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nom de sainteté à quelques rois d’Angleterre, & que les orientaux l’ont souvent refusé au pape.

SAINTEUR, s. m. (Droit coutumier.) vieux mot qui se trouve dans la coutume d’Haynault, ch. xxiij. où il est traité du rachat de servage, pour lequel est dûe quelque redevance à celui par lequel la personne a été affranchie. Un sainteur ou saintier étoit un serf d’église, un oblat, un homme qui par dévotion s’étoit fait serf d’un saint ou d’une sainte, patrons de cette église. Pour cet effet le sainteur se passoit la corde des cloches au cou, & mettoit sur sa tête, & quelquefois sur l’autel, quelques deniers de chevage ; voilà une idée folle, & qui tient bien de la barbarie des anciens tems. Comme les servitudes étoient différentes, dit M. de Lauriere, tous ceux qui étoient sainteurs ou saintiers des églises n’étoient pas serfs mainmortables & mor-taillables, ni hommes de corps.

SAINT-GRAAL, (Hist. des pierres précieuses. Litholog.) vase précieux fait, à ce qu’on dit, d’une seule émeraude. On a béni & sanctifié ce vase sous le nom ridicule de saint-Graal. Les chanoines de l’église cathédrale de Genes en sont les dépositaires. Durant le séjour que Louis XII. fit à Gènes, l’an 1502, les chanoines le lui firent voir.

Ce vase s’est toujours conservé dans le trésor de la métropole. Il est taillé en forme de plat d’un exagone régulier. Il a sept pouces de chaque côté, quatorze pouces de diametre, trois pouces & demi de creux, trois lignes d’épaisseur. On voit au-dessous du vase deux anses taillées dans la même pierre, & qui ont chacune trois pouces & demi de long, cinq lignes de diametre. Le vase pese un marc & demi ou douze onces.

La couleur de cette pierre est, au jour, d’un verd qui surpasse celui des autres émeraudes. A la lumiere des flambeaux, elle est transparente, nette & brillante ; on voit sur une de ses anses une entaille faite par un lapidaire, en présence de l’empereur Charles V. qui fut convaincu par cette épreuve, que c’étoit une vraie émeraude ; mais il est fort permis d’en douter.

Ce vase fut trouvé, disent les Génois, à la prise de Césarée. Les alliés partagerent le butin ; les Vénitiens s’emparerent de l’argent ; les Genois se contenterent de cette pierre. On lit dans un manuscrit de la métropole, que c’est le plat dans lequel Jesus-Christ mangea l’agneau pascal à la derniere cêne qu’il fit avec ses apôtres. La tradition de la république veut que ce soit le plat où fut présentée la tête de S. Jean-Baptiste.

Ces traditions ne demandent pas une réfutation sérieuse ; mais cette émeraude, si elle étoit vraie, seroit une piece singuliere. On ne la montre, pour le persuader au public, qu’avec de grandes formalités. Un prêtre en surplis & avec l’étole prend le vase, ayant passé au cou un cordon dont chaque bout est noué à chacune des anses. On ne la montre encore qu’aux personnes de distinction, & par un decret du sénat.

M. le chevalier de Cresnay, lieutenant général des armées navales, qui conduisit à Genes, par ordre du roi, madame infante, duchesse de Parme, sur la fin de l’année 1753, demanda à voir ce vase, & le vit avec tous les officiers de son escadre. M. de la Condamine l’a examiné de son côté, & en a parlé dans un mémoire qu’il a lu à l’académie des Sciences. (D. J.)

