur excellente, & de la plus brillante apparence. Ce rosier est extrèmement propre à former de petites bordures, parce qu’il ne s’étend pas beaucoup. Il se couvre de tant de fleurs, qu’il s’épuise & périt en peu d’années, sur-tout lorsqu’on le tient en pot. On peut y remédier par sa taille en rabattant toutes ses branches à moitié, & en l’arrosant fréquemment durant l’été. L’art & la culture n’ont eu aucune part à la découverte de ce rosier. C’est un jardinier de Dijon qui l’a trouvé en 1735, en cherchant des buis sur les montagnes voisines dans le tems qu’il étoit en fleurs.

ROSIERES, ou Rosieres-aux-Salines, (Géog. mod.) ville de Lorraine dans le bailliage de Nancy, sur la Meurte, à deux lieues de Nancy, & à quatre lieues au sud-ouest de Lunéville. Ses salines sont d’un bon produit. Long. 24. 3. lat. 48. 30. (D. J.)

ROSITO, (Géogr. mod.) petite ville, ou plûtôt bourgade d’Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, sur l’Acalandro, aux confins de la Basilicate, environ à trois milles du golfe de Venise. (D. J.)

ROSKOLNIKI, secte des, (Relig. chrétien.) secte qui s’est établie de bonne heure en Russie, mais qui y regne paisiblement, & qui n’a point produit de tumulte. Voici ce qu’en dit l’auteur moderne de l’histoire de Russie.

La secte des Roskolniki, composée aujourd’hui d’environ 2000 mâles, est la plus ancienne des sectes qu’on connoisse en Russie. Elle s’établit dès le douzieme siecle, par des zélés qui avoient quelque connoissance du nouveau Testament ; ils eurent, & ont encore, la prétention de tous les sectaires, celle de les suivre à la lettre, accusant tous les autres chrétiens de relâchement, ne voulant point qu’un prêtre qui a bu de l’eau-de-vie, confere le baptême, assurant avec J. C. qu’il n’y a ni premier, ni dernier parmi les fideles, & sur-tout qu’un fidele peut se tuer pour l’amour de son sauveur. C’est selon eux, un très-grand péché de dire alleluia trois fois ; il ne faut le dire que deux, & ne donner jamais la bénédiction qu’avec trois doigts.

Nulle société d’ailleurs, n’est ni plus réglée, ni plus sévere dans ses mœurs. Ils vivent comme les quakers ; mais ils n’admettent point comme eux les autres chrétiens dans leurs assemblées : c’est ce qui fait que les autres leur ont imputé toutes les abominations dont les Payens accuserent les premiers galiléens, dont ceux-ci chargerent les gnostiques, dont les Catholiques ont chargé les Protestans.

On leur a souvent imputé d’égorger un enfant, de boire son sang, & de se mêler ensemble dans leurs cérémonies secretes, sans distinction de parenté, d’âge, ni même de sexe. Quelquefois on les a persécutés ; ils se sont alors enfermés dans leurs bourgades, ont mis le feu à leurs maisons, & se sont jettés dans les flammes. Le czar Pierre I. a pris avec eux le seul parti qui puisse les ramener, celui de les laisser vivre en paix. (D. J.)

ROSMARE, voyez Lamantin.

ROSMARINI, (Géog. mod.) riviere de Sicile dans le val Démona. Elle a sa source dans les montagnes Stori, & se jette dans la mer près de l’embouchure du


petit fleuve San-Fradello. Cette riviere est le Chydas des anciens. (D. J.)

ROSNY, (Géog. mod.) bourgade de France dans la Normandie, sur la Seine, entre les villes de Mante & de Vernon, avec titre de marquisat & un château.

C’est dans ce château que naquit en 1559, Maximilien de Béthune duc de Sully, l’un des plus grands hommes que la France ait produit, & qui mourut en son château de Villebon en 1641, à 82 ans, après avoir été toujours inséparablement attaché à sa religion & à Henri IV.

Il avoit vu, dit M. de Voltaire, Henri II. & Louis XIV. Il fut grand-voyer & grand-maître de l’artillerie, grand-maître des ports de France, sur-intendant des finances, duc & pair, & maréchal de France, C’est le seul homme à qui on ait jamais donné le bâton de maréchal, comme une marque de disgrace. Il ne l’eut qu’en échange de la charge de grand-maître de l’artillerie, que la reine régente lui ôta en 1634. Il étoit très-brave homme de guerre, & encore meilleur ministre ; incapable de tromper le roi, & d’être trompé par les financiers. Il fut inflexible pour les courtisans, dont l’avidité est insatiable, & qui trouvoient en lui une rigueur conforme au tems & aux besoins d’Henri IV. Ils l’appelloient le négatif, & disoient que le mot de oui n’étoit jamais dans sa bouche. Avec cette vertu sévere-il ne pouvoit plaire qu’à son maître, & le moment de la mort de Henri IV. fut celui de sa disgrace. Il composa dans la solitude de Sully, des mémoires dans lesquels regne un air d’honnête homme, avec un style naïf, mais trop diffus. On y trouve quelques vers de sa façon. Voici ceux qu’il fit en se retirant de la cour, sous la régence de Marie de Médicis.

Adieu maisons, châteaux, armes, canons du roi ;
Adieu conseils, trésors déposés à ma foi ;
Adieu munitions ; adieu grands équipages ;
Adieu tant de rachats ; adieu tant de menages ;
Adieu faveurs, grandeurs ; adieu ce tems qui court ;
Adieu les amitiés, & les amis de cour, &c.

Il ne voulut jamais changer de religion, & comme le cardinal du Perron l’exhortoit à quitter le Calvinisme, il lui répondit : « Je me ferai Catholique quand vous aurez supprimé l’Evangile ; car il est si contraire à l’église romaine, que je ne peux pas croire que l’un & l’autre aient été inspirés par le même esprit ».

Le pape lui écrivant un jour une lettre remplie de louanges sur la sagesse de son ministere, finissoit sa lettre comme un bon pasteur, par prier Dieu qu’il ramenât sa brebis égarée, & conjuroit le duc de Sully de se servir de ses lumieres pour entrer dans la bonne voie. Le duc lui répondit sur le même ton. Il l’assura qu’il prioit Dieu tous les jours pour la conversion de sa sainteté : cette lettre est dans ses mémoires. Pref. de la Henr. édit. de 1723.

Il se signala dans les armes jusqu’à l’âge de 40 ans ; il se trouva à la bataille de Coutras, au combat d’Arques, à la bataille d’Ivri, aux sieges de Paris, de Noyon, de Rouen, de Laon, & à toutes les occasions périlleuses. Dans sa place de sur-intendant des finances, il rétablit si bien celles de l’état, qu’il paya deux cent millions de dettes en dix ans, & qu’il remit de grandes sommes dans les trésors de son maître.

Il l’aimoit avec un zele & un attachement inexprimable. Un soir Henri IV. lui fit quelques reproches vifs, & mal-à-propos. Ce bon prince y songea pendant la nuit, & le lendemain de grand matin, il courut à l’arsenal chez Sully pour réparer sa faute. « Mon ami, lui dit-il en l’abordant, j’ai eu tort hier avec vous, je viens vous prier de me le pardonner. Sire, répondit Sully, vous voulez que je meu-