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tie, c’est-à-dire qu’il laisse échapper une partie de son acide. Neuman réduisit, par une calcination réitérée treize fois, une livre de sel marin à trois gros de terre & un gros de sel. Cette expérience prouve plus, il est vrai, la volatilisation que l’alkalisation ; mais le dégagement d’un peu d’acide marin par la calcination, est d’ailleurs prouvée par des expériences constantes.

Le sel marin distillé sans intermede à un feu très violent, donne un peu de son acide ; mais si peu que M. Pott lui-même, qui a défendu sur ce point les prétentions de Beguin, de Schroder, de Henckel, rejettées par tous les autres chimistes, M. Pott, dis-je, avoue qu’il n’en fournit que ce qu’il faut pour maintenir l’assertion absolue, que le sel marin donne de l’acide par la distillation sans intermede.

Mais pour obtenir abondamment l’acide du sel marin, on distille ce sel avec divers intermedes. On emploie à cette distillation des intermedes faux, & des intermedes vrais. Voyez Intermede, Chimie.

Je range sous la premiere classe les différentes especes de terres & sables ; car comme je l’ai discuté assez au long à l’article Nitre, qu’il faut consulter sur ceci, c’est une opinion insoutenable que celle qui fait dépendre la propriété qu’ont ces terres dans cette distillation, de prétendues matieres vitrioliques dont on les croit mêlées. D’ailleurs les sables plus purs, les cailloux, les talcs, les briques pilées, toutes substances dans lesquelles on ne sauroit supposer des matieres vitrioliques, fournissent des intermedes efficaces pour cette distillation. L’intermede le plus usité est celui des terres argilleuses, de l’argille commune ou du bol. M. Pott dit que les moins colorées de ces terres sont les plus foibles. Il est hors de doute qu’il faut d’ailleurs choisir celles qui sont le moins mêlées de terre calcaire ; car les terres de cette nature sont, par leur propriété d’absorber les acides, incapables de servir d’intermede pour leur dégagement ; & quoique des auteurs proposent de distiller le sel marin par l’intermede des coraux, de la craie, de la chaux, &c. on peut avancer hardiment avec M. Pott, qu’on n’obtient point d’acide par un pareil procédé.

On emploie communément sept ou huit parties de bol ou d’argile, pour une de sel marin ; cette quantité est insufisante. Lemery qui en emploie six, & qui distille à un feu très-long & très-violent, observe qu’il reste dans son résidu du sel marin entier. Stahl demande dix parties d’ochre, de bol ou d’argille, pour une de sel ; je crois qu’il vaut encore mieux en employer douze & même davantage.

L’on fait décrépiter, ou seulement bien sécher le sel, lorsqu’on se propose d’obtenir un acide concentré. Cela est indifférent pour la sureté de l’opération ; mais il peut être essentiel de le faire décrépiter, lorsqu’on se propose d’obtenir un acide aussi concentré qu’il est possible.

La méthode de Lemery de réduire le sel & l’argille, au moyen d’une certaine quantité d’eau, en une pâte dont on forme de petites boules, qu’on seche ensuite avec soin, est bonne ; la multiplication des surfaces qui en résulte, doit favoriser l’action du feu.

Comme l’acide marin est très-expansible, & d’autant plus qu’il est plus concentré, il est commode de disposer les matieres à distiller de maniere qu’elles ne donent qu’un acide concentré au point qu’on le desire. Ainsi quand on a besoin d’un esprit de sel ordinaire & phlegmatique, tel qu’il suffit pour les usages les plus ordinaires, on ne doit dessécher ni l’argille, ni le sel ; on peut même employer les boules de Lemery très-imparfaitement sechées ; ou bien, ce qui revient à-peu-près au même (car cette humidité étrangere passe presque toute dans le récipient avant l’acide), on met un peu d’eau pure dans le ballon.


La très-grande expansibilité de cet acide exige encore qu’on emploie un récipient très-vaste. On a coutume de se servir des plus gros ballons, ou du ballon double. Voyez Distillation & Récipient. Je crois très-utile, & même éminemment utile dans le cas dont il s’agit, de laisser continuellement le petit trou du ballon ouvert.

Les intermedes vrais qui peuvent opérer le dégagement de l’acide marin dans la distillation, sont les divers acides qui ont plus de rapport avec la base du sel marin que son acide propre. Or l’acide vitriolique, l’acide nitreux & l’acide microcosmique, sont dans ce cas. On peut employer ces acides, soit purs, soit unis à des bases avec lesquelles ils aient moins d’affinité qu’avec celle du sel marin. L’alun & les vitriols sont les sels neutres vitrioliques qui sont les plus propres à cette décomposition. Mais leur emploi est accompagné d’un très grand inconvénient, c’est que leurs bases sont solubles par l’acide marin, qui s’y unit en effet à mesure qu’il abandonne sa propre base ; & qu’il faut par conséquent opérer cette nouvelle désunion pour obtenir l’acide marin. Aussi cette méthode qui exige un feu violent & très-long, est-elle presque absolument hors d’usage, excepté pour quelques prétentions particulieres, & jusqu’à présent mal constatées.

Le meilleur de ces intermedes vrais, est sans contredit, l’acide vitriolique nud. Pour exécuter par cet intermede cette distillation connue dans l’art sous le nom de maniere de Glauber, du nom de son inventeur, on place dans une cornue de grais ou de verre deux parties de sel marin, qui ne doivent remplir ce vaisseau qu’environ au tiers, sur lesquelles on verse peu-à-peu une partie d’huile de vitriol : il s’éleve dès la premiere effusion de l’acide vitriolique, de l’acide marin réduit en vapeurs, que l’on perd nécessairement ; & cette perte dure pendant tout le tems du mélange. Dès que ce mêlange est fait, on place lestement la cornue dans un fourneau de reverbere, ou sur un bain de sable, & on y adapte sur le champ un récipient : on lutte les jointures, & on laisse le petit trou ouvert ; on attend que l’éruption spontanée des vapeurs soit cessée ; & alors seulement on fait sous la cornue un petit feu, qu’on augmente peu-à-peu, & qu’il ne faut pousser qu’à un degré assez léger pendant tout le cours de l’opération, qui est finie en six ou sept heures au plus. On peut pour éviter la perte des premieres vapeurs, employer une cornue tubulée. Voyez Cornue.

Le produit de cette opération est une liqueur d’un jaune verdâtre, très-fumante, & un acide marin très-concentré. Si on veut avoir par le même procedé un acide plus phlegmatique, on n’a qu’à ajouter de l’eau au mélange, le faire par-là. Selon la proportion de Glauber, prendre pour deux parties de sel, une partie d’huile de vitriol & trois parties d’eau.

L’acide nitreux est un intermede très-peu commode pour la distillation du sel marin ; car comme cet acide est trop volatil, il s’éleve avec celui du sel marin, & forme une eau regale.

L’acide marin retiré, soit par l’intermede des terres bolaires colorées, soit par celui de l’huile de vitriol, a besoin d’être rectifié pour être pour. Celui qui est retiré par l’intermede du bol, étant rectifié sans addition, jusqu’à siccité, laisse une quantité assez considérable de terre martiale qui s’étoit volatilisée avec lui, & dont il est absolument nécessaire de le séparer quand on le destine aux travaux exacts. Celui qu’on obtient par les intermedes vrais, & même en général tout acide marin qu’on veut avoir aussi pur qu’il est possible, doit être rectifié, c’est-à-dire redistillé sur du nouveau sel marin. On conçoit aisement que dans cette opération, ces acides étrangers exerçant la propriété qu’ils ont de chasser le sel marin de