Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/927

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Sels, (Science microscop.) les sels des fluides évaporés des végétaux brûlés, des fossiles, des métaux, des minéraux, méritent d’être examinés au microscope. Nous parlerons des sels du vinaigre au mot Vinaigre, & des sels fossiles dans l’article suivant.

Pour extraire les sels des végétaux, il faut brûler le bois, la tige ou les feuilles d’une plante, jetter les cendres dans l’eau, ensuite filtrer, & laisser la liqueur se crystalliser dans un lieu froid.

Les sels des minéraux ou des métaux se trouvent en les éteignant dans l’eau, lorsqu’ils sont rougis par le feu, ensuite on les filtre, on les évapore & on les crystallise.

De jolis sels pour l’observation, sont les cendres dont on fait le savon en Angleterre & en Russie, les sels du cosson, qui dévore le bois ; le sel de camphre, le sel de tartre, le sel armoniac, le sel d’ambre, de corne de cerf, &c. il faut les examiner premierement lorsqu’ils sont secs & crystallisés, & ensuite lorsqu’ils sont dissous dans une très-petite quantité de quelque fluide transparent.

Les sels que l’on trouve dans tous les corps lorsqu’ils sont séparés par le feu, paroissent comme autant de petites chevilles ou clous qui pénetrent leurs pores, & qui lient leurs parties ensemble ; mais comme les chevilles ou les clous lorsqu’ils sont trop grands ou trop nombreux, ne servent qu’à faire des fentes, & à mettre les corps en pieces, ainsi les sels brisent de tems en tems, séparent & détruisent les corps au-lieu d’unir & de lier leurs parties ; ils ne sont à la vérité que de purs instrumens, & ils ne peuvent pas plus agir sur les corps, ou les forcer par eux-mêmes, que les clous le peuvent sans les coups de marteaux ; mais ils y sont poussés par la pression des autres corps, ou par le ressort de l’air qui agit sur eux.

Comme les sels entrent dans les pores de tous les corps, l’eau s’insinue entre les particules du sel, elle les sépare ou les dissout dans ses interstices, jusqu’à ce qu’étant dans un tems de repos, ils se précipitent & forment eux-mêmes des masses de sel. L’eau par cette puissance qu’elle a de dissoudre, devient le véhicule des sels. (D. J.)

Sels fossiles, (Science microscopique.) les quatre especes de sels fossiles les mieux connus sont, selon le docteur Lister, le vitriol, l’alun, le salpêtre & le sel marin ; à ces quatre sels il ajoute un cinquieme moins connu, quoique plus commun qu’aucun autre, c’est le nitre des murailles.

Le vitriol verd se tire des pyrites du fer ; lorsqu’il est mûr & parfait, ses crystaux sont toujours pointus des deux côtés, & composés de dix plans & de côtés inégaux ; c’est-à-dire que les quatre plans du milieu sont pentagones, & ceux des extrémités pointues sont composés de trois plans triangulaires.

L’alun brûlé, dissous dans l’eau & coulé, donne des crystaux dont le haut & le bas sont deux plans hexagones ; les côtés paroissent composés de trois plans, qui sont aussi hexagones, & de trois autres quadrilateres, placés alternativement ; en sorte que chaque crystal parfait est composé de onze plans, cinq hexagones, & six quadrilateres.

L’eau de nos fontaines d’eau salée éloignées de la mer, donne des crystaux d’une figure cubique exacte, dont un côté ou plan paroît avoir une clarté particuliere au milieu, comme s’il y manquoit quelque chose ; mais les cinq autres côtés sont blancs & solides. Le sel gemme dissous se réduit en crystaux cubiques semblables.

Si l’on fait bouillir l’eau de mer jusqu’à sécheresse, & si l’on fait dissoudre ses sels dans un peu d’eau de source, elle donne aussi des crystaux cubiques, mais notablement différens de ceux que l’on vient de décrire ; car dans les crystaux du sel marin tous les angles du cube paroissent coupés, & les coins restent


triangulaires ; au-lieu que les sels de nos fontaines d’eau salée éloignées de la mer, ont tous leurs coins bien affilés & parfaits.

