Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/945

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la cosse qui la contient, mais en conditionnant la graine même comme elle doit l’être.

Ainsi les graines de certaines plantes auxquelles il faut un certain sol particulier pour qu’elles viennent, telles que l’arum, le pavot & autres, sont aussi lourdes proportionnément à leur volume pour tomber directement à terre. D’autres qui en conséquence de leur légereté & de leur volume pourroient être emportées par le vent, sont retenues par un ou plusieurs crochets qui empêchent qu’elles ne s’écartent du lieu qui leur convient. Telles sont les graines d’avoine, qui ont un crochet ; celles d’aigremoine, qui en ont plusieurs ; mais celles-là aiment les lieux élevés & exposés au soleil, & celles-ci les haies.

On voit au contraire des graines qui ont des aîles ou plumes, soit afin que le vent puisse les emporter lorsqu’elles sont mûres, comme celle du frêne, soit afin qu’elles puissent s’envoler plus ou moins loin, ce qui empêche qu’elles ne tombent toutes dans un même endroit & ne soient semées trop drues ; & encore afin que si quelqu’une n’est pas tombée dans un endroit qui lui soit propre, une autre au-moins y tombe. Ainsi les pignons, par exemple, ont des aîles courtes à la vérité, & qui ne peuvent pas les soutenir dans l’air, mais qui les font du-moins voltiger à terre. Mais les graines de la dent-de-lion, & plusieurs autres ont quantité de plumes fort longues, par le moyen desquelles elles sont emportées en mille endroits différens.

D’autres sont semées où elles doivent l’être par le ressort de leurs capsules élastiques, qui en crevant & éclatant lancent leur graine à une distance convenable. Ainsi l’oseille sauvage ayant des racines qui serpentent fort loin en terre, il falloit que sa graine fût semée à quelque distance, & la nature y a pourvu par des cosses blanches, fortes & tendineuses, qui, lorqu’elles commencent à sécher, s’ouvrent tout-à-coup par un côté, & roulent à l’instant leurs levres en-dessous avec force. La graine de scolopendre, celle de la persicaire à cosses sont aussi jettées & lancées par le moyen d’un ressort, si quelque chose heurte ou pince la capsule qui les contient. Et quand le ressort est sec & suffisamment tendu, il rompt de lui-même la capsule en deux moitiés semblables à deux petits godets, & en chasse la semence.

D’autres auteurs ont encore remarqué bien des manieres différentes dont la graine est semée. Qu’on mette, dit M. Ray, sur du papier une poignée de graine de fougere en un tas, on entend craqueter & crever les petites vésicules séminales ; & avec un bon microscope on en voit qui s’élancent à une distance considérable les unes des autres. Le docteur Sloane observe que la petite gentiane, gentianella flore cæruleo, voulant être semée par un tems humide ; dès que la moindre goutte touche l’extrémité de ses vaisseaux séminaux, ils s’ouvrent avec un bruit perçant, & chassent en s’ouvrant par leur ressort la graine qu’ils contenoient.

Toutes les especes de cardamine, pour peu qu’on y touche avec la main, ouvrent leurs capsules & lancent leur graine. M. Ray dit plus, il ajoute qu’il suffit même d’en approcher la main de très-près sans y toucher effectivement.

D’autres plantes, pour parvenir à la sémination de leur graine, invitent les oiseaux par l’odeur & par le goût à en manger ; ils l’avalent & s’en vont, & le séjour qu’elle fait dans leur corps sert à la fertiliser : c’est ainsi que se propagent la muscade & le guy. Voyez Muscade & Guy.

SEMINI ou CHEMINI, s. m. (Hist. mod.) c’est le nom qu’on donne dans le royaume de Pégu aux nobles qui sont chargés du commandement des troupes, & qui remplissent les premiers emplois de l’état. Ils sont au-dessous des bajas, qui tiennent chez les Pé-


guans le même rang que les ducs & pairs.

