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Telles sont les vraies mines d’antimoine. Ce demi-métal se trouve encore outre cela dans quelques mines d’argent & particulierement dans celle que l’on nomme mine d’argent en plume. Il se trouve aussi joint à des mines de cuivre & de plomb.

La méthode dont on se sert pour tirer l’antimoine de la mine, est celle que les Chimistes nomment distillation en descendant, per descensum ; pour cet effet on commence par dégager cette mine à coups de maillets de la roche à laquelle elle est attachée ; on pulvérise grossierement la partie de la mine qui a été séparée le plus parfaitement qu’il est possible des substances étrangeres, après quoi on la met dans des pots de terre dont le fond est percé de plusieurs trous ; on adapte la partie inférieure de ces pots dans d’autres pots de forme conique, & qui sont enfoncés en terre. On allume du feu au-tour des pots supérieurs qui contiennent la mine d’antimoine ; par ce moyen cette substance se fond & va se rassembler dans les pots inférieurs qui sont enfouis : les pierres restent dans les pots supérieurs, & la substance qui a découlé est ce que l’on appelle l’antimoine crud, qui n’est autre chose que la matiere réguline de l’antimoine combiné avec du soufre commun, & qu’il ne faut par conséquent point confondre avec l’antimoine pur ou le régule d’antimoine.

Lorsqu’on veut avoir l’antimoine pur & dégagé du soufre & des autres substances étrangeres avec lesquelles il est demeuré uni dans l’opération précédente, pour cet effet on joint à l’antimoine crud des substances qui aient plus de disposition que lui à s’unir avec le soufre, par ce moyen il quitte l’antimoine qui tombe au fond du creuset. Il y a plusieurs manieres de produire cet effet. 1°. On prend quatre parties d’antimoine crud, on y joint trois parties de tartre & une partie & demie de nitre ; ces deux sels doivent être bien séchés ; on pulvérise ces trois substances, & on les mêle bien exactement, après quoi on en met une cueillerée dans un creuset rougi au feu ; il se fait une détonation : on attend qu’elle soit achevée pour remettre une nouvelle cueillerée, & l’on continue de même jusqu’à ce que tout le mélange soit parfaitement fondu ; on laisse le tout au feu pendant environ une demi-heure ; alors on verse la matiere fondue dans un cône de fer bien sec & frotté de suif, où on la laisse refroidir. On trouvera que l’antimoine pur, que l’on nomme régule d’antimoine, occupera la partie inférieure, on pourra le séparer à coups de marteau des scories qui seront à sa partie supérieure. Si cette opération a été faite avec exactitude, c’est-à-dire si le mélange est entré dans une fusion parfaite, on trouvera la forme d’une étoile à la surface du régule d’antimoine. Cette étoile a donné lieu à de grandes spéculations de la part des Alchimistes, curieux de trouver du merveilleux en tout, quelques-uns d’entr’eux ont cru y voir d’une façon sensible l’influence des astres : mais le célebre Stahl a rendu raison d’une façon naturelle de ce phénomene, & a prouvé qu’il dépendoit de la parfaite fusion des matieres, & de l’égalité du refroidissement du régule ; en effet, le régule d’antimoine refroidit plus lentement au centre qu’à sa circonférence ; on voit aboutir des rayons qui partent d’un centre commun, ce qui forme l’espece d’étoile dont on a parlé. On changera totalement cette figure, si en appliquant des linges mouillés au cône où l’on a versé la matiere fondue, on fait qu’un des côtés refroidisse plus promptement qu’un autre. M. Rouelle conclud d’après cette expérience, que les substances métalliques prennent un arrangement symmétrique, ou sont susceptibles d’une crystallisation, qui est plus sensible dans les demi-métaux que dans les métaux, parce que les parties des premiers ont moins de liaison ou de continuité que les derniers.


