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salut : la décoration souvent prophane ; les places retenues & payées ; des livres distribués comme au théâtre ; les entrevûes & les rendez-vous fréquens ; le murmure & les causeries étourdissantes ; quelqu’un monté sur une tribune qui y parle familierement, séchement, & sans autre zele que de rassembler le peuple, l’amuser jusqu’à ce qu’un orchestre & des voix qui concertent depuis long-tems se fassent entendre. Est-ce à moi, continue-t-il, à m’écrier que le zele de la maison du Seigneur me consume, & à tirer le voile leger qui couvre les mysteres, témoin d’une telle indécence ? Quoi ! parce qu’on ne danse pas encore aux T T, me forcera-t-on d’appeller tout ce spectacle office divin ? (D. J.)

Salut, le, à la guerre, ou parmi les troupes, est une marque de soumission & de respect, ou un honneur qu’elles rendent au souverain, aux princes & aux généraux.

Les gens de guerre, dit M. le maréchal de Puységur, dans son livre de l’art de la guerre, ne sauroient donner une plus grande marque de leur respect & de leur obéissance au roi, & à ceux qui le représentent dans les armées, quand ils sont à la tête des troupes, qu’en baissant les armes devant eux pour les saluer. Il ajoute, que le salut le plus simple est le plus noble pour des troupes.

L’ancien salut de la cavalerie consistoit à abaisser la pointe de l’épée devant celui qu’on saluoit, & à la relever ensuite. L’ordonnance du 22 Juin 1755, sur l’exercice de la cavalerie, établit un nouveau salut beaucoup plus composé que le précédent : il doit se faire en cinq tems, soit de pié ferme, ou en marchant.

« Au premier, lorsque la personne qu’on doit saluer sera à cinq pas de distance, on tournera le tranchant du sabre à gauche, prenant la poignée à pleine main, & étendant le pouce jusqu’à la garde, & on élévera le sabre tout de suite, perpendiculaire, la pointe en-haut, la garde à hauteur & à un pié de distance de la cravatte, le coude un demi-pié plus bas que le poignet.

» Au deuxieme, à trois pas de distance, on étendra le bras pour placer la main au-dessus du milieu de la poche de l’habit étant boutonné, & l’on baissera la pointe du sabre à la hauteur du poignet, observant que la lame soit parallele au corps du cheval.

» Au troisieme, à un pas de distance élevant un peu le poignet, & le tournant en-dehors. on baissera la pointe du sabre fort doucement, & autant qu’il sera possible, sans forcer le poignet, tenant toujours la lame parallele au corps du cheval, & l’on restera dans la même position jusqu’à ce que la personne que l’on salue soit éloignée de deux pas.

» Au quatrieme, baissant le pouce pour contenir la poignée, on relevera le sabre la pointe en-haut, le tenant perpendiculaire, la garde vis-à-vis & à six pouces de distance du teton droit, le coude à la hauteur du poignet.

» Au cinquieme, on portera le sabre à l’épaule, comme il est prescrit pour les cavaliers ».

Quand les officiers doivent saluer de pié ferme, ils le font l’un après l’autre, en observant de garder les distances ci-dessus indiquées ; de maniere que la pointe du sabre soit basse au moment du passage de la personne que l’on salue.

Le salut de l’étendard dont l’ordonnance du 22 Juin 1755 ne parle point, se fait en baissant la lame de l’étendard devant celui qu’on salue.

Si la simplicité du salut en fait la noblesse, comme le prétend M. le maréchal de Puységur, & comme il est difficile de ne pas en convenir, on peut juger aisément lequel des deux saluts précédens, savoir de l’ancien ou du nouveau, mérite la préférence. Comme la forme du salut n’est que de convention, & que la maniere d’y procéder est assez indifférente en elle


-même, nous ne ferons aucune observation particuliere sur ce sujet ; nous passerons au salut de l’infanterie, ou de l’esponton, auquel il est fort difficile de donner la même noblesse qu’avoit l’ancien salut de la cavalerie.

Pour le salut de l’esponton, lorsqu’il se fait de pié ferme, l’officier étant reposé sur cette arme, à la tête de sa troupe, doit faire le salut en quatre tems, suivant l’ordonnance du 14 Mai 1754.

« Au premier, il fera à droite, portant l’esponton de biais, le talon en-avant, élevé à deux piés de terre seulement, le bras tendu à la hauteur de l’épaule, & la main gauche empoignera l’esponton environ trois piés au-dessus du talon.

» Au deuxieme, la main droite quittant l’esponton, la gauche le sera tourner doucement jusqu’à ce que la lame soit baissée en avant près de terre, & que le talon vienne joindre la main droite, qui sera toujours à la hauteur de l’épaule.

» Au troisieme, il ramenera l’esponton dans la même situation où il étoit à la fin du premier tems.

» Au quatrieme, il se remettra par un à-gauche, comme il étoit avant de saluer.

» Il ôtera ensuite son chapeau de la main gauche, & ne le remettra que quand celui qui reçoit le salut l’aura dépassé de quelques pas.

» L’officier qui salue doit avoir attention de commencer les mouvemens assez à-tems pour que, lorsqu’il baissera la lame de l’esponton, la personne à laquelle il rend le salut soit encore éloignée de trois pas, afin que quand elle sera vis-à-vis de lui, il soit remis à sa place ».

Pour saluer de l’esponton en marchant, lorsque l’officier, portant l’esponton sur le bras gauche, sera environ à trente pas de la personne à qui le salut est dû, il portera l’esponton sur l’épaule droite en trois tems.

« Au premier, il empoignera l’esponton de la main droite à la hauteur de l’œil.

» Au deuxieme, il le portera devant lui sur la droite, le tenant perpendiculaire, le bras tendu en-avant.

» Au troisieme, il le mettra sur l’épaule droite, le tenant plat, le coude à la hauteur de l’épaule ».

L’officier qui fait ces mouvemens, doit avoir attention de s’éloigner de trois pas du rang, afin qu’en renversant l’esponton sur son épaule, la lame ne puisse pas blesser les soldats qui le suivent.

Il doit continuer à marcher dans cette position d’un pas égal, jusqu’à ce qu’il soit à neuf ou dix pas de la personne qui devra être saluée, & alors le salut se fera en six tems.

« Au premier, en avançant le pié gauche, & effaçant le corps comme si l’on faisoit à-droite sur le talon droit, on portera l’esponton devant soi, le tenant plat à la hauteur des épaules, la main gauche à trois piés du talon.

» Aux deuxieme & troisieme tems, en avançant successivement le pié droit & le pié gauche, on fera tourner l’esponton de la main gauche, comme il a été dit pour le salut de pié ferme, observant que l’esponton se trouve droit lorsque le pié droit arrivera à sa place, & que la lance soit près de terre lorsque le pié gauche arrivera à la sienne.

» Aux quatrieme & cinquieme tems, on fera les mouvemens contraires à ceux qui auront été faits aux deuxieme & troisieme, observant de même que l’esponton se trouve droit à la fin du pas qui sera fait du pié droit, & qu’il se trouve plat après qu’on y aura joint la main droite, le pié gauche arrivant à terre.

» Au sixieme tems, en avançant le pié droit, on remettra l’esponton sur l’épaule droite ; ensuite avançant le pié gauche on ôtera le chapeau que