SEMINISTES, s. m. (Anat.) secte de physiciens qui prétendent que le fétus est formé dans la matrice par le mélange des semences de la femelle & du mâle. Voyez Fétus.

C’est le sentiment d’Aristote, de tous les anciens, & celui de leur ennemi juré, le plus célebre des modernes, Descartes.

Suivant les Seministes, les femelles ne peuvent concevoir sans répandre de semence : d’ailleurs cette liqueur ne peut, ainsi que dans le mâle, couler sans produire le plaisir, d’où il suivroit que le plaisir seroit inséparable de la conception. Cependant combien de meres se plaignent du contraire ! Voyez toutes les raisons que l’auteur de l’art de faire des garçons rapporte contre ce sentiment.

SÉMINOVISTES, s. m. (Anat.) branche des ovistes, à la tête de laquelle s’est mis l’ingénieux auteur de l’art de faire des garçons. Ce physicien pense que l’embryon est produit par le mélange des deux semences, fait non pas dans la matrice, mais dans l’œuf.

SÉMI-PÉLAGIANISME, (Hist. ecclés.) on croit que le Sémi-pélagianisme a tiré sa principale origine des écrits de Jean Cassien, appuyés de son autorité.

Ce fameux solitaire, après avoir demeuré longtems en orient, & s’y être nourri de la doctrine des Grecs, vint s’établir à Marseille peu après l’an 404 ; il y fonda deux monasteres, & s’y distingua par son savoir, & par sa piété. Il écrivit malheureusement dans des circonstances fâcheuses, & où les disputes sur la grace étoient encore fort animées. En effet, les Pélagiens venoient d’être condamnés en Afrique, à Rome, & en orient ; lorsque vers l’an 426, tout au plus tard, Cassien publia sa treizieme conférence, où il enseigne nettement que l’homme peut avoir de soi-même le desir de se convertir ; que le bien que nous faisons ne dépend pas moins de notre libre arbitre, que de la grace de Jesus-Christ ; que cette grace est gratuite ; que Dieu cependant la donne, non selon sa puissance souveraine, mais selon la mesure de la foi qu’il trouve dans chacun, ou qu’il y a mise lui-même ; qu’il y a réellement dans l’homme une foi que Dieu n’y a pas mise, comme il paroît, dit-il, par celle que Jesus-Christ loue dans le centenier de l’Evangile.

Cette doctrine se repandit promptement dans les Gaules, & trouva quantité de sectateurs, au nombre desquels on compta plusieurs évêques & autres illustres personnages. (D. J.)

SÉMI-PÉLAGIENS, ou DEMI-PÉLAGIENS, s. m. pl. (Hist. eccl.) Pélagiens mitigés, hérétiques qui rejettant les erreurs les plus grossieres des Pélagiens, retenoient quelques-uns de leurs principes. Voyez Pélagiens.

Saint Prosper dans une lettre à saint Augustin, les appelle reliquias Pelagii, les restes de Pélage.

Plusieurs savans hommes dans les Gaules, faute de bien prendre le sens de saint Augustin sur la grace, tomberent dans le sémi-pélagianisme. On les appella Massiliens, ou prêtres de Marseille, parce que ce fut en cette ville que leurs opinions prirent naissance. Cassien qui avoit été diacre de Constantinople, & qui fut ensuite prêtre à Marseille, étoit le chef des Sémi-Pélagiens. Saint Prosper qui étoit son contemporain, & qui écrivit avec force contre lui, dit que Cassien voulant garder je ne sais quel milieu entre les Pélagiens & les orthodoxes, ne s’accordoit ni avec les uns ni avec les autres. On en va juger par l’exposition du Sémi-Pélagianisme.

Ces hérétiques reconnoissoient premierement la chûte d’Adam, le péché originel, & en conséquence l’affoiblissement de la liberté ; mais ils prétendoient