Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/733

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cablot, ne sont ni tannées ni gauderonnées, pour être plus souples & plus maniables ; elles sont formées de cœur de chanvre, pour la sureté des personnes qui s’exposent à ce travail, qui n’est pas sans danger.

SAXONES, (Géog. anc.) peuples de la Germanie. Ptolomée, l. II. c. xj. les place au midi de la Chersonèse Cimbrique ; ils étoient séparés des Pharodini par le fleuve Chalusus, des Cauchi par l’Elbe, & habitoient le Holstein.

Lassés de vivre entre des bois & des marais, dans des terres stériles, & jaloux des expéditions que leurs voisins avoient faites dans les provinces de l’empire romain, ils se liguerent avec les Chérusques, & firent ensemble plusieurs courses jusqu’au Rhin, d’où ils revinrent toujours chargés de butin. Ces succès les animerent à de nouvelles entreprises ; ils ravagerent le pays des Chamaves, & comme ils vouloient se joindre aux Francs, pour passer avec eux dans la Gaule belgique, l’empereur Valentinien les prévint & les défit.

Cette déroute les obligea de retourner dans leurs anciennes demeures, où s’étant multipliés de nouveau, ils se partagerent en deux corps ; les uns passerent sous la conduite d’Hengis, dans la grande Bretagne, où ils furent appellés par les insulaires, pour les défendre contre les Pictes & les Scots ; ils y accoururent, & avec les tems, ils s’y établirent par la force des armes. Les autres s’emparerent des pays aux environs de l’Elbe, & profitant des troubles & des guerres civiles qui déchiroient l’empire, ils y fonderent une monarchie qui eut durant long-tems des rois particuliers. En un mot, ils se rendirent redoutables à leurs voisins, dont ils soumirent la plus grande partie ; on entreprit souvent, sans succès, de les subjuguer ; enfin Charlemagne en vint à-bout, après une guerre de trente ans, pendant laquelle ils lui donnerent beaucoup d’exercice. Voyez Saxe & Saxons. (D. J.)

SAXONICUM LITTUS, (Géogr. anc.) la notice des dignités de l’empire, sect. 34. 38. 52. 61. & 62. nomme ainsi la partie orientale du pays de Kent en Angleterre. On ne peut douter qu’elle ne désigne cette province, puisqu’elle y met les villes de Dubris & de Rictupis, avec les autres places de l’ancien Gantium. La même notice comprend aussi sous le nom de littus-Saxonicum, la côte de la seconde Belgique, & celle de la Gaule lyonnoise, du côté qu’elle étoit opposée au Cantium ; car elle met sur cette côte les Armoriques, les Osismiens, les Abrincates, les Vénetes & les Nerviens, de même que les villes Rhotomaques, Flavia, Constantia, & autres, qu’elle dit situées sur le rivage saxon. Il n’y a point à douter que ce nom n’eût été donné à ces côtes, parce qu’elles étoient souvent pillées & ravagées par les pirates saxons. (D. J.)

SAXONNE langue, (Hist. des lang. de l’Eur.) la langue saxonne est très-peu connue, & les monumens qui en restent, sont en petit nombre. Lorsque les Saxons eurent soumis les Bretons, & les eurent rendus comme étrangers dans leur propre pays ; les conquérans mépriserent bientôt eux-mêmes la langue qu’ils y avoient apportée. Dès l’année 652, dit un de leurs historiens, bien des gens de notre île furent envoyés dans les monasteres de France, pour y être élevés, & pour apprendre la langue de ce pays là ; sous le regne d’Edouard le confesseur, il passa un grand nombre de Normands à sa cour, qui y introduisirent leur langue & leurs manieres ; enfin après la conquête de Guillaume I. toutes les lois furent rendues en françois, & tous les enfans apprirent le normand ; le caractere saxon dont on s’étoit servi dans tous les écrits, fut négligé, & dans le regne suivant, il devint si fort hors d’usage, qu’il n’y


avoit plus que de vieilles gens qui fussent en état de le lire.

