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& elle ressemble à de la résine ou de la colle-forte : Lobet & Pena en font mention dans leurs observations. La scammonée qu’on nous apporte à présent est en gros morceaux opaques & gris. Nous ne savons point du tout quelle est la maniere de la recueillir ; mais il est vraissemblable que les masses sont formées de sucs tirés, soit par l’incision, soit par l’expression ; c’est ce qui fait que l’on voit tant de variété de couleurs dans le même morceau.

Dans l’analyse chimique, on retire, par le moyen de l’esprit-de-vin, cinq onces de résine de six onces de scammonée. Ainsi sa plus grande partie se dissout dans l’esprit-de-vin, & il reste quelques parties mucilagineuses, salines & terreuses ; mais toute sa substance se dissout dans des menstrues aqueux, qui prennent la couleur de lait après la dissolution, à cause des parties résineuses mêlées avec les parties salines & aqueuses.

Les Grecs & les Arabes ont employé la scammonée. Les modernes la regardent comme un très-violent purgatif ; j’ajoute que c’est un remede infidele, & dont l’opération est très-incertaine ; sa grande acrimonie irrite l’estomac, cause des nausées, enflamme, ratisse les intestins, les ulceres, ouvre les veines, & produit des superpurgations. On a imaginé plusieurs préparations de ce remede, pour en corriger la violence ; & à cet effet on se sert du suc de coing, de réglisse ou du soufre ; de-là viennent les noms de diagrede de coing, diagrede de réglisse & diagrede de soufre, qui sont d’usage en médecine. Voyez, si vous voulez, Diagrede. (D. J.)

SCAMPŒ, (Géog. anc.) ville de la Macédoine : l’itinéraire d’Antonin la marque sur la route de Dyrrhachium à Bysance, entre Claudiana & Tres-Tabernæ, à 20 milles du premier de ces lieux, & à 28 milles du second ; le même itinéraire met cependant dans une autre route 22 milles de Claudiana à Scampœ, & 30 milles de Scampœ à Tres-Tabernæ. (D. J.)

SCANDALE, s. m. (Gram. & Théol.) selon le langage de l’Ecriture & des casuistes, signifie une parole, une action ou une omission qui porte au péché ceux qui en sont témoins, ou qui en ont la connoissance.

Ce mot vient du grec σκάνδαλον, ou du latin scandalum, qui, selon Papias, signifie une querelle qui s’éleve tout-à-coup, rixa quæ subitò inter aliquos scandit vel oritur.

Le scandale est actif ou donné, & passif ou reçu. Le scandale actif ou donné est l’induction au mal de la part de celui qui scandalise. Le scandale passif ou reçu est l’impression desavantageuse que fait le scandale sur ceux qu’il entraîne ou qu’il excite au mal.

Dans l’Ecriture & dans les auteurs ecclésiastiques, scandale se met pour tout ce qui se rencontre dans le chemin d’un homme, & qui peut le faire tomber. Ainsi Moïse défend de mettre un scandale devant l’aveugle, c’est-à-dire, ni pierre. ni bois, ni aucune chose capable de le faire trébucher, Lévit. xix. 14. De-là dans le moral on a pris le mot scandale pour une occasion de chûte ou de péché. Jesus-Christ a été, à l’égard des juifs, une pierre d’achoppement & de scandale, contre laquelle ils se sont brisés par leur faute, n’ayant pas voulu le reconnoître pour le Messie, malgré les caracteres qui le leur démontroient.

Scandale dans le langage familier est une action contraire aux bonnes mœurs, ou à l’opinion générale des hommes. Il signifie aussi une rumeur desavantageuse, qui deshonore quelqu’un parmi le monde. En ce sens, on appelle la médisance la chronique scandaleuse.

