Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/375

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Othon III. fit couper les mains & les oreilles, & arracher les yeux en 998. C’étoit une barbarie bien odieuse, vis-à-vis d’un évêque qui étoit homme de mérite, savant, & que Crescentius qui tenoit Rome sous sa dépendance avoit fait élire pape, pour l’opposer à Grégoire V. (D. J.)

ROSSE ou Ross, (Géog. mod.) nom de deux petites villes de la grande-Bretagne ; l’une est dans le comté d’Herefort, sur la Wye. Elle a droit de marché, & est connue par ses forges. L’autre est en Irlande, dans la province de Momonie, au comté de Cork, sur le bord de la mer ; mais depuis que son évêché a été réuni à celui de Cork, cette place a dégénéré en simple village. (D. J.)

Rosse, s. f. (Maréchal.) méchant cheval, usé de vieillesse ou de maladie, & qui n’est sensible ni à l’éperon, ni à la gaule.

ROSSELAER, prononcez ROSSELAR, (Géog. mod.) petite ville des Pays-bas, dans la Flandre autrichienne, sur le chemin d’Ypres à Bruges, à quatre lieues de la premiere. Elle est gouvernée par un bailli, un bourgmestre, un pensionnaire, un trésorier, & des échevins. Il s’y faisoit autrefois un grand commerce de toiles, mais ce n’est plus de même depuis les guerres du dernier siecle, & le nombre de ses habitans diminue tous les jours. Longit. 20. 31. lat. 50. 53. (D. J.)

ROSSENA, (Géog. mod.) petite ville d’Italie, dans le comté de même nom, dont elle est le chef-lieu ; ce comté est enclavé dans le Modenois, qui le borne au nord, à l’orient & au midi ; & la Leuza l’arrose au couchant. (D. J.)

ROSSEROLLE, voyez Rousserolle.

ROSSIGNOL ou ROUSSIGNOL, s. m. (Hist. nat. Ornitholog.) rossignol franc, lucinia seu philomela, oiseau très-connu par son chant ; il est de la grosseur du chardonneret ou de la gorge-rouge, mais il a le corps un peu plus alongé ; toute la face supérieure de cet oiseau est d’un roux clair, mêlé d’une teinte de verd ; la queue a une couleur rousse plus foncée ; le ventre est blanchâtre. La gorge, la poitrine & la face inférieure des aîles sont d’un brun obscur, mêlé d’une teinte de verd ; le bec a une couleur noirâtre, & le dedans de la bouche est jaune ; les piés sont d’une couleur de chair obscur. Rai synop. meth. avium. Voyez Oiseau.

Le rossignol avoit toujours été regardé comme un oiseau de passage, cependant l’auteur du traité du Rossignol franc prétend que cet oiseau ne quitte pas ces climats pour en aller chercher de plus temperés, il croit qu’il se tient caché pendant l’hiver à l’abri du froid. Quoi qu’il en soit, cet oiseau ne paroît en France qu’au commencement d’Avril, & on ne le voit plus sur la fin de Septembre ; il est très-solitaire ; il se plaît dans les lieux où il y a un écho ; il chante très-agréablement une partie du jour & de la nuit, sur-tout dans le tems que sa femelle pond & pendant l’incubation de ses œufs. Elle fait ordinairement deux pontes chaque année & quelquefois trois ; la troisieme ponte réussit rarement, sur-tout si le froid commence trop tôt. Chaque ponte est de quatre ou cinq œufs qui sont d’une couleur bronzée ; le nid est long, profond, & composé de feuilles séches de chêne. Voyez le traité du Rossignol franc.

