Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/459

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échauffante du Pere, avoit ensuite été communiquée aux apôtres.

Cette hérésie trouva des partisans parmi les évêques en Afrique, en Asie, & jusqu’à Rome ; mais elle fut condamnée en 319 dans le concile d’Alexandrie ; elle étoit au fond la même que celle de Praxeas, aussi donna-t-on aux Sabelliens en Occident le nom de Patripassiens ou Patropassiens. Voyez Patripassiens.

Les Sociniens ont renouvellé dans ces derniers siecles, le sabellianisme, en ne reconnoissant le S. Esprit que comme une vertu, ou une efficace de la divinité. Voyez Sociniens.

SABIA, (Géog. mod.) nom d’un royaume & d’une riviere de la Cafrerie en Afrique. On ne connoît ni port, ni ville dans ce royaume. La riviere de Sabia le baigne au nord & au sud. Elle a sa source vers le 47. degré de longitude, & un peu au-delà du 21. degré de latitude méridionale. Son cours est d’occident en orient, & peut avoir 40 lieues de longueur. (D. J.)

SABIISME, (Relig. orient. mod.) religion des anciens Sabéens, appellés aujourd’hui Sabis, Sabaïtes, Mandaïtes ou les chrétiens de S. Jean. Voyez sur leurs prédécesseurs l’article Sabaïsme.

Les mahométans de la secte d’Ali répandus dans la Perse paroissent l’occuper toute entiere ; cependant il se trouve encore entre ces peuples deux religions fort anciennes.

1°. Celle des Guebres ou Parsis qui sont les adorateurs du feu, les successeurs des mages, les disciples du fameux Zerdascht ou Zoroastre.

2°. Celle des Sabiens ou Mandaïtes, que l’on nomme ordinairement les chrétiens de S. Jean, mais qui de l’aveu de tous les voyageurs ne sont ni juifs, ni chrétiens, ni mahométans. On dit au reste qu’ils regardent S. Jean-Baptiste comme un de leurs prophetes.

Ces deux sortes de sectaires se donnent une origine très-ancienne, se vantent aussi d’avoir des livres de la premiere antiquité.

Les Parsis prétendent posséder ceux de Zoroastre, le Zend, le Pazend, l’Ousta, & ils ont le Sadder pour leur canon ecclésiastique.

Les Sabiens, selon M. Simon, hist. crit. liv. I. ont le Sidra laadam ou la révélation adressée à Adam lui-même, les livres de Seth & ceux de quelques autres patriarches.

Eutychès, patriarche d’Alexandrie, donne pour auteur du Sabiisme Zoroastre, qui l’est certainement du Magisme ; & ce qui prouveroit qu’il avoit là-dessus quelques traditions, c’est qu’il indique par son nom jusqu’au premier grand-prêtre de la secte. Selon M. Prideaux, les Mages & les Sabiens étoient très-distingués sous les rois de Perse d’après Cyrus.

Nous apprenons de R. Moïse, fils de Maimon ou de Rambam, de plusieurs passages du thalmud, des commentateurs juifs, de la plûpart des écrivains orientaux soit chrétiens, soit mahométans, qu’Abraham avoit été élevé dans le Sabiisme. Le passage de Josué sur l’idolâtrie de Tharé est un texte irréfragable : la ville de Charan où ce patriarche, en quittant celle de Our, alla faire sa demeure, étoit dès-lors & a toujours été même jusqu’aux derniers tems le siege principal du Sabiisme. Bâtie, dit Abulfaradge, par Caïnan, fils Arphaxad, (mettons Arphaxad lui-même, puisque ce Caïnan est intrus), & illustrée par les observations astronomiques qu’il y fit, ses habitans se porterent d’eux-mêmes à lui dresser des simulacres, & de-là le culte des astres & des statues ; des astres comme d’êtres à la vérité subordonnés, mais médiateurs entre Dieu & les hommes ; des statues comme représentant ces astres en leur absence, par exemple, la lune lorsqu’elle ne paroît plus sur l’horison, les


grands hommes lorsqu’ils ne sont plus ou après leur mort.

