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SATIO, (Geogr. anc.) ville de la Macédoine, selon Polybe, l. V. & Tite-Live, l. XVII. Le premier la place sur le bord du lac Lychnidus, & le second dit qu’elle devoit être rendue aux Athamanes ; ce qui a fait croire à quelques-uns que par Satio, Tite-Live & Polybe entendoient chacun une ville différente. (D. J.)

SATIRE MÉNIPPÉE, (Hist. lit. de France.) titre d’un ouvrage qui fit beaucoup de bruit du tems de la ligue sur la fin du seizieme siecle, & qui est toujours fort recherché par les curieux ; c’est ce qui m’engage d’en dire un mot à cause de la singularité.

L’ouvrage qui porte ce titre est composé de celui qu’on nomma plaisamment Catholicon d’Espagne, qui parut en 1593, & de l’abregé des états de la ligue, qui fut imprimé l’année suivante ; le tout fut appellé satire ménippée.

L’auteur de l’abregé chronol. de l’histoire de France nous apprend que M. le Roi, aumônier du jeune cardinal de Bourbon, & depuis chanoine de Rouen, fut seul l’auteur du catholicon. Pour l’abregé des états, plusieurs y travaillerent ; Passerat & Rapin, deux bons poëtes, en composerent les vers ; M. Gillot, conseiller au parlement de Paris, dont nous avons un éloge en latin de Calvin, fit la harangue du cardinal légat. Florent Chrétien, homme d’esprit, composa la harangue du cardinal Pellevé. On est redevable au savant Pierre Pithou de la harangue de M. Aubrai, qui est la meilleure de toutes ; & l’on doit encore à Rapin la harangue de l’archevêque de Lyon ; & celle du docteur Rose, grand-maître du college de Navarre, & évêque de Senlis. Peut-être que la satire ménippée ne fut guere moins utile à Henri IV. que la bataille d’Ivri, ou que l’Hudibras de Butler le fut à Charles II. roi d’Angleterre. Le ridicule a tant d’empire sur les hommes. Risus rerum sæpè maximarum momenta vertit, dit Quintilien. (D. J.)

SATISDATIO, (Jurispr. rom.) ce mot se prend dans la jurisprudence romaine pour une garantie, & quelquefois pour une simple promesse. Satisdare secundum mancipium, c’étoit rei mancipium, seu dominium præstare, répondre à l’acheteur qu’il ne seroit point troublé dans la possession de ce qu’il achetoit ; ce qui se faisoit communément nudâ repromissione, par une simple promesse, & cette promesse s’appelloit satisdatio dans le tems où l’on étoit obligé de donner caution ; cet usage changea dans la suite, & cependant on ne laissa pas de se servir toujours du même terme de satisdatio pour désigner la simple garantie du vendeur. (D. J.)

SATISFACTION, Contentement, (Gramm.) l’un de ces deux mots n’a point de pluriel, c’est celui de satisfaction ; & l’autre appliqué au monde désigne les plaisirs qui passent comme une ombre. L’auteur de la justesse de la langue, & M. l’abbé Girard, trouvent quelque différence entre ces deux mots ; selon eux la satisfaction est plus dans les passions, & le contentement dans le cœur : un homme inquiet, disent-ils, n’est jamais content ; un homme ambitieux n’est jamais satisfait. (D. J.)

Satisfaction, (Théolog.) satisfactio ; l’action de satisfaire, c’est-à-dire de réparer une injure ou de payer une dette.

Le terme de satisfaction dans sa signification naturelle, emporte avec soi l’une ou l’autre de ces idées. Un homme a contracté une dette, il la paye ; on dit qu’il a satisfait à son créancier. Une personne en offense une autre, ou l’outrage, soit de paroles, soit d’action ; elle répare ensuite cet outrage, soit par des excuses qu’elle fait à la personne lésée, soit par d’autres voies ; on dit également qu’elle a satisfait à celui qu’elle a outragé.