Cet oiseau admirable qui n’est que voix, & dont la voix n’est qu’harmonie, se plaît dans les bois frais, épais, & ombrageux, c’est-là qu’il construit son nid, deux fois l’année, tantôt sous des buissons contre terre, & proche des troncs d’arbres, tantôt dans les arbrisseaux verds & touffus ; il le compose de feuilles, de paille, & de mousse, & le construit un peu en long. Si vous pouvez trouver de ces nids, avec des petits tout jeunes, ne les enlevez point ; mais si par hasard quelqu’un moins sage que vous vous en


apportoit, prenez-en le soin le plus précieux ; mettez ce nid dans un vaisseau convenable un peu couvert, jusqu’à ce que les petits puissent se soulever ; nourrissez-les attentivement avec de petits vers de farine, & avec une pâte, dont j’indiquerai dans la suite la composition ; quand les petits rossignols un peu forts, seront prêts à manger seuls, vous les mettrez dans une cage que vous placerez auprès d’un bocage afin qu’ils apprennent leur chant naturel.

Le rossignol mâle a le fondement élevé, l’œil gros, la tête grosse & rondelette, le bec un peu gros & long, le croupion large avec une rayure au milieu, laquelle semble le partager en deux. La femelle a le fondement & la tête plus applatie, le bec court & menu, l’œil petit, le croupion plus étroit, & le pennage plus cendré ; donnez-lui la liberté.

Les rossignols aiment extraordinairement les vers qui viennent dans la farine ; l’on en trouve quantité chez les Pâtissiers & chez les Boulangers. Les œufs de fourmis font aussi les délices de ces oiseaux, & leur servent quelquefois de remede quand ils sont malades.

La cage où l’on met un rossignol qui a été pris au trebuchet ou au petit rêts, doit être d’abord sans bâtons, & toute environnée de papier appliqué sur de la mousse. Il faut appâteler ce rossignol tous les jours cinq ou six fois adroitement, tantôt avec de petits vers en vie, tantôt avec ces mêmes vers mêlés avec du cœur de mouton bien pur, bien battu, & haché. Quelque tems après, on ôtera peu-à-peu le papier dont la cage est environnée, en y laissant toujours de la mousse ou autre verdure, ensorte que la cage en soit toute couverte ; ainsi l’oiseau s’habituera à voir la campagne, & à respirer un air frais ; alors les bâtons que vous remettrez dans la cage doivent être garnis de mousse, parce qu’il a coutume de fréquenter les lieux qui en sont tapissés.

La pâte dont on nourrit le rossignol se fait ainsi. On prend sur deux livres de farine de pois, demi-livre d’amandes-douces mondées, quatre onces de beurre, quatre jaunes d’œufs durcis sous la cendre chaude, & bien pilés, ainsi que les amandes ; on incorpore le tout après l’avoir mélangé, avec la farine de pois dans une poële à confiture sur un feu de charbon, & l’on remue cette pâte jusqu’à ce qu’elle soit cuite ; ensuite on prend une livre de miel & deux onces de beurre, qu’on fait fondre dans un pot de terre neuf, & on en ôte l’écume. Alors il faut que celui qui a la pâte ait une spatule de bois, & qu’une autre personne ait une cueillere, & mette sur la pâte le miel cueillerée à cueillerée ; en même tems celui qui prend soin de la pâte la remuera continuellement jusqu’à ce qu’elle soit bien grenue ; on mettra dans cette pâte un peu de safran pour la rendre apéritive. La pâte étant bien grenue & jaune, on la passe dans une passoire, dont les trous sont ronds, & on la fait tomber sur une serviette blanche pour la sécher ; quand elle sera seche, on la serrera dans un pot qu’on tient couvert, & où elle se conservera plusieurs mois ; c’est là la meilleure nourriture des rossignols.

Ils sont fort délicats, sujets à la goutte, à des spasmes, ou trop de graisse ou de maigreur, & à de petits boutons. Si le rossignol est trop gras, on le purgera avec une couple de vers de colombier & de l’eau sucrée. Dans la trop grande maigreur, on lui donnera des figues fraîches ou séches émiettées. La goutte lui arrive au bout de deux ou trois ans, & l’on ne peut que la pallier en lui oignant les pates d’un peu de graisse.

Ce n’est pas ici le lieu de parler de differentes especes de rossignols connues ; je dirai seulement que Pline rapporte qu’un rossignol qui étoit un peu blanc fut payé de son tems six grands sesteres, c’est-à-dire