Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/48

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cependant qu’il convient de le chercher par préférence dans le fœtus, où elles sont fort grosses, de même que les organes qui ne servent pas dans l’adulte.

Au reste, les anatomistes conviennent qu’il y a dans les capsules rénales, contre la membrane qui vient du péritoine, & une certaine quantité de graisse qui les entoure, & une autre tunique propre très fine, une surface externe faite de petits grains jaunes, lâches, comme friables, joints entr’eux par un tissu cellulaire. L’interne ressemble à la structure veloutée des intestins, elle est toute polie, d’un jaune tirant sur le rouge, & Malpighi la nomme muqueuse. Ensuite vient cette cavité découverte par Bartholin, affaissée, réunie par de fines cellulosités, dans laquelle il se trouve une liqueur tantôt rougeâtre, tantôt d’un jaune foncé, mais qui n’ayant point d’amertume, ne mérite pas le nom d’atrabile. (D. J.)

Reins du cheval, (Maréchal.) ils commencent vers le milieu du dos jusqu’à la croupe. Les reins si bien faits sont ceux qui s’élevent un peu en dos d’âne ; lorsqu’ils s’élevent trop, on dit que le cheval est bossu. Une autre bonne qualité du cheval, c’est d’avoir les reins larges, ce qu’on appelle le rein double ; les reins courts sont un signe de force. Les mauvaises qualités des reins sont d’être longs & bas, ce qui fait donner au cheval le nom d’ensellé. On entend en disant qu’un cheval a du rein, que la force de ses reins se fait sentir au trot & au galop aux reins du cavalier.

Reins, (Critique sacrée.) le Lévitique, ch viij. 25. ordonne au sacrificateur de brûler cette partie de la victime sur l’autel. Ce mot se prend au figuré dans l’Ecriture, 1° pour la source de la génération ; 2° pour la force, la vigueur du corps, Nah. ij. 10. 3° pour les passions & les affections de l’ame, Ps. xv. 7. 4° pour l’amemême. Dieu sonde les cœurs & les reins, Jérém. vij. 17. (D. J.)

Reins, pierre des, (Hist. nat.) lapis renalis, nom donné par quelques auteurs à la géode ou pierre d’aigle, à cause qu’elle renferme un noyau semblable à un rein.

Reins de voûte, (Coupe des pierres.) c’est la partie vuide ou pleine, qui est entre la moitié de l’extrados d’un arc, & le prolongement du pié droit jusqu’au niveau du sommet de la voûte. Les reins des voûtes gothiques sont vuides.

REINE, s. f. (Gram. H st. mod.) femme souveraine qui possede une couronne de son chef, & par droit de succession. En ce sens nous n’avons point de reine en France, où la couronne ne tombe point en quenouille, c’est-à-dire où les filles & parentes de roi ne sont point admises à leur succéder.

Reine signifie aussi la femme d’un roi, & c’est dans ce sens qu’on dit une reine de France. Dans les autres royaumes, comme en Angleterre, en Hongrie, &c. pour distinguer une princesse qui est reine de son chef d’avec celle qui n’est que l’épouse d’un roi, on l’appelle reine regnante. Celle-ci est souveraine même du roi son époux dans ses états, au lieu que la reine dans le second sens, c’est-à-dire l’épouse du roi, est seulement sa premiere sujette.

On appelle la veuve du roi reine douairiere, & reine-mere, si son fils est sur le trône.

Il se leve en France un impôt affecté à l’entretien de la maison de la reine. Voyez au mot Ceinture de la reine.

Reine du ciel, (Hist. des Héb.) c’est le nom que les Hébreux prévaricateurs & idolâtres donnoient à la lune, à laquelle ils rendoient un culte superstitieux.