On distingue deux sortes de satisfaction ; l’une rigoureuse & proprement dite, l’autre non rigoureuse


& improprement dite. On définit la premiere une réparation proportionnée à l’injure qu’on a faite, ou le payement d’une somme égale à celle qu’on a empruntée : par satisfaction non rigoureuse & improprement dite, on entend une réparation disproportionnée à la grandeur de l’injure qu’on a faite, mais dont néanmoins se contente par pure bonté & par pure miséricorde, celui qui a été lésé ; ou le payement d’une somme non égale à celle qui a été empruntée, & dont le créancier se contente pour éteindre la dette de son débiteur.

La question de la satisfaction de Jesus-Christ pour le salut du genre humain, est une matiere des plus controversées entre les Catholiques & les Sociniens. Ces derniers conviennent que Jesus-Christ a satisfait à Dieu pour nous ; mais ils entendent qu’il n’a satisfait qu’improprement & métaphoriquement, en remplissant toutes les conditions qu’il s’étoit lui-même imposées pour opérer notre salut, & obtenant de Dieu pour nous une relaxation gratuite des dettes que nous avions contractées envers lui par le péché ; soit parce qu’il s’est imposé à lui-même des peines pour nous montrer ce que nous devons souffrir pour obtenir le pardon de nos crimes ; soit parce qu’il nous a indiqué par son exemple, par ses conseils, & par ses prédications, le chemin qu’il faut tenir pour arriver au ciel ; soit enfin parce qu’il nous a fait entendre par son sacrifice, qu’il falloit accepter la mort avec une résignation parfaite à la volonté de Dieu, en punition de nos péchés.

Les Sociniens avouent encore que Jesus-Christ est le sauveur du monde ; mais seulement par ses discours, ses conseils & ses exemples, & non par le mérite & l’efficace de sa mort ; & s’ils sont forcés de dire que Jesus-Christ est mort pour nous, ils entendent que c’est pour notre avantage & notre utilité, & nullement qu’il ait souffert la mort à la place des hommes coupables.

Pour détruire ces interprétations ou fausses ou insuffisantes, les Catholiques disent que Jesus-Christ a satisfait à Dieu proprement & rigoureusement en payant à son pere un prix non-seulement équivalent, mais encore surabondant pour les péchés des hommes, le prix infini de son sang : 2°. qu’il est leur sauveur non-seulement par ses discours, ses conseils & ses exemples, mais par le mérite & l’efficace de sa mort : 3°. qu’il est mort non pas simplement pour notre avantage, mais au lieu de nous, à notre place, & par une véritable substitution à la place d’hommes coupables.

Le péché étant tout à la fois une dette par laquelle nous sommes obligés envers la justice divine, une inimitié entre Dieu & l’homme, un crime qui nous rend coupables & dignes de la mort éternelle, il s’ensuit qu’à tous ces égards Dieu est par rapport à nous comme un créancier à qui nous devons, comme partie offensée qu’il faut appaiser, comme juge qui doit nous punir. La satisfaction rigoureuse exige donc pareillement trois choses, 1°. le payement de la dette, 2°. le moyen d’appaiser la justice divine, 3°. l’expiation du crime ; d’où il est aisé de conclure qu’étant par nous-mêmes incapables de remplir ces conditions, nous avions besoin auprès de Dieu d’un garant ou d’une caution qui se chargeât de notre dette, & qui l’acquittât pour nous : 2°. d’un médiateur qui nous reconciliât avec Dieu : 3°. d’un prêtre & d’une victime qui se substituât à notre place, & qui expiât nos péchés par les peines auxquelles elle s’est soumise. Or c’est ce qu’a pleinement accompli Jesus-Christ, comme le démontrent les théologiens catholiques, aux ouvrages desquels nous renvoyons le lecteur.

Car sans entrer ici dans un détail qui nous méneroit trop loin, & qui d’ailleurs n’est pas du ressort de cet Ouvrage ; qu’il nous suffise de remarquer pour