2°. On peut encore dégager l’antimoine crud de son soufre par le moyen du fer. On prend deux parties d’antimoine crud, & une partie de pointes de cloux. On met ces pointes de cloux dans un creuset placé dans un fourneau de forge ; lorsqu’elles sont bien embrasées, on y jette l’antimoine crud pulvérisé, & l’on remue avec une baguette de fer ; on donne un très-grand feu, jusqu’à ce que toute la matiere soit parfaitement en fusion ; alors on y joint un peu de nitre bien séché ; quand la matiere est bien fondue, on la vuide dans un cône de fer chaud & frotté de suif, & l’on obtient un régule d’antimoine que l’on nomme martial, parce qu’il a été obtenu par le moyen du fer. Comme ce régule n’est point encore parfaitement pur, on est obligé de le faire refondre de nouveau, en y joignant un peu d’antimoine crud, afin de fournir du soufre au fer qui peut être demeuré uni avec le régule d’antimoine ; on y ajoute aussi un peu de nitre, qui détonne avec le fer & le soufre, & qui par-là contribue à les réduire en scories ; de cette maniere on obtient un nouveau régule plus pur que le premier. On refond de nouveau ce régule, mais alors on n’y joint qu’un peu de nitre pour faciliter la fusion ; après quoi l’on aura un régule d’antimoine parfaitement pur : si la fusion a été parfaite, & si le refroidissement s’est fait convenablement, on y remarquera une étoile semblable à celle dont on a parlé ci-dessus. Si on refond le régule avec une grande quantité d’alkali fixe, la fusion sera plus parfaite, & les scories qui nageront à la surface du régule s’appellent scories succinées, parce que dans la fusion elles ont la couleur & la transparence du succin.

Quand le régule d’antimoine a été purifié de la maniere qui vient d’être indiquée, il devient propre à toutes les opérations chimiques & pharmaceutiques auxquelles on veut l’employer.

La teinture d’antimoine n’est autre chose que les scories produites dans la premiere opération que l’on a décrite pour obtenir le régule, dissoutes dans l’esprit-de-vin. Ces scories ne sont autre chose qu’un foie de soufre qui tient encore une portion d’antimoine en dissolution.

Le foie d’antimoine se fait en fondant ensemble deux parties d’alkali fixe avec autant d’antimoine crud, ce qui produit un foie de soufre qui tient une portion d’antimoine en dissolution. Cette substance attire l’humidité de l’air, c’est pourquoi il faut y verser de l’esprit-de-vin pendant qu’elle est encore chaude, lorsqu’on veut faire la teinture d’antimoine. Si on mêle ensemble parties égales d’antimoine crud & de nitre bien sec & bien pulvérisé, & si après avoir mis ce mélange dans un mortier de fer, on y jette un charbon ardent, & que l’on couvre le mortier, il se fait une détonation vive, accompagnée d’une fumée épaisse ; & l’on trouve au fond du mortier une matiere que l’on appelle faux foie d’antimoine, parce qu’il differe de celui qui a été décrit ci-dessus. En effet, il n’attire point l’humidité de l’air ; il contient du foie de soufre, du tartre vitriolé, qui se dissolvent dans l’eau bouillante, & il se précipite une poudre rouge que l’on a nommée crocus metallorum, ou safran des métaux.

Si on dissout le foie d’antimoine dans de l’eau chaude, & que l’on filtre cette dissolution toute chaude, elle se troublera à mesure qu’elle se refroidira, & il s’en précipitera une poudre que l’on appelle soufre grossier d’antimoine. Si on filtre de nouveau la liqueur, & qu’on y verse un peu de vinaigre distillé, il se précipite une poudre d’un rouge foncé, que l’on nomme soufre doré d’antimoine. En filtrant de nouveau la liqueur à plusieurs reprises, & en y mettant à chaque fois une petite quantité de vinaigre distillé, on aura de nouveau un soufre d’antimoine, mais qui deviendra d’une couleur plus claire, & qui sera moins