Il est vrai qu’Henri I. donna en caracteres saxons, à Guillaume, archevêque de Cantorbery, une charte, par laquelle il le confirmoit dans la jouissance de son siege ; mais on ne connoit guere que ce seul exemple de l’emploi de la langue saxonne, & peut-être est-il dû au dessein que le roi eut d’obliger la reine qui étoit d’origine saxonne, & de se concilier l’affection de ses sujets anglois, qui pouvoient se flatter que son mariage leur procureroit quelques droits de plus auprès de lui.

Le P. Mabillon & d’autres auteurs se sont donc trompés en assurant que l’écriture saxonne s’étoit totalement perdue dès le tems de la conquête ; il en fut des caracteres saxons comme des croix dans les actes publics, qui pour la plus grande partie furent supprimées, & auxquelles on substitua les sceaux, & les souscriptions à la normande ; cependant on ne laissa pas de conserver çà & là l’ancienne maniere des croix ; il n’y a pas de doute que la dialecte saxonne ne continuât à être en usage dans les villages & à la campagne, avec un mélange du françois & du langage de la cour.

Quand les barons commencerent à perdre de leur autorité, la langue du pays commença à être plus en vogue, jusqu’à ce que les communes obtinrent du roi Edouard III. que toutes les procédures juridiques se feroient en langue angloise. Cette loi ne rétablit pas néanmoins la langue saxonne dans son premier état, elle fit seulement honneur au langage qu’on parloit alors, & qui étoit une langue mêlée de quantité de mots étrangers.

Il ne restoit des traces du véritable saxon que dans les monasteres, & encore n’étoit-ce que dans ceux qui avoient été fondés avant la conquête normande, parce que leur intérêt les obligeoit d’entendre la langue dans laquelle leurs chartes originales étoient écrites ; c’étoit par cette raison que dans l’abbaye de Croyland il y avoit un maître pour enseigner le saxon à quelques-uns des plus jeunes freres, pour que dans un âge plus avancé, ils fussent mieux en état de faire valoir les anciens actes de leurs monasteres contre leurs adversaires ; c’étoit sans doute pour la même raison que dans l’abbaye de Tavistoke, qui avoit été fondée par les Saxons vers l’an 691, on faisoit des leçons publiques en langue saxonne, leçons qui ont été continuées jusqu’au tems de nos peres, dit Cambden, pour que la connoissance de cette langue ne se perdît point, comme elle a fait depuis.

Enfin Guillaume Summer, célebre antiquaire anglois du dernier siecle, a tâché de rétablir la langue saxonne, par son glossaire de cette langue, & par d’autres ouvrages qu’il a publiés à la tête des anciens historiens d’Angleterre, imprimés à Londres en 1652. in-fol. Son dictionnaire saxon a paru à Oxford en 1659. au moyen de ce dictionnaire, on peut entendre les évangiles en langue saxonne, mis au jour par le docteur Thomas Mareshall ; ce dictionnaire de Somner n’est pas néanmoins encore assez complet, pour qu’il ne fût susceptible d’additions & d’une plus grande perfection, si l’on vouloit recueillir les anciens manuscrits qui subsistent encore dans cette langue. (D. J.)

SAXONS, s. m. pl. (Hist. anc. & mod.) nation belliqueuse fort adonnée à la piraterie, qui étoit une colonie des Cimbres, c’est-à-dire des habitans de la Chersonese cimbrique, connue aujourd’hui sous le nom de Jutland. En sortant de ce pays leur premier établissement fut dans le district qui forme aujourd’hui les duchés de Sleswick & de Holstein, dont ils s’étendirent au loin & occuperent d’abord le pays situé entre le Rhin & l’Elbe, ensuite ils s’emparerent de la Westphalie, de la Frise, de la Hollande & de