SAINT LOUIS, ordre de, (Hist. mod.) ordre de chevalerie en France, créé en 1693 par le roi Louis le Grand, pour honorer la valeur de ses officiers militaires. Le roi en est le grand-maître ; & par l’édit de création, il a sous lui 8 grands croix, 24 commandeurs, & les autres simples chevaliers. Mais en 1719, le roi actuellement régnant, rendit un autre édit portant confirmation de l’ordre, création


d’officiers pour en administrer les affaires, augmentation de deux grands croix, de cinq commandeurs & de cinquante-trois pensions, nombre au reste qui n’est pas tellement fixe qu’il ne puisse être augmenté à la volonté du roi, puisqu’en 1740, on comptoit quatorze grands croix, & quarante-quatre commandeurs. Les maréchaux de France, l’amiral & le général des galeres sont chevaliers nés. Pour y être admis, il faut avoir servi dix ans en qualité d’officier, & faire profession de la religion catholique, apostolique & romaine ; cependant le tems du service n’est pas une regle si invariable qu’elle n’ait ses exceptions, le roi accordant quelquefois la croix à un jeune officier qui se sera distingué par quelque action extraordinaire de valeur.

L’ordre a 300000 livres de rente annuelle, qui sont distribuées en pensions de 6000 livres à chacun des grands-croix ; de 4000 & de 3000 livres aux commandeurs ; de 200 livres à un certain nombre de chevaliers ; & ensuite depuis 1500 jusqu’à 800 livres à un grand nombre de chevaliers & aux officiers de l’ordre, ou par rang d’ancienneté, ou à titre de mérite, & sous le bon plaisir du roi. Ces fonds sont assignés sur l’excédent du revenu attaché à l’hôtel royal des invalides à Paris.

La croix de l’ordre est émaillée de blanc, cantonnée de fleurs-de-lis d’or, chargée d’un côté, dans le milieu, d’un saint Louis cuirassé d’or & couvert de son manteau royal, tenant de sa droite une couronne de laurier, & de la gauche une couronne d’épines & les cloux, en champ de gueules, entourée d’une bordure d’azur, avec ces lettres en or, Ludovicus magnus instituit 1693 ; & de l’autre côté, pour devise, une épée nue flamboyante, la pointe passée dans une couronne de laurier, liée de l’écharpe blanche, aussi en champ de gueules bordée d’azur comme l’autre, & pour legende ces mots : Bellicæ virtutis præmium. Les grands-croix la portent attachée à un ruban large couleur de feu passé en baudrier, & ont une croix en broderie d’or sur le just-au corps & sur le manteau. Les commandeurs ont le ruban en écharpe, mais non la croix brodée, & les chevaliers portent la croix attachée à la boutonniere avec un ruban couleur de feu. Leur nombre n’est pas limité ; on en compte aujourd’hui plus de quatre mille.

Par édit de Louis XIV. donné au mois de Mars 1694, il est statué que « tous ceux qui seront admis dans cet ordre, pourront faire peindre ou graver dans leurs armoiries ces ornemens : savoir, les grands-croix, l’écusson accollé sur une croix d’or à huit pointes boutonnées par les bouts, & un ruban large couleur de feu au-tour du dit écusson, avec ces mots, Bellicæ virtutis præmium, écrits sur ledit ruban, auquel sera attachée la croix dudit ordre ; les commandeurs de même, à la reserve de la croix sous l’écusson ; & quant aux simples chevaliers, il leur est permis de faire peindre ou graver au bas de leur écusson une croix dudit ordre attachée d’un petit ruban noué aussi de couleur de feu ».

SAINTOIS, le, (Géog. mod.) petit pays de France, dans le diocèse de Toul en Lorraine, entre le Toulois & le Chaumontois. Ce petit pays est appellé dans les titres Segontensis pagus, ou comitatus Segintensis. Frédegaire parle d’un de ses comtes, & il y en eut d’autres que celui-là. Le Saintois changea son nom en celui de Vaudemont sur la fin du xj. siecle, & l’empereur l’érigea en comté, séparé du duché de Lorraine ; mais il y a été réuni par le duc René, l’an 1473. (D. J.)

SAINTONGE, la, (Géog. mod.) province de France bornée au nord par le Poitou & l’Aunis, au midi par le Bourdelois, au levant par l’Angoumois & le Périgord, au couchant par l’Océan. Elle a en-