Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/439

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de la rupture complette par un seul effort est prouvée par beaucoup de faits ; il suffit pour qu’elle arrive, que la partie tendineuse n’ait pu résister à la force avec laquelle elle étoit tirée en-haut par la portion charnue, & en-bas par le poids du corps. M. Petit donne l’observation d’un sauteur qui se rompit complettement les deux tendons d’Achille en sautant sur une table élevée de trois piés & demi ; il n’y eut que les bouts des piés qui porterent sur le bord de la table ; il n’y appuyerent qu’en glissant, & qu’autant qu’il falloit au sauteur pour se redresser ; c’est dans cet effort qu’il se cassa les deux tendons. Cet accident peut arriver en montant à cheval ou en carrosse. On a des exemples de fracture de l’os du talon par la seule rétraction du tendon d’Achille dans un faux pas ; & les Praticiens savent que la contraction forcée des muscles extenseurs de la jambe est capable de casser transversalement l’os du genou. Voyez Rotule. Si les os, comme il est prouvé, peuvent se casser par des causes si légeres en apparence, comment les tendons résisteroient-ils lorsque les muscles seront obligés d’agir non-seulement pour résister au poids du corps, mais même pour le relever avec force ? La fracture complette du tendon d’Achille n’est suivie d’aucune douleur, pourvu qu’il n’y ait aucun desordre aux environs. On sent sous la peau un espace à mettre trois doigts, formé par l’éloignement des bouts cassés, & le malade ne laisse pas d’étendre son pié par l’action des muscles jambier & péronier postérieurs.

La rupture incomplette du tendon d’Achille occasionne beaucoup de douleurs ; on y sent une cavité qui descend & s’éleve en-dehors lorsqu’on plie le pié, & qui au contraire remonte & s’enfonce lorsqu’on étend le pié ; & l’inflammation qui s’empare sur le champ de la partie, ne tarde guere à faire des progrès considerables.

La cure de la fracture complette du tendon d’Achille s’obtient facilement par le concert de l’art & de la nature. L’art y est absolument nécessaire pour rapprocher les bouts éloignés des tendons, & pour les maintenir rapprochés pendant que la nature travaille à la réunion. Voyez Calus.

Pour faire la premiere opération, on fait coucher le malade sur le ventre, on lui fait plier le jarret, on pousse le gros de la jambe vers le talon, & on approche le talon vers le gras de la jambe, en étendant le pié jusqu’à ce que les deux bouts du tendon cassé se touchent. Pendant qu’on fait tenir les parties en cet état, on trempe une double compresse dans l’eau-de-vie, avec laquelle on entoure le lieu blessé : on applique une autre compresse plus épaisse, large de deux pouces, longue de deux piés & demi, postérieurement depuis le jarret jusques & par-delà les orteils, couvrant le gras de la jambe, le talon & la plante du pié ; on assujettit cette compresse avec une bande longue de quatre aunes & large de deux doigts ; on commence à faire trois ou quatre tours à l’endroit de la rupture, on porte ensuite la bande obliquement sur le pié, pour passer en-travers sous la plante, & venir faire une croix de saint-André sur le coup-du-pié, en croisant le jet oblique qu’on y a porté. Quand on a fait ainsi trois ou quatre circonvolutions obliques de dehors en-dedans, & de dedans en-dehors, & passant sous le pié & croisant par-dessus, on remonte en faisant des circulaires jusqu’en-dessus du gras de la jambe : on fait tenir alors le globe de la bande par un aide, & on renverse les deux bouts de la compresse longuette, lesquels ne sont point engagés. Le bout du côté du jarret doit être renversé vers le talon, & celui de la plante du pié doit être renversé du côté du jarret. On les assujettit l’un à l’autre avec des épingles ; & avec le reste de la bande on passe & on repasse plusieurs fois par-dessus en différens


endroits de la jambe & du pié, mais sans serrer. Ces deux bouts ainsi renversés à contre-sens l’un de l’autre, & assujettis par la bande, retiennent le pié dans son dernier degré d’extension ; de maniere que les bouts des tendons sont non-seulement rapprochés, mais se touchent & se poussent mutuellement. On prescrit au malade le régime convenable : on le fait saigner deux ou trois fois selon qu’il est plus ou moins pléthorique (voyez Plethore), & on fait humecter l’appareil avec l’eau-de-vie de quatre en quatre heures. On peut lever l’appareil au bout de dix à douze jours, pour examiner ce qui se passe : on le rapplique, & ordinairement la réunion est parfaite au bout de trente à quarante jours.

Les ruptures incomplettes des tendons étant accompagnées d’inflammation & de douleur en conséquence de l’inégale traction des fibres tendineuses, voyez Douleur, exigent des saignées en plus grand nombre, & les malades ne guérissent pas toujours sans accident comme dans la rupture complette ; parce qu’il se fait communément adhérence des tendons à leur gaînes, ce qui ôte cette facilité à glisser, qui rend ces organes si propres au mouvement.

M. Petit a imaginé un appareil très-commode pour la réunion du tendon d’Achille, & qui est moins embarrassant que celui que nous venons de décrire d’après lui. Voyez Pantoufle. (Y)

RURAL, adject. (Gramm.) qui appartient aux champs & à la campagne. On lit des biens ruraux, un doyen rural, voyez l’article Doyen, une justice rurale.

RUREMONDE, (Géog. mod.) ville des Pays-bas dans la Gueldre, au comluent de la Roër & de la Meuse, sur les confins de l’évêché de Liege & du duché de Juliers. Othon l’entoura de murs, & l’empereur Rodolphe lui donna en 1290, le privilege de battre monnoie. Son évêché fondé en 1559, est suffragant de Malines. La cathédrale est la seule paroisse de la ville, mais les communautés religieuses y sont nombreuses, & les Jésuites y ont un college. Cette ville fut en partie brûlée par une incendie qu’elle essuya en 1665. Elle a été souvent prise & reprise pendant les guerres ; mais elle appartient à la maison d’Autriche depuis 1719, & est gouvernée par des échevins. Long. 23. 34. lat. 51. 10.

Ruremonde compte entre les hommes de lettres qui lui font honneur, Murmel (Jean), & Mercator (Gérard.)

Le premier fleurissoit dans le xv. siecle. Il se distingua par les soins qu’il prit, & les ouvrages qu’il mit au jour, pour faire renaître les Belles-lettres dans un siecle d’ignorance & de barbarie, du-moins par rapport à son pays. Il mourut en 1517.

Mercator s’est montré un des plus célebres géographes de son tems. Il naquit en 1512, & mourut en 1594, à 83 ans. L’empereur Charles V. eut pour lui une estime particuliere ; & le duc de Juliers le fit son cosmographe. Il gravoit lui-même ses cartes, & les enluminoit. Il travailla à l’Atlas de Josse Hondius, & l’on a de lui une chronologie, des tables géographiques, & un grand nombre d’autres ouvrages. (D. J.)

Ruremonde, quartier de, (Géog. mod.) on appelle quartier de Ruremonde, ou la haute-Gueldre, une des quatre parties du duché de Gueldre. Il s’étend le long de la Meuse entre le duché de Cleves au septentrion, celui de Juliers au midi, l’électorat de Cologne à l’orient, & le Brabant avec l’évêché de Liege à l’occident. Il comprend Ruremonde qui appartient à l’empereur ; Venlo aux Etats-généraux ; Gelre, Wachtendonk & Stralen, au roi de Prusse. (D. J.)

RUSCINO, (Géogr. anc.) ville dont la riviere de Tet, que Strabon nomme Ruscino comme la ville, baignoit les murs. La ville de Ruscino dont parle Pli-