Pierre de scandale, en latin lapis scandali ou vituperii, étoit une pierre élevée dans le grand portail du capitole de l’ancienne Rome, sur laquelle étoit gravée la figure d’un lion, & où alloient s’asseoir à nud ceux qui faisoient banqueroute & qui abandon-


noient leurs biens à leurs créanciers. Ils étoient obligés de crier à haute voix, cedo bona, j’abandonne mes biens, & de frapper ensuite avec leur derriere trois fois sur la pierre. Alors il n’étoit plus permis de les inquiéter pour leurs dettes. Cette cérémonie ressembloit assez à celle du bonnet verd, qu’on pratiquoit autrefois en France dans le même cas. On appelloit cette pierre pierre de scandale, parce que ceux qui s’y asseyoient pour cause de banqueroute, étoient diffamés, déclarés intestables, & incapables de témoigner en justice.

On raconte que Jules César imagina cette forme de cession après avoir aboli l’article de la loi des douze tables, qui autorisoit les créanciers à tuer ou à faire esclaves leurs débiteurs, ou du-moins à les punir corporellement ; mais cette opinion n’est appuyée d’aucune preuve solide.

Scandale des grands, scandalum magnatum, est un terme de droit, par lequel on entend une injure ou offense faite à un personnage considérable, comme un prince, un prélat, un magistrat, ou d’autres grands officiers, en semant contre eux des médisances ou calomnies, d’où naissent la discorde & les débats entre eux & ceux qui leur sont subordonnés, au mépris, & souvent au détriment de leur autorité.

On appelle aussi scandalum magnatum un ordre qu’on obtient en ce cas pour avoir des dommages ou intérêts contre le calomniateur, ou tel autre auteur du scandale.

Scandale, montagne du, (Critique sacrée.) dans la vulgate mons offensionis, la montagne du scandale est la montagne des oliviers, sur laquelle Salomon érigea des autels aux faux-dieux par complaisance pour les femmes étrangeres qu’il avoit prises, excelsa ad dexteram partem montis offensionis, ædificaverat Salomon rex Israël..... polluit rex. (D. J.)

SCANDALEUX, adj. (Gramm.) qui cause du scandale ; il se dit des choses & des personnes. Avancer comme quelques écrivains de la société de Jesus l’ont fait, qu’il n’est pas permis à tout le monde de disposer de la vie des tyrans ; c’est une proposition scandaleuse, parce qu’elle laisse entendre qu’il y a apparemment des personnes à qui le tyrannicide est permis. La doctrine du probabilisme est une doctrine scandaleuse. L’invitation que le P. Pichon fait au pécheur d’approcher tous les jours des sacremens sans amour de Dieu, sans changer de conduite, est une invitation scandaleuse. L’éloge de l’ouvrage de Busembaum qu’on lit dans les mém. de Trév. est scandaleux. Des religieux traînés devant les tribunaux civils pour une affaire de banque & de commerce, & condamnés par des juges-consuls à payer des sommes illicitement dûes & plus illicitement encore refusées, sont des hommes scandaleux. Des prêtres qui font jouer des farces sur un théatre, & danser dans l’enceinte de leurs maisons les enfans confiés à leurs soins, confondus avec des histrions, donnent un spectacle scandaleux. On trouveroit toutes sortes d’exemples de scandale, sans s’éloigner de-là ; mais il y en a dont il seroit difficile de parler sans scandaliser étrangement les femmes, les hommes & les petits enfans.

SCANDARON, (Géog. anc.) lieu renommé dans la Phénicie, avec un château qu’on dit qu’Alexandre le grand avoit élevé pour lui servir de retraite pendant qu’il assiégeoit la ville de Tyr, dont ce château n’étoit éloigné que de 5 milles. Il fut détruit dans la suite par Pompée, quand il se rendit maître de la Phénicie. L’endroit où étoit cette citadelle est agréable & fertile. (D. J.)

SCANDEA, (Géog. anc.) ville de l’île de Cythere. Elle étoit sur le bord de la mer, selon Thucydide, l. IV. 287. & Pausanias, Lacon. c. xxiij. qui lui donne un port, dit qu’elle étoit presque à dix stades de la ville de Cythere. Au-lieu de Scandea, Etienne le