Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/57

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sujet de la proposition, m’a fait conjecturer que le mot hébreu n’est en effet qu’une conjonction, que c’est pour cela qu’il est essentiellement indéclinable, & que ce que les Grecs, les Latins, & tant d’autres peuples expriment en un seul mot conjonctif & démonstratif tout-à-la-fois, les Hébreux l’expriment en deux mots, la conjonction dans l’un, & l’idée démonstrative dans l’autre : je trouve en effet que Masclef compte parmi les conjonctions causales אשר, qu’il traduit par quod ; cette découverte me donne de la hardiesse, & je crois que cette conjonction est indéfinie, & peut se rendre tantôt d’une maniere, & tantôt de l’autre, précisément comme celle du qui, quæ, quod des Latins. Ainsi je ne traduirois point le texte hébreux par pulvis quem projicit eum ventus, mais par pulvis, & projicit ou quoniam projicit eum ventus ; & le pulvis quem projicit ventus de la vulgate en est, sous la forme autorisée en latin, une autre traduction littérale & fidele. De même le passage de saint Pierre, pour répondre fidelement à l’hébraïsme, auroit dû être καὶ τῷ μώλωπι αὐτοῦ ἰάθητε, cujus livore ejus sanati estis ; ou bien en réduisant à un même mot la conjonction & l’adjectif démonstratif οὗ τῷ μώλωπι ἰάθητε, cujus livore sanati estis : le texte grec ne présente le pléonasme, que parce que le traducteur n’avoit pas saisi le vrai sens de l’hébreu, ni connu la nature intrinseque du prétendu pronom relatif hébraïque. Si les Hébreux ne font pas usage de l’adjectif démonstratif dans le cas où il est sujet, c’est que la terminaison du verbe le désigne assez.

Pour ce qui est des exemples tirés immédiatement du latin, comme la même explication ne peut pas y avoir lieu, il faut prononcer hardiment qu’il y a périssologie. On cite cet exemple de Tite-Live : ut in tusculanos animadverteretur, quorum eorum ope ac consilio Veliterni populo romano bellum fecissent ; qu’y a-t-il de mieux que d’adopter la correction proposée de quòd ou de quoniam au lieu de quorum, ou la suppression d’eorum ? On ne peut pas plus rejetter en Grammaire qu’ailleurs, le principe nécessaire de l’immutabilité des natures. L’adjectif que l’on nomme communément pronom relatif, est, dans toutes les langues qui le déclinent, adjectif démonstratif & conjonctif ; & l’usage, dans aucune, ne peut le dépouiller en quelques cas de l’idée démonstrative, pour ne lui laisser que l’effet conjonctif, parce qu’une conjonction déclinable est un phénomene impossible.

Le grammairien de P. R. se trompe donc encore dans la maniere dont il interprete le quòd de cette phrase de Ciceron, Non tibi objicio quod hominem spoliasti. « Pour moi, dit-il, je crois que c’est le relatif, qui a toujours rapport à un antécédent, mais qui est dépouillé de son usage de pronom ; n’enfermant rien dans sa signification qui fasse partie ou du sujet ou de l’attribut de la proposition incidente, & retenant seulement son second usage d’unir la proposition où il se trouve, à une autre… car dans ce passage de Cicéron, Non tibi objicio quod hominem spoliasti ; ces derniers mots, hominem spoliasti, font une proposition parfaite, où le quòd qui la précede n’ajoute rien, & ne suppose aucun nom : mais tout ce qu’il fait est que cette même proposition où il est joint, ne fait plus partie que de la proposition entiere, Non tibi objicio quod hominem spoliasti ; au lieu que sans le quòd elle subsisteroit par elle-même, & feroit toute seule une proposition ». Le quòd dont il s’agit est dans cet exemple & dans tous les autres pareils, un vrai adjectif démonstratif & conjonctif, comme en toute occurrence ; & pour s’en assurer, il ne faut que faire la construction analytique du texte de Cicéron ; la voici : Non tibi objicio hoc crimen, quod crimen est tale, spoliasti hominem ; ce qui peut se décomposer ainsi : Non tibi objicio hoc crimen, et hoc crimen est tale,


spoliasti hominem. La proposition spoliasti hominem est un développement déterminatif de l’adjectif indéfini tale, & peut être envisagée comme ne faisant qu’un avec tale : mais quod fait partie du sujet dont l’attribut est est tale spoliasti hominem, & constitue par conséquent une partie de l’incidente. Voyez Incidente.