Le nitre ou salpêtre se réduit de lui-même en crystaux hexagones, longs & déliés, dont les côtés sont des parallélogrammes ; l’un des bouts se termine constamment en pyramide, ou même par un tranchant, affilé selon la position des côtés des deux plans inégaux ; l’autre bout est toujours raboteux, & paroît comme s’il étoit rompu.

Le plus commun, quoique le moins observé de tous les sels fossiles, est une espece de nitre de muraille, ou sel de chaux, que l’on tire du mortier des anciennes murailles ; c’est de ce sel qu’une grande partie de la terre & des montagnes sont composées, selon le docteur Lister ; ses crystaux sont déliés & longs ; leurs côtés sont quatre parallélogrammes inégaux ; leur pointe à l’un des bouts, est formée de deux plans, & de côtés triangulaires, l’autre bout se termine par deux plans quadrangulaires, quoiqu’il soit rare de trouver les deux bouts entiers. Quelques-uns de ces sels ont cinq côtés.

La pratique commune de ceux qui ont en France la surintendance des salpêtres pour le roi, est d’amasser de grandes quantités de mortier des anciens bâtimens ; & par un art particulier ils en tirent une grande abondance de ce nitre de murailles ; ensuite lorsqu’ils ont tiré tout ce qu’ils ont pu, ils le laissent reposer pendant quelques années, après quoi ce mortier se trouve de nouveau empreint de ce sel, & en donne presqu’autant que la premiere fois.

Les particules de chacun de ces sels en tombant les unes sur les autres, ou en s’unissant sur une base commune, forment d’elles-mêmes des masses qui sont invariables, & toujours de la même figure réguliere. Voilà ce que le microscope nous découvre de la figure des sels fossiles ; mais pour la bien examiner, il faut les observer en très-petites masses. (D. J.)

Sel, impôt sur le, (Econom. politiq.) imposition en France, qu’on appelle autrement les gabelles, article qu’on peut consulter ; mais, dit l’auteur moderne des considérations sur les finances, un bon citoyen ne sauroit taire les tristes réflexions que cet impôt jette dans son ame. M. de Sully, ministre zélé pour le bien de son maître, qui ne le sépara jamais de celui de ses sujets ; M. de Sully, dis-je, ne pouvoit pas approuver cet impôt ; il regardoit comme une dureté extrème de vendre cher à des pauvres une denrée si commune. Il est vraissemblable que si la France eût assez bien mérité du ciel pour posséder plus longtems le ministre & le monarque, il eût apporté des remedes au fléau de cette imposition.

La douleur s’empare de notre cœur à la lecture de l’ordonnance des gabelles. Une denrée que les faveurs de la providence entretiennent à vil prix pour une partie des citoyens, est vendue chérement à tous les autres. Des hommes pauvres sont forcés d’acheter au poids de l’or une quantité marquée de cette denrée, & il leur est défendu, sous peine de la ruine totale de leur famille, d’en recevoir d’autre, même en pur don. Celui qui recueille cette denrée n’a point la permission de la vendre hors de certaines limites ; car les mêmes peines le menacent. Des supplices effrayans sont décernés contre des hommes criminels à la vérité envers le corps politique, mais qui n’ont point violé cependant la loi naturelle. Les bestiaux languissent & meurent, parce que les secours dont ils ont besoin passent les facultés du cultivateur, déja surchargé de la quantité de sel qu’il doit en consommer pour lui. Dans quelques endroits on empêche les animaux d’approcher des bords de la mer, où l’instinct de leur conservation les conduit.

L’humanité frémiroit en voyant la liste de tous les supplices ordonnés à l’occasion de cet impôt depuis