Il en est parlé dans plusieurs endroits de l’Ecriture, & entr’autres dans Jérémie, c. vij. vers. 18. « les enfans amassent le bois, dit ce prophete, les peres allument le feu, & les femmes mêlent de la graisse


avec la farine, pour faire des gâteaux à la reine du ciel ». Le P. Calmet croit que c’est la même divinité qui est nommée Meni dans le texte hébreu d’Isaïe, c. lxv. vers. 11. & que ce n’étoit autre chose que la Lune, Astarté, Trivia, Hécaté, Diane, Vénus la céleste, Isis, selon les différentes superstitions des peuples. On lui dressoit des autels sur les plateformes qui servoient de toîts aux maisons, au coin des rues, auprès des portes & dans les bois de haute-futaye. On lui offrit des gâteaux paîtris avec de l’huile ou avec du miel, & on lui faisoit des libations avec du vin ou avec d’autres liqueurs. Les rabbins croient qu’on imprimoit sur ces gâteaux la forme d’une étoile ou d’un croissant. Calmet, dict. de la Bible.

Reine pédauque, (Sculpt. gothiq.) nom barbare d’une figure que l’on voit au portail de quelques églises.

On compte en France quatre églises anciennes au portail desquelles on voit avec d’autres figures celle d’une reine, dont l’un des piés finit en forme de pié d’oie. Ces églises sont celles du prieuré de S. Pourçain en Auvergne, de l’abbaye de S. Bénigne de Dijon, de l’abbaye de Nesle transférée à Villenauxe en Champagne, & de S. Pierre de Nevers. Il peut y en avoir quelques autres semblables, soit dans le royaume, soit ailleurs ; mais M. l’abbé Lebeuf, auteur d’un mémoire lu à l’académie des Inscriptions en 1751, & dont nous allons donner un précis, ne connoît & n’a vu que les quatre que nous venons de nommer.

Dans ce mémoire l’auteur observe d’abord que jusques vers le milieu du dernier siecle aucun écrivain n’avoit ou remarqué, ou daigné relever cette singularité. Le P. Mabillon est un des premiers qui paroisse y avoir fait attention, & ce savant religieux a pensé que la reine au pié d’oie, qui des deux mots latins pes ancæ (car anca dans la basse latinité signifie une oie) a été nommée reine pédauque, pourroit être Ste Clotilde ; mais ne trouvant rien dans les monumens historiques qui donne lieu de juger que Clotilde ait eû le défaut corporel qu’indique la statue, il conjectura que ce devoit être un emblème employé par les Sculpteurs pour marquer la prudence de cette princesse. Les oies du capitole ont en effet acquis à leur espece le privilege d’être regardées comme le symbole de la vigilance.

Quelques remarques sur les quatre églises qu’on vient de nommer ont fait sentir l’insuffisance de la conjecture du P. Mabillon. Le P. Monfaucon son confrere qui l’a très-bien connue, n’a cependant pas levé la difficulté. Puis je me flatter, dit M. l’abbé Lebeuf, d’être plus heureux que ces deux savans hommes, en prenant une autre route que celle qu’ils ont suivie, c’est-à-dire en cherchant la reine pédauque ailleurs que parmi les princesses de notre monarchie.

Deux passages, l’un de Rabelais, l’autre des contes d’Eutrapel imprimés en 1587, semblent nous dire que c’est à Toulouse qu’il faut la chercher. Le premier, en parlant de certaines personnes qui avoient le pié large : elles étoient, dit-il, largement pattées comme sont les oies, & comme jadis à Toulouse les portoit la reine pédauque. Le second nous apprend que de son tems on juroit à Toulouse par la quenouille de la reine pédauque.

Ces deux écrivains parloient ainsi d’après les traditions toulousaines, qui devoient avoir déja quelque ancienneté du tems de Nicolas Bertrand, auteur d’une histoire latine de Toulouse, imprimée en 1515. Bertrand raconte que le roi à qui Toulouse obéissoit, lorsque S. Martial y vint prêcher l’Evangile, avoit une fille dangereusement malade qui fut guérie & baptisée par le saint évêque ; que ce roi, qu’il nomme Marcel, prévoyant que sa fille succéderoit à sa couronne, lui fit bâtir dans le quartier dit à présent la Peyralade, un magnifique palais, où il y avoit une