Le même auteur prétend au contraire qu’il y a des rencontres où cet adjectif ne conserve que sa signification démonstrative, & perd sa vertu conjonctive. « Par exemple, dit-il, Pline commence ainsi son panégyrique : Benè ac sapienter, P. C. majores instituerunt, ut rerum agendarum, ita discendi initium à precationibus capere, quòd nihil ritè, nihilque providenter homines, sine deorum immortalium ope, consilio, honore, auspicarentur. Qui mos, qui potiùs quàm consuli, aut quando magis usurpandus colendusque est ? Il est certain que ce qui commence plutôt une nouvelle période, qu’il ne joint celle-ci à la précédente ; d’où vient même qu’il est précédé d’un point : & c’est pourquoi en traduisant cela en françois, on ne mettroit jamais, laquelle coutume, mais cette coutume, commençant ainsi la seconde période : Et par qui cette coutume doit-elle être plutôt observée, que par un consul ? &c. »

Remarquez cependant que l’auteur de la Grammaire générale conserve lui-même la conjonction dans sa traduction : Et par qui cette coutume, ensorte qu’en disputant contre, il avoue assez clairement que le qui latin est la même chose que & is ; c’est une vérité qu’il sentoit sans la voir. Je crois pourtant que la conjonction est mal rendue par & dans cet exemple : il ne s’agit pas d’associer les deux propositions consécutives pour une même fin, & par conséquent la conjonction copulative y est déplacée : la premiere proposition est un principe de fait qui est général, & la seconde semble être une conclusion que l’on en déduit par cette sorte de raisonnement que les rhéteurs appellent à minori ad majus ; ainsi je croirois que la conjonction qui convient ici doit être la conclusive igitur (donc) ; qui mos, c’est-à-dire, igitur hic mos ; & en françois, pour ne pas trop m’écarter de la version de P. R. par qui donc cette coutume doit-elle être plutôt observée, que par un consul ? &c.

On ajoute que Cicéron est plein de semblables exemples ; on auroit pu dire la même chose de tous les bons auteurs latins. On cite celui-ci (Orat. V. in Verrem.) : Itaque alii cives romani, ne cognoscerentur, capitibus obvolutis à carcere ad palum atque ad necem rapiebantur : alii, cùm à multis civibus romanis recognoscerentur, ab omnibus defenderentur, securi feriebantur. Quorum ego de acerbissima morte, crudelissimoquæ cruciatu dicam, cùm eum locum tractare cæpero. Ce quorum, dit-on, se traduiroit en françois comme s’il y avoit de illorum morte. Je n’en crois rien, & je suis d’avis que qui le traduiroit de la sorte n’en rendroit pas toute l’énergie, & ôteroit l’ame du discours, puisqu’elle consiste sur-tout dans la liaison. Quelle est cette liaison ? Cicéron remettant à parler ailleurs de cet objet, semble par-là désapprouver le peu qu’il en a dit, ou du-moins s’opposer à l’attente qu’il a pu faire naître dans l’esprit des auditeurs : il faut donc, pour entrer dans ses vûes, décomposer le quorum par la conjonction adversative sed, & construire ainsi : Sed ego dicam de morte acerbissimâ atque de cruciatu crudelissimo illorum ce qui me paroît être d’une nécessité indispensable, & prouver que dans l’exemple en question quorum n’est pas dépouillé de sa vertu conjonctive, qu’en effet il ne perd nulle part.

Is (Neocles) uxorem Halicarnassiam civem duxit, ex quâ natus est Themistocles. Qui eum minùs esset probatus parentibus, quòd liberiùs vivèbat & rem familiarem negligebat, à patre exheredatus est. Quæ contumelia non fregit eum, sed erexit (Corn. Nep. in Themist.