Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/501

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sol de 40 deniers ; mais je crois que les monnoies dont il est fait mention dans les lois de Thierri, étoient particulieres aux Allemands ; car il en est souvent parlé dans les titres, dans les lois & dans les ordonnances des empereurs qui ont regné en Allemagne. (D. J.)

SAIGNÉE, s. f. (Médecine thérapeutique.) la saignée est une ouverture faite à un vaisseau sanguin, pour en tirer le fluide qui y est contenu. C’est un des plus grands & des plus prompts moyens de guérison que la Médecine connoisse.

Le vaisseau ouvert est artériel ou veineux, d’où nait la division de la saignée, en artériotomie & en phlébotomie. Voyez ces deux mots.

On verra ci-après la maniere de pratiquer cette opération, nous allons en examiner l’histoire, les effets & l’usage.

Histoire de la saignée. Laissant à part l’origine fabuleuse que Pline attribue à la saignée, dont il dit qu’on est redevable à l’instinct de l’hypopotame, qui se frottoit les jambes contre les joncs du Nil, pour en faire sortir le sang ; nous dirons que les hommes durent appercevoir de bonne heure les avantages que procuroient les hémorragies excitées par les efforts critiques de la nature, ou même occasionnées par des plaies accidentelles ; qu’il a dû nécessairement tomber dans leur idée d’imiter la nature ou le hasard, dans les cas qui leur paroîtroient semblables. La saignée a donc été un des premiers secours que tous les peuples ont mis en usage contre les maladies.

Le premier exemple que nous en ayons, remonte à la guerre de Troye. Podalire en revenant, fut jetté sur les côtes de Carie, où il guérit Syrna, fille du roi Damaethus, tombée du haut d’une maison, en la saignant des deux bras ; elle l’épousa en reconnoissance. Ce trait conservé par Etienne de Byzance, est le seul que nous trouvions avant Hippocrate, qui vivoit environ 700 ans après la prise de Troyes.

Ce pere de la Médecine parle souvent de la saignée, & d’une maniere qui fait connoître que depuis très-longtems on la pratiquoit non-seulement sur la plûpart des veines, mais encore sur quelques arteres. Dans l’opinion où il étoit que chaque veine correspondoit à un viscere différent, il en faisoit un très grand choix : cependant en général, il ouvroit la plus voisine du mal. Ce principe le déterminoit à ouvrir les veines supérieures dans les maladies au-dessus du foie ; & les inférieures dans les maladies qui avoient leur siege au-dessous. Il le conduisoit à saigner sous la langue & sous les mameles dans l’esquinancie ; les veines du front & du nez, dans les douleurs de tête & les vertiges ; la basilique du côté malade dans la pleurésie. Il laissoit couler le sang jusqu’à ce qu’il changeât de couleur. Il craignoit d’autant plus la saignée dans les femmes grosses, qu’elles étoient plus avancées. Le printems lui paroissoit la saison la plus favorable pour cette opération. Il croyoit que la saignée faite derriere les oreilles rendoit les hommes inféconds. Il la prescrit dans les grandes douleurs, l’épilepsie, les inflammations, les fievres aigues véhémentes, quand l’âge & les forces le permettent. Lorsque tout concouroit à la conseiller, il attendoit une légere défaillance pour fermer la veine. Il n’en parle nulle part contre les hémorragies ; il paroît par les épidémiques qu’il en faisoit très-peu d’usage.

En recherchant dans tous les ouvrages attribués à Hippocrate, ce qu’il est dit sur la saignée, & dont on s’est servi pour soutenir les plus grossieres erreurs ; on lit dans le livre des affections que la saignée est utile contre l’hydropisie. Mais lorsqu’on s’en tient à ceux qui sont reconnus pour légitimes, on voit une


liaison dans tous les principes, dans les conséquences, qui met le sceau à sa gloire. C’est dans ces livres que nous avons puisé l’extrait que nous venons d’en donner.

Dioclès de Caryste, chef de la secte dogmatique, qui mérite le titre de second Hippocrate, suivit à-peu-près les maximes de ce grand homme. Il faisoit usage de la saignée, au rapport de Cælius Aurélianus, dans les inflammations de la poitrine, de la gorge & du bas-ventre, dans les hémorragies, l’épilepsie, la phrénésie ; pourvu que ce fût avant le sept ou huitieme jour, que le sujet fût jeune & robuste, & que l’ivresse n’en fût pas cause. On sera cependant surpris de voir qu’il la prescrivoit contre les skirrhes du foie, & pour guérir ceux que Cælius appelle lieneux, dont les symptomes ne nous paroissent point différer de ceux du scorbut.

Chrysipe, médecin de Gnide, voulant se frayer une nouvelle route qui pût illustrer son nom, chercha à renverser ce que l’autorité & l’expérience des siecles précédens avoient appris en faveur de la saignée. Il soutint ses maximes par une éloquence toujours séduisante pour le peuple ; il forma des disciples qui précherent la même doctrine, entre lesquels on doit donner le premier rang à Erasistrate. Ce médecin, fameux par la guérison d’Antiochus, & par les découvertes qu’il fit en anatomie, proscrivoit la saignée de sa pratique (si on excepte les hémorragies), dans le cas même, où de tout tems on s’en étoit fait une loi. Il y suppléoit par les ligatures des extrémités, la sévérité de la diete, & un grand nombre de relâchans & d’évacuans par les selles, ou par le vomissement. On connoît peu la pratique d’Hérophile son contemporain, & son émule en anatomie ; mais on sait que ses principes poussés trop loin, porterent Sérapion & Philinus à croire que l’expérience seule devoit être la regle des médecins. Ils devinrent par-là les chefs de la secte des empiriques, qui saignoient leurs malades dans le cas d’inflammation, spécialement dans celle de la gorge. Ils étoient cependant en général avares de sang ; aussi avoient-ils succédé à Chrysippe & à Erasistrate. Héraclide Tarentin, le plus recommandable des empiriques, s’éloigna encore plus que les précédens du sentiment des fondateurs de sa secte ; non-seulement il faisoit saigner les épileptiques, les cynanciques, les phrénétiques, &c. mais encore les gouteux, & ceux qui étoient en syncope (les cardiaques), ce que nous qui ne sommes attachés à aucune secte n’oserions faire. On voit par-là que la prétendue expérience peut conduire dans des excès bien opposés.

Les erreurs d’Asclépiade, qui exerça la médecine à Rome avec un succès exagéré, furent encore plus grandes au sujet de la saignée. Ce médecin ne suivoit d’autre regle pour tirer du sang, que la douleur, les convulsions & les hémorragies. Il s’interdisoit la saignée dans la phrénésie & la péripneumonie, lorsqu’il ne trouvoit que des douleurs foibles. En revanche, il la pratiquoit, à l’imitation d’Héraclide, dans ceux qui étoient en syncope. Il observa que la saignée étoit plus avantageuse contre la pleurésie dans l’Hellespont & l’île de Paros, qu’à Rome & à Athènes. Ses principes conduisirent Thémison son disciple à être le chef de sa secte des méthodiques. Ce médecin fatigué, sans doute, de la multitude des causes de maladie, des remedes que les dogmatiques & les empiriques mettoient en pratique, voulut reduire la médecine à une simplicité plus dangereuse que vraie. Toutes les maladies furent divisées en trois classes ; celles du genre resserré, celles du genre relâché, & celle du genre moyen. Il n’existoit point selon eux, de maladies de fluides. Les solides seuls par leur relâchement ou leur resserrement, produisoient toutes les maladies. Le siege faisoit la diffé-