Voici ce qui dans tous les tems a distingué plus particulierement le Sabiisme : 1°. la connoissance des astres : 2°. l’art de juger par le cours des astres de tous les événemens : 3°. la science des talismans, l’apparition des génies, les enchantemens & les sorts.

Simulacres, arbres dévoués, bois sacrés, temples, fêtes, hiérarchie réglée, adoration, priere, croyance, idée de métempsycose, les Sabiens avoient toutes ces marques de religion intérieures & extérieures ; Corra, astronome sabien illustre, soutenoit encore par des écrits publics, il y a quelques siecles, que toutes ces pratiques leur venoient des anciens Chaldéens.

D’un autre côté, les mathématiciens qui les gouvernoient se livroient à toutes les idées que leur imagination leur présentoit : chacun selon ses calculs & ses systèmes, ils se forgoient des dogmes ou rejettoient ceux des autres. Par exemple, selon quelques-uns, la résurrection devoit se faire au bout de 9000 ans, parce qu’ils fixoient à 9000 ans le tour entier de tous les orbes célestes. D’autres plus subtils vouloient une résurrection parfaite & totale, c’est à dire de tous les animaux, de toutes les plantes, de toute la nature ; cela étant, ils ne l’attendoient qu’au bout de 36426 ans.

Enfin plusieurs d’entre eux soutenoient dans le monde ou dans les mondes une espece d’éternité, pendant laquelle tour-à-tour ces mondes étoient détruits & refaits.

Cette secte obligée par sa propre constitution à observer le cours des astres, a produit plusieurs philosophes, & sur-tout plusieurs astronomes du premier ordre.

Mahomet. Alcoran, sura ou chap. ij. a mis le Sabiisme au rang des religions révélées ; mais comme par-là il a embarrassé les docteurs du Musulmanisme, parce qu’enfin en examinant le Sabiisme de près, ils y ont vu des opinions superstitieuses & ridicules, il ne doit pas être surprenant que ce soit à eux que l’on renvoye pour une connoissance plus intime du Sabiisme. Ainsi après Maimonides, Juda Hallevi & quelques autres espagnols, il faudroit encore consulter Scharestani, Beydawi, Ibn Gannan, Ibn Nedun, Kessai, & parmi nos auteurs Golius, d’Herbelot, Hottinger, & quelques autres.

Il faut observer que si l’on n’a pas une notion raisonnable de cette secte & de ses pratiques, quoiqu’absurdes la plûpart, il y a dans Moïse, & en général dans l’Ecriture plusieurs passages que l’on n’entendra jamais.

Nous parlerons maintenant de l’étendue du Sabiisme : Maimonides & Ephodi, & R. Schem Tob ses commentateurs ont envisagé presque toute l’idolâtrie comme une suite des idées sabiennes, & par-là ils y ont enveloppé nécessairement les cultes de toute la terre. Eutychius avoit la même idée, puisqu’après avoir pris le Sabiisme en Chaldée, de-là, dit-il, il est passé en Egypte, de l’Egypte il fut porté chez les Francs, c’est-à dire en Europe, d’où il s’étendit dans tous les ports de la Méditerranée. Et comme le culte du soleil & des étoiles, la vénération des ancêtres, l’érection des statues, la consécration des arbres constituerent d’abord l’essence du Sabiisme ; cette espece de religion, toute bisarre qu’elle est, se trouva assez vîte répandue dans toutes les parties du monde alors connu, jusqu’à l’Inde & jusqu’à la Chine ; de sorte même que ces vastes empires ont toujours été pleins de statues adorées, & ont toujours donné la créance la plus folle aux visions de l’astrologie judiciaire, preuve incontestable de Sabiisme, puisque c’en est le fond & le premier dogme ; la conclusion est simple que soit par tradition, soit